Guinée : élections présidentielles imminentes

Alpha Condé at WEF 2012 in Davos - CC BY SA 2.0

Des élections présidentielles guinéennes préoccupantes pour la communauté internationale.

Par la rédaction de Contrepoints.

Alpha Congé, président de la Guinée
Alpha Condé at WEF 2012 in Davos – CC BY SA 2.0

Les élections présidentielles guinéennes qui auront lieu ce dimanche 11 octobre n’en finissent pas de faire parler d’elles.

La Guinée est le premier des trois pays touchés par la récente épidémie d’Ebola à organiser une élection nationale. En plus d’être un test pour le président sortant, cette élection est devenue une cause de préoccupations pour la communauté internationale.

Vendredi 2 octobre, des heurts ont éclaté entre partisans du président sortant Alpha Condé, candidat en campagne, et sympathisants de candidats de l’opposition, dont son principal adversaire, Cellou Dalein Diallo. Le dernier bilan officiel fait état d’un mort. Des sources humanitaires parlent de près de 80 blessés.

Cet évènement tragique est le dernier en date de la suite d’incidents qui ont émaillé la campagne électorale depuis son commencement.

Une élection émaillée d’incidents et de scandales

Nombreux sont ceux qui affirment que le président sortant Alpha Condé, en poste depuis l’élection contestée de 2010, où il n’avait recueilli que 18% des voix au premier tour contre 44% pour son adversaire, semble s’être livré à de basses manœuvres en truquant le processus électoral afin d’assurer sa réélection : tirs à balles réelles de ses forces de sécurité sur des manifestants pacifiques, reports successifs des élections communales depuis six ans, contrôle de la commission électorale soi-disant indépendante (un Guinéen sur deux n’a pas confiance en son impartialité), non-respect de l’accord politique signé avec les partis de l’opposition, etc.

Plus récemment, les 7 candidats de l’opposition ont appelé à un report de l’élection, en raison de doutes sérieux concernant les registres d’état civil. La justice française a commencé à s’intéresser au train de vie et aux activités de Mohamed Alpha Condé, le fils du chef de l’État. La Haute Autorité de Communication guinéenne a interdit aux sociétés de télécommunications de distribuer ou de relayer des informations à propos de la campagne électorale avant l’annonce des résultats par la Cour constitutionnelle, interdisant de facto aux Guinéens de faire usage de SMS. Une vidéo montrant le président guinéen Alpha Condé distribuant de l’argent en pleine campagne électorale a aussi largement circulé.

Un pays miné par son État

Au-delà de ces nombreux incidents, il existe de grandes inquiétudes quant à la direction que suit la Guinée depuis l’accession d’Alpha Condé au pouvoir en 2010.

Dans une étude qui vient de paraître et dont Contrepoints s’est procuré en exclusivité le résumé en langue française, David A. Rice, du Development Dividend Project de l’université de New York, brosse le tableau d’un pays souffrant d’un État parasite : « Les tensions et l’incertitude de l’économie politique présentent des risques graves pour le présent et l’avenir et sont préjudiciables au secteur privé et aux investisseurs ».

La Guinée est jeune (60% des 11 millions de Guinéens ont moins de 25 ans), dynamique et stable ; elle pourrait profiter de ressources naturelles remarquables mais elle en est empêchée par un État fonctionnant pour le bénéfice de quelques-uns.

Une croissance économique faible, des institutions défaillantes, et une pauvreté persistante marquent les cinq dernières années du pays. Le pourcentage des Guinéens vivant dans la pauvreté (55%) a augmenté par rapport à la période pré-démocratique. Les autres indicateurs (ci-dessous) extraits de l’étude signalent un pays dans un état alarmant.

guinéeLa politique du gouvernement d’Alpha Condé a peu fait pour faciliter la croissance, les dépenses publiques étant largement supérieures aux recettes de l’État, de sorte que la dette nationale s’alourdit, ce qui conduit sans surprise à la dévaluation de la monnaie : « Les perspectives économiques de la Guinée dépendent plus que jamais de la compétence et de l’intégrité des dirigeants politiques du pays. Malheureusement, le bilan depuis l’élection précédente en 2010 ne fait apparaitre aucune réforme économique, aucune amélioration ou aucun progrès. Au lieu de cela, l’État a poursuivi les mêmes politiques infructueuses que par le passé, avec les mêmes résultats désastreux et prévisibles pour le pays ».

Les faiblesses fondamentales de l’économie guinéenne étaient apparentes avant l’épidémie d’Ebola. Les politiques délétères du gouvernement actuel, en particulier les expropriations, l’opacité dans l’attribution de marchés, un examen malavisé des licences d’exploitation minière, et son hostilité à l’investissement étranger, expliquent dans une large mesure la misère économique actuelle. En particulier, la mine de Simandou, un des plus grands gisements inexploités au monde de minerai de fer de haute qualité, fait encore l’objet d’un important litige et reste inexploitée, d’autres parties du secteur minier demeurent enlisées dans des différends d’ordre juridique et l’implication de l’État y reste excessive.

Dans un pays où le pouvoir est concentré au niveau de la présidence, les perspectives de développement de la Guinée dépendent de l’intégrité de ses dirigeants. Comme le note D. Rice : « Les politiques délibérément délétères du gouvernement actuel, en particulier les expropriations forcées, le trafic d’influence dans l’attribution de marchés, un examen malavisé des licences d’exploitation minière, et son hostilité à l’investissement étranger, expliquent dans une large mesure la misère économique actuelle ». Malheureusement, le mauvais bilan du président sortant ne permet guère aux Guinéens d’espérer un meilleur avenir si Alpha Condé parvenait à être réélu.