Dialogue social à Air France : Hollande cordonnier mal chaussé

François Hollande à Grenoble en 2013 (Crédits : Saly Bechsin, licence CC-BY-ND 2.0), via Flickr.

Air France, ou l’anti-dialogue social ?

Par Éric Verhaeghe.

François Hollande à Grenoble en 2013 (Crédits : Saly Bechsin, <a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nd/2.0/" target="_blank">licence CC-BY-ND 2.0</a>), via <a href="https://www.flickr.com/photos/7342816@N07/8407891125" target="_blank">Flickr</a>.
François Hollande à Grenoble en 2013 (Crédits : Saly Bechsin, licence CC-BY-ND 2.0), via Flickr.

La restructuration d’Air France a subitement pris une autre tournure, lundi, avec le recours à la violence par les organisations syndicales. Déjà, la longue grève des pilotes au printemps dernier avait envoyé un signal fort sur la difficulté, pour une entreprise privatisée mais prisonnière de son ancienne culture du monopole public, de s’adapter à la concurrence internationale. Avec les intimidations brutales auxquelles les syndicats contestataires se sont livrés, c’est le problème même du syndicalisme politique et de la capacité de l’État à leur imposer l’ordre public qui est posé.

Air France, ou l’anti-dialogue social ?

L’ironie veut que cette ténébreuse affaire intervienne au moment où paraît un livre préfacé par François Hollande sur les vertus du dialogue social. Pendant que le Président vante la culture de la négociation dans le secteur privé, c’est à un vrai exercice d’autorité que les administrations et les entreprises publiques se livrent. Coup sur coup, Manuel Valls a annoncé la semaine dernière le passage en force du gouvernement sur les salaires dans la fonction publique (l’accord était rejeté par FO et la CGT), avant qu’Air France ne sorte de sa manche un plan social qui a mis le feu aux poudres (avec toujours les mêmes : FO et la CGT, en tête de proue).

On pourrait ici enfiler les dictons : les conseilleurs du dialogue social ne sont visiblement pas les payeurs de l’addition, et il n’y a pas plus mal chaussés que les cordonniers publics dans l’art de l’accord majoritaire.

Au-delà de l’agacement des chefs d’entreprise qui reçoivent à longueur d’années des leçons moralisatrices sur la gestion des relations collectives, données par des fonctionnaires et des élus qui n’acceptent pas pour eux-mêmes le dixième des contraintes qu’ils trouvent nécessaires pour le privé, la question qui est posée est celle de la capacité du gouvernement à réussir la baisse des dépenses publiques et à garantir la survie des grandes entreprises anciennement nationalisées.

La politique d’économie annoncée par le gouvernement n’en est pourtant qu’à ses débuts, et on voit mal comment son issue pourrait être heureuse.

Remettre les syndicats contestataires dans le droit chemin

Au-delà de l’incapacité structurelle de l’État et de sa sphère à piloter et à réussir les restructurations, c’est l’autorité de l’État face aux organisations syndicales contestataires qui est en  jeu.

Mettons les pieds dans le plat, le sujet est de savoir jusqu’où il faut pousser la calinothérapie vis-à-vis de la CGT et de FO, qui sont des confédérations moribondes maintenues à bout de bras par des réglementations protectrices et par l’argent du contribuable. Comme par hasard, ce sont ces organisations-là qui sèment le trouble et qui refusent le jeu démocratique.

Le cas de la CGT est bien connu. Cette confédération est subrepticement revenue à l’esprit des années 30 où la purge et la paranoïa étaient les seuls arguments politiques internes. Entre Thierry Lepaon qui occupe toujours un appartement à Vincennes aux frais de son organisation tout en criant au complot, et Philippe Martinez qui s’appuie sur les fédérations du public pour écarter tous les gêneurs et éteindre la voix des salariés du privé en son sein, on voit mal quel avenir cette organisation peut encore réserver, sinon une crispation sur des mots d’ordre aussi populistes que ceux du Front National.

Qu’on régularise les moyens accordés à la CGT par les collectivités locales, par les services de l’État, qu’on applique les règles de la comptabilité au CE d’Air France, de la SNCF, d’EDF, et l’on s’apercevra très vite que la CGT est comme un village Potemkine : une structure tenue à bout de bras par le contribuable et par des élus qui ne comprennent rien à la classe ouvrière et qui font leurs bonnes œuvres en protégeant un décor de carton pâte.

Le cas de FO est moins connu mais tout aussi choquant. La confédération de Jean-Claude Mailly n’existe que par les financements paritaires et les protections dont elle bénéficie de la part des pouvoirs publics. Livrée à une simple logique d’adhésion, condamnée à se financer par la représentation qu’elle assume effectivement auprès des salariés, FO disparaîtrait. D’ailleurs, ce syndicat passe plus de temps à mener des contentieux pour préserver les entorses à la concurrence qui abondent ses caisses qu’à défendre les intérêts des salariés.

Ne se murmure-t-il pas, par exemple, que FO a signé la dernière convention chômage, très défavorable aux salariés et d’ailleurs annulée par le conseil d’État, pour obtenir la prochaine présidence de l’UNEDIC ? Ces combinazioni sont inadmissibles de la part d’un syndicat qui ne joue pas le jeu du dialogue en entreprise et qui préserve le mythe d’un capitalisme de connivence géré par quelques accords nationaux dont les employeurs et les salariés sont les simples exécutants et jouets.

Combien de temps l’État acceptera-t-il de nourrir ces enfants terribles qui se gavent de moyens publics et de règles protectrices comme des cocaïnomanes sniffent leur rail de poudre ? Car plus la dépendance dure et moins les réformes seront faciles à pratiquer. Le moment de la cure de désintoxication vient, sauf à condamner nos fleurons industriels.

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