Relance économique : l’impuissance des banques centrales

billets-FreddieBrown(Creative Common)

Après sept années de politique monétaire d’urgence, il est possible que nous ayons dépassé le niveau où celle-ci fait plus de mal que de bien.

Par Ben Traynor

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Aujourd’hui je vous emmène à Lima, au Pérou. Pourquoi ? Parce que c’est là qu’a lieu le grand raout annuel du FMI au moment où j’écris ces lignes, et l’ambiance y est plutôt sombre. On s’attend à ce que les discussions tournent autour du ralentissement économique en Chine. En fait, les marchés émergents sont LE sujet de préoccupation cette année.

Avant la réunion, il est de coutume que le FMI publie son Rapport sur la stabilité financière dans le monde (tout un programme…). Le rapport de cette année s’inquiète du surendettement des marchés émergents, qui atteint 3 000 milliards de dollars (je vous confirme que je ne me suis pas trompé dans le nombre de zéros).

Comment les économies avancées ont évité le pire la dernière fois

Selon le rapport, nombreux sont les pays émergents qui ont misé sur la création rapide de crédit pour échapper aux pires retombées de la crise mondiale. Et voici quels pourraient être les effets si les leaders mondiaux font les mauvais choix politiques après le sommet du FMI : « Des erreurs dans les politiques ou des chocs négatifs pourraient provoquer des remous persistants sur les marchés mondiaux qui, à terme, feraient caler la reprise économique. » Voilà ce qu’en dit le directeur du département des marchés au FMI, Jose Viñals.

Il a continué en affirmant que le risque lié à cette création de crédit pourrait « exploser d’une manière désordonnée, enclenchant ainsi un cercle vicieux de liquidations, de remboursements et de volatilité accrue ». Je me permets de traduire ses paroles : des années et des années de crédit bon marché ont rendu les marchés dépendants et le système financier à l’échelle mondiale instable.

Une politique monétaire aujourd’hui « impuissante »

Il y a quelques jours, le Financial Times a publié son propre rapport, écrit conjointement avec le Brookings Institute, un think tank basé à Washington. Tout aussi pessimiste, ce rapport montre que le ralentissement dans les pays émergents est beaucoup plus sérieux que semble le croire Christine Lagarde, la directrice du FMI.

Selon Eswaar Prasad de Brookings, la politique actuelle des banques centrales pour traiter les problèmes économiques à l’échelle mondiale est devenue « impuissante ».

« L’impuissance de la politique monétaire pour stimuler la croissance et conjurer les pressions déflationnistes est devenue douloureusement évidente, surtout quand on agit dans l’isolement et quand un grand nombre de pays ont recours à la même musique limitée. »

La « musique » à laquelle fait référence Prasad me semble un euphémisme poli pour désigner les guerres monétaires, en particulier lorsqu’on considère la récente dévaluation du yuan par les Chinois dans une tentative de booster leur économie vacillante.

La morale de l’histoire est simple… Après sept années de politique monétaire d’urgence, il est raisonnable de penser que nous avons dépassé le niveau où celle-ci fait plus de mal que de bien, du moins si l’on en juge par la fragilité actuelle des marchés émergents.


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