François Hollande au Maroc : la liberté de la presse grande absente

Mohammed VI, roi du Maroc, en novembre 2013 (Crédits US State Department, image libre de droits)

Alors que François Hollande visite le pays, Reporters sans Frontières dénonce les menaces pesant sur la liberté de la presse dans la monarchie marocaine.

Par Alexis Vintray.

Mohammed VI, roi du Maroc, en novembre 2013 (Crédits US State Department, image libre de droits)
Mohammed VI, roi du Maroc, en novembre 2013 (Crédits US State Department, image libre de droits)

François Hollande se rend ce samedi au Maroc pour une visite d’État de deux jours. Le Président de la République se rendra à Tanger « à l’invitation de sa majesté le roi Mohammed VI, pour une visite de travail qui sera aussi une visite d’amitié », selon un communiqué de presse de l’Élysée. Selon l’Élysée toujours, « elle permettra aux deux chefs d’État d’avoir un très large échange de vues et de faire progresser la coopération bilatérale dans plusieurs domaines, notamment la lutte contre la radicalisation, le développement économique, la préparation de la présidence française de la COP21 et de la présidence marocaine de la COP22 ».

Un sujet restera pourtant absent de l’agenda officiel, la situation de la liberté d’information et de la liberté de la presse dans le pays, comme vient le souligner l’ONG Reporters sans Frontières (RSF). De nombreux tabous sont en effet tabous dans la monarchie chérifienne, en premier lieu desquels la critique de la monarchie elle-même ou encore la remise en cause des frontières officielles du royaume. Comme le résume RSF : « au Maroc, les journalistes sont toujours confrontés aux mêmes lignes rouges : l’islam, l’intégrité territoriale (Sahara occidental) et la monarchie, sujets hautement sensibles. »

Pire encore, la situation semble loin de s’améliorer puisque l’ONG dit avoir « recensé depuis le début de l’année de nombreuses exactions envers les journalistes, objets de pressions diverses, souvent accusés de diffamation ou d’allégations mensongères dès lors qu’ils critiquent la politique du palais ou des affaires en lien avec des membres du gouvernement. Certains sont dans le collimateur des autorités depuis des années. »

Et l’ONG de lister différents exemples (texte RSF) :

  • Condamné en 2005 pour diffamation à 10 ans d’interdiction de son métier, Ali Lmrabet a entamé fin juin 2015 une grève de la faim devant les Nations unies à Genève pendant plus d’un mois, pour protester contre l’administration marocaine qui refuse de lui délivrer ses papiers d’identité, documents essentiels à la reprise de son activité professionnelle. Harcelé par les autorités depuis l’an 2000, cet ancien directeur de publication de magazines satiriques avait également été condamné à trois ans de prison ferme en 2003 pour “outrage à la personne du roi”, “atteinte à l’intégrité territoriale” et “atteinte au régime monarchique”.
  • Le cas d’Ali Anouzla est également symptomatique de la pression judiciaire qui s’abat sur les journalistes qui osent aborder des sujets considérés comme tabous par la monarchie. Anouzla avait été placé en détention préventive pendant cinq semaines et inculpé pour « terrorisme » en 2013 pour avoir publié un lien qui renvoyait à un article d’El Paìs montrant une vidéo d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). L’affaire est toujours en cours. Anouzla a récemment lancé un site Lakome2, suite à la fermeture de son premier site d’information Lakome il y a deux ans.
  • Parmi d’autres cas, celui du jeune blogueur et journaliste pour la chaîne du Front Polisario Mahmoud Al-Haissan. Libéré en février dernier après huit mois de détention, il est toujours poursuivi par la justice pour « attroupement armé », « obstruction de la voie publique », « agression sur des fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions » et « dégradation de biens publics ». Ce journaliste avait couvert des manifestations pacifiques, organisées à Laâyoune par des Sahraouis lors de la Coupe du monde de football au Brésil en juin 2014. Ces manifestations ont été dispersées violemment par les forces de l’ordre suite à des slogans politiques lancés en faveur de l’indépendance du Sahara occidental. Le journaliste a été arrêté après avoir filmé ces violences.

Davantage de détails sur le site de RSF