Synode de l’Église et géopolitique du Vatican

Le synode sur la famille révèle la géopolitique de l’Église.

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Synode de l’Église et géopolitique du Vatican

Publié le 13 octobre 2015
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Par Jean-Baptiste Noé.

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Pape François Credit Catho Alsace (Creative Commons)

 

Le synode sur la famille qui vient de s’ouvrir à Rome met à jour la géopolitique réelle de l’Église. Les rapports de force, les influences et les objectifs se lisent dans les interventions des participants et la liste des membres.

La domination de l’Europe

À ceux qui croient que l’Europe est le ventre mort du catholicisme, ce synode apporte un cinglant démenti. Ce sont les Européens qui mènent le débat depuis que se prépare cette dernière session, et ce sont les Européens qui font des propositions et qui avancent des réformes audacieuses. Que ce soit pour changer la doctrine, pour l’adapter ou pour la maintenir, le débat intellectuel et théologique est en Europe.

Le camp de l’adaptation au monde a son épicentre en Allemagne et dans les Flandres, avec les cardinaux Kasper et Danneels, et de nombreux évêques venant de ces régions. Ce groupe peut aussi compter sur des Suisses et des Italiens, dont le secrétaire du synode, Mgr Forte. Ce groupe n’est moderne qu’en apparence. En réalité, il regroupe la très ancienne fracture du camp Impérial, opposé à Rome et fidèle à l’Empereur ; ce camp impérial et anti-romain dont une partie a fait sécession lors de la révolution luthérienne. Ils sont les perpétuels gibelins.

Face à eux, des Européens fidèles à Rome et à la permanence de la doctrine. En Espagne, en Italie, en France. C’est le camp de la romanité et des guelfes. L’Allemagne est traversée par ces deux courants, vieille fracture géopolitique entre la part romaine et la part germanique. En France, on retrouve la ligne de faille révélée par la Manif pour tous : les évêques qui l’ont soutenue ne veulent pas de changement de doctrine, ceux qui y ont été réticents, voire opposés, se classent dans le premier camp.

L’heure de l’Afrique ?

La nouveauté synodale sera-t-elle du côté de l’Afrique noire ? Dans les années 1970-1980, l’Amérique latine avait tenté une indépendance théologique en développant la théologie de la libération, s’opposant ainsi à Rome. En Afrique, l’âge de la maturité semble passer par la fidélité au siège de Pierre. Le cardinal Sarah est le héraut de ce continent qui refuse les compromissions mondaines et les ouvertures en matière de divorce et d’unions homosexuelles. Son livre Dieu ou rien, est un succès en France et il vient d’être traduit en 9 langues. En juin 2015, les présidents des conférences épiscopales africaines se sont réunis à Accra, au Ghana, pour fonder un front opposé aux changements de doctrine. Ils refusent la colonisation culturelle de la permissivité des mœurs et l’importation, sur leurs terres, de pratiques étrangères. Ils viennent de publier un livre L’Afrique, nouvelle patrie du Christ. Ce type de livre est une première : jamais des évêques issus d’un continent n’avaient parlé de façon unanime au nom de ce continent.

Les autres continents, justement, sont pour l’instant aphones. Aucune figure ne semble émerger en Asie ou en Amérique latine pour évoquer ces sujets. Le synode peut, à cet égard, être le lieu des découvertes et des révélations.

La primauté de l’Orient

La publication de la liste des participants au synode révèle quelques belles surprises géopolitiques. Le début de la liste présente ceux qui ont des charges au synode (président, secrétaires, rapporteurs…), puis viennent les participants par aire géographique. La première aire à être nommée est l’Orient, avec notamment les représentants coptes, melkites, syriaques… Les appels du pape à protéger et défendre les chrétiens d’Orient s’illustrent ici par la primauté géographique qui leur est donnée, alors même que, numériquement parlant, ils pèsent beaucoup moins que d’autres continents.

Dans cet Orient catholique, on découvre notamment des représentants de l’Ukraine, de la Roumanie, de la Hongrie et de l’Éthiopie. Preuve que l’Orient, dans la géopolitique catholique, ne se borne pas aux Proche et Moyen Orient. Cette carte ainsi dessinée est celle de l’ancien Empire ottoman. La structure étatique a disparu, la permanence géoculturelle demeure. Le christianisme est plus que jamais la foi de l’histoire et de la géographie.

Quant à la liste des membres venants d’Europe, on y découvre la Turquie, en la personne de l’évêque d’Istanbul. Turquie déjà présente en Europe par l’intermédiaire du championnat de football, à défaut de l’UE. Occasion aussi de rappeler aux Européens que l’Europe s’est construite en Occident et en Orient, et que Byzance fut, avec Rome, l’autre capitale de l’Empire. Plus que jamais, la romanité demeure une des clefs d’interprétation de la géopolitique du catholicisme. Reste à voir si le synode confirmera cela.

