Derrière la crise chinoise, c’est Washington qui inquiète

Le Capitole à Washington DC (Crédits KP Tripathi (kps-photo.com), licence Creative Commons)

La politique monétaire américaine est à nouveau en cause. Est-ce grave ?

Par Jacques Garello.

Le Capitole à Washington DC (Crédits KP Tripathi (kps-photo.com), licence Creative Commons)
Le Capitole à Washington DC (Crédits KP Tripathi (kps-photo.com), licence Creative Commons)

Vers une nouvelle crise financière mondiale ? C’est visiblement la question que se sont posés les participants au G 20 tenu à Ankara. Ils ont crié haro sur le baudet chinois mais n’ont pas caché leur crainte d’une réédition de la crise de 2008. Et, de fait, les bourses du monde entier n’ont pas « digéré » en quelques séances le choc chinois et s’enfoncent d’une manière imprévue.

En réalité, ce n’est pas en Chine, mais aux États-Unis, que les nuages s’accumulent : la politique monétaire américaine est à nouveau en cause. Est-ce grave ?

De la perturbation à l’effondrement

Nous avons déjà évoqué les problèmes de la Chine. Ce pays souffre, d’une part, d’un trouble du système, il ne peut accepter la propriété privée des grandes sociétés, d’autre part, d’une obsession financière, les dirigeants étant persuadés que les cours boursiers sont le reflet fidèle de l’économie réelle.

La crise qui a frappé dans un premier temps les places chinoises et asiatiques devrait donc se limiter à cet espace. Hélas, la chute des cours des actions dans toutes les bourses du monde, à commencer par Wall Street, s’est prolongée et certains cours retrouvent un niveau jamais atteint depuis 2007. À Paris, le CAC 40 est passé en un mois (du 4 août au 4 septembre) de 5.200 à 4.500 points.

Voilà de quoi alerter le monde de la finance mais aussi, bien au-delà, le monde économique : une crise financière peut-elle engendrer une crise économique ? En 2008 la réponse n’a fait aucun doute : oui. L’effondrement mondial des cours pourrait donc présager d’une stagnation tout aussi mondiale.

De la finance à l’économie réelle

Aujourd’hui la mode intellectuelle est d’opposer finance et économie réelle. Ce n’est ni vrai ni faux. Ni vrai dans la mesure où les fluctuations boursières sont décalées par rapport à la vie économique des entreprises et des ménages. Depuis plusieurs mois les indices boursiers n’ont cessé de monter alors que la croissance est ralentie, voire stoppée comme en France. Ni faux parce qu’il y a un vase communicant : la politique monétaire. La monnaie est en effet la matière première sur laquelle travaillent tous les opérateurs en bourse. Ils sont heureux quand la monnaie ne coûte rien (et peut même rapporter dans le cas de taux d’intérêt négatifs) Nous n’avons cessé ici de dénoncer les politiques expansionnistes des banques centrales avec la mode du quantitative easing pratiqué par la FED depuis Bernanke (voire Greenspan), et la Banque Centrale Européenne sous l’impulsion de Mario Draghi. Faire tourner plus vite la planche à billets est une bonne affaire pour les boursiers : ils ont autant de liquidités qu’ils le veulent. La Banque Centrale de Chine, comme nous l’avons rappelé, a inondé la bourse de Shanghaï pour « réamorcer la pompe ». Ainsi se crée une euphorie artificielle, mais aussi une irresponsabilité généralisée : tous les feux semblent au vert et les erreurs de gestion se multiplient, les crédits et les investissements étant affectés à des emplois douteux, voire mortels ; le secteur immobilier est particulièrement concerné par ces bulles.

Que va-t-il se passer à Washington ?

Quand les cours de Bourse deviennent un produit dérivé de la politique monétaire, c’est l’évolution de celle-ci qui devient déterminante. Or, voilà des mois que le monde entier s’interroge sur les intentions de Madame Janet Yellen, gestionnaire en chef du dollar. Et elle-même s’interroge : va-t-elle ou non atténuer, sinon arrêter, l’expansion monétaire ? Le dollar, mauvaise monnaie s’il en est puisque sa contrepartie est faite de créances sur le Trésor américain, en déficit permanent depuis longtemps, et en déficit abyssal depuis Obama, demeure paradoxalement la monnaie mondiale la plus utilisée et la plus demandée, depuis que la livre, l’euro et le yen se sont volontairement dévalués. La « guerre des monnaies » complique la gestion du billet vert. Redonner au dollar une valeur réelle et relever les taux d’intérêt, serait la mesure sage. Mais les keynésiens de tous bords estiment que ce serait tuer la reprise de l’économie américaine. Encore une minute, Madame le bourreau…

Où en est l’économie réelle ?

chine usa rené le honzecLa croissance économique s’est ralentie en Chine, au Brésil et en Russie, trois des pays émergents les plus puissants. – et toujours à la suite des erreurs des gouvernements. Elle a au contraire repris aux États-Unis, avec un taux de chômage le plus faible depuis dix ans. En Europe, dans plusieurs pays, la leçon de la précédente crise a été comprise : retour à la rigueur budgétaire, diminution de la dette publique, allègement du secteur public, assouplissement du marché du travail.

Le drame serait de revenir aux errements du G20, d’Obama, à la suite de 2008, et de repartir sur de la politique de la demande. La Commission Européenne, empêtrée dans la crise grecque, peut encourager Mario Draghi à persévérer dans l’erreur. Mais va-t-on infléchir les politiques de l’Allemagne, de la Grande Bretagne, des pays de l’Europe centrale et scandinave ? Sans être très dynamique, la croissance est là, le chômage est stabilisé autour de 5 %, les dettes se réduisent, et en revanche la déroute française donne à réfléchir aux autres peuples d’Europe. Quant aux États-Unis, l’inconscience d’Obama devrait appeler une alternance reaganienne. La solution, une fois de plus, est à Washington.

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