Les Français délaissent la politique, et ils ont bien raison

Après les citoyens délaissant les urnes, c’est au tour des militants de délaisser les partis. Les Français semblent se désintéresser de la politique, et ils ont bien raison.

Par Baptiste Créteur

Les Français se désintéresseraient de la politique. Parce que les chiffres ne sont pas reluisants, les partis communiquent peu, mais déplorent la « désertion des militants ». Et ce, alors que les Français se déplaçant pour voter sont si peu nombreux que le président actuel a été élu par une minorité.

La France fait pourtant face à d’énormes enjeux. L’État est massivement endetté et bien trop gros, la croissance ne revient pas, le chômage continue d’augmenter, l’État-providence avance tranquillement vers une faillite qui touchera des millions de Français absolument pas préparés à se passer de lui.

Les enjeux sont politiques, et leurs causes aussi : le pays est sclérosé et, malgré les effets d’annonce successifs, les réformes ne changent rien. Peu ambitieuses dans leur conception, elles doivent ensuite être amendées, vidées de leur contenu et enrichies de dispositions bizarres pour avoir la moindre chance d’être ratifiées. La France ressemble à s’y méprendre à un paquebot dont le capitaine donne de grands coups de barre sans parvenir à en altérer la course. L’ennui, c’est que pendant ce temps, dans la cale, les Français rament, sans parvenir à altérer la vitesse. Ni pour le pays, ni pour eux-mêmes.

Ce qui explique sans doute que les Français ont l’impression de passer à côté de leur vie. Ou qu’ils soient parmi les plus pessimistes du monde quant à l’avenir. Ou que beaucoup d’entre eux, jeunes mais pas seulement, décident de partir. Ou que le taux de suicide soit en France plus élevé qu’ailleurs.

Les Français n’ont pas d’influence sur la politique ou sur le fonctionnement de l’État, mais l’État a un poids considérable dans leurs vies. C’est lui qui leur impose un programme éducatif, qui régit l’économie, le travail, et la société ; c’est lui qui collecte leurs impôts et cotisations et décide quoi faire avec. Avec les résultats qu’on voit : 57% de dépense publique, 0% de croissance. Des salariés « protégés » par un Code du travail qui tient plus de l’encyclopédie que du contrat, et plus de 5 millions de chômeurs. Les Français ont raison de se désintéresser de la politique parce que ce n’est pas de la politique ou de l’État que viendra le salut.

Ni des politiciens qui n’ont, à l’évidence, rien à faire d’eux – sauf pour récolter leur voix et le fruit de leur travail. Politiciens qui font de toute chose une priorité et de toute priorité une catastrophe. Politiciens qui promettent la lune et se félicitent qu’on puisse encore la voir. Politiciens qui promettent plus de transparence et d’exemplarité mais qui (morceaux choisis) :

  • Omettent leur concubine de leur déclaration de patrimoine mais n’oublient pas de mettre à sa disposition gîte, couvert et personnel ;
  • Omettent de déclarer et s’acquitter de leurs impôts ;
  • Se font cirer les chaussures aux frais du contribuable ;
  • Font des fausses factures de campagne pour financer on ne sait quoi, et font financer leurs campagnes par des personnages peu recommandables ;
  • Incendient des voitures pour faire grimper le sentiment d’insécurité ;
  • Achètent des voix, se font prendre, interdire d’Assemblée, mais continuent d’y siéger ;
  • Mentent à répétition au sujet de comptes à l’étranger alors qu’ils prônent la traque aux exilés fiscaux ;
  • Se gavent de rémunérations, indemnités, dividendes colossaux, et offrent à leurs amis de semblables privilèges.

La politique ne tient pas ses promesses, et les politiciens non plus. Heureusement, l’État tel que nous le connaissons est inexorablement amené à disparaître. On peut compter sur nos politiciens pour repousser autant que possible l’échéance, interdire les entreprises innovantes et le don de chatons, limiter les paiements en liquide, alourdir le Code du travail, harceler ceux qui tenteraient de quitter la Sécurité sociale et le RSI. Mais la fin de leur monde est inéluctable.

Car qui peut avoir le droit de décider (en dehors des seuls individus concernés) qui peut se marier et qui ne le peut pas ? Quelles causes sont dignes d’être soutenues ? Combien d’argent doit être pris à qui, et comment il doit être utilisé ? Que doit contenir un contrat de travail ?

Les citoyens ne sont pas censés être au service de l’État, mais précisément l’inverse. La société civile n’est pas une instance qu’on consulte vaguement avant certains projets de loi. Une association n’est pas une machine à collecter des subventions. Et la solidarité n’est ni une obligation, ni un droit.

Nous naissons libres. Pourquoi militer dans des partis politiques dépassés, soutenir des mafieux en écharpe tricolore, alors que nous pouvons nous contenter de mener nos vies pour le plus grand bien de tous ?

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