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  • Le « changement de doctrine » n’a aucun sens pour un catholique. Ceci reviendrait à dire que Dieu change si son enseignement change. Ce point est présent dans l’Écriture (« Quand nous-mêmes, quand un ange du ciel annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème ! », Galates, I, 7) ou encore dans de très nombreux écrits de papes (Par exemple : proposition condamnée dans le syllabus de Pie IX : « La révélation divine est imparfaite, et par conséquent sujette à un progrès continuel et indéfini correspondant au développement de la raison humaine »).

  • Merci pour cette passionnante analyse, notamment à propos de l’Afrique noire. Concernant l’Asie, il faut s’armer de patience : ça va venir le temps venu.

  • « Que ce soit pour changer la doctrine, pour l’adapter ou pour la maintenir, le débat intellectuel et théologique est en Europe. »

    Il serait opportun de rappeler qu’il ne s’agit « que » d’un synode, soit une réunion de dignitaires écclésiastiques qui soumettront leur rapport au Pape.

    Par ailleurs la position de l’Eglise Catholique d’Allemagne, notamment sur l’accès à la communion des divorcés remariés, ne s’explique pas que par une opposition traditionnelle à Rome, mais également par des considérations financières. Il y a un impôt sur la religion, en Allemagne.

    • Autant l’aspect « les modernes » et « les anciens » (termes imparfaits à défaut de meilleurs plus spécifiquement adaptés) me parait manifestement exister, autant la « géopolitique » me parait très secondaire, même si l’Église (qui n’est pas la religion chrétienne) connait une situation difficile dans bien des coins de la planète.

      Partout où elle doit résister, y compris vis-à-vis de la politique, bien sûr, soit dans le sens russe où V.Poutine se cache mal de vouloir l’instrumentaliser dans le cadre de « l’identité nationale » que dans des pays musulmans ou autres où elle représente une minorité plus ou moins « persécutée ».

      Un autre aspect plus anthropologique se retrouve face à une « indifférence progressive » ou un athéisme simple ou militant, ou même à un sentiment religieux plus individuellement privé, qui s’éloigne de toute institution (position qui me semble assez compatible avec un point de vue libéral!) « Mes convictions ne regardent que moi et mon « Dieu » – éventuel – sans influence par d’autres et donc sans prosélytisme non plus ».

      De plus le thème du synode est la famille: « vaste programme »!

      Il sera donc question de l’allongement de la vie avec les répercussions dans le nombre de divorces, le sort des divorcés, y compris dans l’Église, toutes les formes de procréation médicalement assistée, les formes de contraception, la sexualité avant ou hors mariage, le désir de protection contre les MST et le sida, en particulier, les excisions et circoncisions, les traditions polygames – entre autres chez des convertis! -, le statut de la femme dans le couple comme dans l’Église, la discrimination homme-femme, le mariage des prêtres ou la sexualité du clergé et son influence douteuse sur la pédophilie, l’homosexualité, les « problèmes » de genre, les familles recomposées, les conséquences du multi-culturalisme religieux: tout sujet pouvant donner lieu à des discussions animées entre ceux qui voudraient voir la doctrine de l’Église s’assouplir dans sa sévérité pour s’adapter au « monde » et ceux qui veulent maintenir une discipline dure et sans « laxisme » pour montrer les exigences de « La Voie ».

      Autant j’approuve ce thème, autant il ne me parait pas indispensable que la doctrine s’intéresse tant à des thèmes comme la sexualité alors que le Christ a bien montré, d’après les évangiles, toute sa miséricorde dans ce domaine et n’a, je crois, jamais exigé que soit négligée ou condamnée cette dimension humaine dont le côté sordide m’apparait moins que jamais.

      J’espère qu’un de ces docteurs de l’Église rappellera, en séance, la phrase des pacifistes pendant la sale guerre du Vietnam: « Faites l’amour, pas la guerre! » qui n’est pas, pour autant, une invitation à une sexualité totalement débridée.

      • Il me semble que vous voyez ce synode aborder un nombre de thèmes plus grand que ceux dont il est et sera question, notamment au regarde l’instrumentum laboris publié par le Vatican. Ne vous laissez donc pas abuser par les médias qui vous abreuvent de sujets buzz comme l’homosexualité (la position de l’Eglise est déjà claire sur ce sujet, même si les journalistes ont, pour beaucoup, des peaux de saucisson devant les yeux), le mariage des prêtres (idem), ou la contraception (idem, encore).

        Quant à la sexualité, il n’est pas du tout anormal que l’Eglise Catholique s’en soucie. L’instrumentum laboris vous éclairera sur ce sujet.

        Enfin, le « sentiment religieux plus individuellement privé, qui s’éloigne de toute institution (position qui me semble assez compatible avec un point de vue libéral!) »… il est déjà concrétisé, et s’appelle « protestantisme ».

  • Pouvez vous svp me preciser les dates h et lieu de votre prochaine conference du 9 novembre ? Au cafe coup d etat ?
    Merci

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