Un amour impossible, de Christine Angot

Christine Angot signe là un récit intime.

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Un amour impossible, par Christine Angot (Crédits : Flammarion, tous droits réservés)

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Un amour impossible, de Christine Angot

Publié le 14 septembre 2015
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Par Francis Richard
Un amour impossible, un livre de Christine Angot chez Flammarion
Un amour impossible, un livre de Christine Angot chez Flammarion

Ce qui peut rendre Un amour impossible ? Ce sont des différences de classe sociale, de couleur de peau, de génération ou de religion pratiquée ; des rivalités entre familles, entre nations ou entre empires ; des préjugés de toutes sortes ; ou encore un attachement indéfectible à des traditions qui ont perdu l’esprit.

Pourtant l’amour devrait être, en principe, ce qui permet de surmonter tous les obstacles. Mais l’histoire, la mémoire, la littérature sont là pour dire qu’il n’en est rien et que l’amour – « est-ce qu’on sait pourquoi on aime? » -, demeure insuffisant pour contrecarrer des raisons qui n’en sont pas. Une irrationnalité ne peut l’emporter sur une autre.

Christine Angot, dans le récit très personnel qu’elle vient de publier, dit cette impossibilité de s’aimer vraiment en racontant les amours tumultueuses entre sa mère, Rachel Schwartz, et son père, Pierre Angot. Ces amours n’étaient pas des vues de l’esprit, mais elles ne faisaient pas contre-poids aux pesanteurs sociales qui les contrebalançaient.

Rachel et Pierre se rencontrent dans une cantine de Châteauroux. Elle travaille à la Sécurité sociale, lui est traducteur à la base américaine de La Martinerie. Ils se revoient lors d’un bal de société comme il en existait à l’époque. Ils commencent à se fréquenter. Ils sortent ensemble. Ils finissent par faire l’amour.

Pierre a prévenu Rachel qu’il ne serait jamais question de mariage entre eux. Il tient à son indépendance. Il veut rester libre. Aussi leur amour ne peut-il être un amour conjugal. Il se situe entre la passion amoureuse et la rencontre inévitable. En fait, derrière ces mauvaises raisons, se cache la vraie : ils ne sont pas du même milieu et c’est rédhibitoire.

Pourtant ils ont de beaux moments. Mais leur amour est impossible du fait de leur différence sociale et culturelle. Le père de Pierre est directeur chez Michelin, tandis que le père de Rachel n’est pas riche, même si, juif, il a des comptes bancaires un peu partout. De plus ce père l’a rejetée : elle a quatre ans quand il part de la maison et n’y revient que treize ans plus tard.

S’il refuse de se marier avec Rachel, Pierre veut bien lui faire un enfant. Quand Pierre perd son emploi à Châteauroux, il quitte la région. Quand il apprend par Rachel qu’elle est enceinte, il ne se précipite pas pour la rejoindre. Il n’est de toute façon pas question qu’ils vivent ensemble ou qu’il la présente à ses parents. Elle devra se contenter de le voir quand il est de passage.

Deux événements infléchissent le cours du récit et le font tourner au drame, parce qu’ils vont être à l’origine de douloureuses dissenssions, pendant longtemps, entre Rachel et Christine et avoir l’un comme l’autre des conséquences tragiques pour l’une comme pour l’autre. Plus que des inflexions, ce seront d’ailleurs plutôt des solutions de continuité dans leurs existences.

Le premier de ces événements, c’est l’annonce anticipée à Rachel par Pierre qu’il s’est marié avec une autre, une Allemande, alors qu’il prétendait être hostile à toute idée même de mariage. Dès lors, elle ne veut plus le voir, même s’ils restent plus ou moins en contact épistolaire ou téléphonique, du fait qu’ils ont une fille, Christine.

Le second, c’est l’obtention par Rachel de la reconnaissance officielle par Pierre qu’il est le père de Christine, alors âgée de treize ans et devenue pubère. Née Christine Schwartz, elle s’appelle désormais Christine Angot. Or c’est à partir de ce moment-là que Pierre Angot commence à abuser de sa fille et que Christine commence à rejeter sa mère.

Pendant longtemps Rachel ne se doute de rien. Elle se méprend sur le pourquoi de son rejet par Christine : « J’avais été rejetée par mon père, j’avais été rejetée par le tien. Je trouvais normal que tu me rejettes. Par rapport à ton père j’étais moins instruite, moins intelligente, socialement moins bien. Je pensais que ton choix était fait. »

Quand Rachel apprend cette infamie, elle est effondrée. Elle tombe même sérieusement malade et doit être hospitalisée : elle est détrompée au sens propre du terme, puisqu’elle fait une infection des… trompes. Christine ne l’apprendra que quand elles se retrouveront et s’expliqueront calmement, et quand elle donnera à sa mère l’explication probable des agissements de son père.

Christine Angot signe là un récit intime, qui ne peut que troubler le lecteur et lui faire connaître le cas (qui ne doit pas malheureusement être isolé), même s’il ne l’a pas vécu lui-même, d’existences gâchées par un amour impossible. Elle le fait dans un style direct et sobre, où les dialogues reproduisent au plus près, jusque dans leur écriture parfois phonétique, les mots qui ont réellement été dits, tels qu’elle les a retenus ou reconstitués.

À l’issue de ce récit ténébreux, Christine Angot cite un petit texte de Proust que sa mère a lu dans Le Temps retrouvé, qu’elle a recopié sur un petit papier et mis dans son portefeuille, et qui est en quelque sorte une note finale lumineuse :

De l’état d’âme qui, cette lointaine année-là, n’avait été pour moi qu’une longue torture rien ne subsistait. Car il y a dans ce monde où tout s’use, où tout périt, une chose qui tombe en ruines, qui se détruit encore plus complètement, en laissant encore moins de vestiges que la Beauté : c’est le Chagrin.

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  • On est quand même un peu plus loin qu’un simple amour impossible, là…
    L’inceste et le viol, ça me paraît relever d’un toute autre catégorie.

    « Le premier de ces événements, c’est l’annonce anticipée à Rachel par Pierre qu’il s’est marié avec une autre, une Allemande, alors qu’il prétendait être hostile à toute idée même de mariage. »

    Ce genre de changement d’avis n’est en réalité pas rare du tout. Mais là encore, il ne me semble pas que le sujet soit là.

    Le père de Mme Angot me semble avant tout un sacré sale type ainsi qu’un bien mauvais père. Je sais bien que ce rôle n’est pas forcément facile, mais enfin, y’a des limites.

    • tout à fait, le titre est fort mal choisi.
      D’ailleurs on peut se demander si dès le départ et quelque soit l’origine sociale de la mère, son père ne cherchait pas simplement à satisfaire des plaisirs très personnels, et si il n’entretenait pas plusieurs relations identiques basées sur le mensonge.

  • Arrêtez avec ce marketing autour de ce médiocre écrivain. C’est usant toujours de nous balancer la même soupe parisienne infâme.

    Pourquoi une telle médiocrité est-elle publiée ?

    • Oui, ils me font un peu rigoler parfois les libéraux qui font dans la connivence comme les autres.
      Francis Richard publie chez Flammarion comme Christine Angot.
      Renvoi d’ascenseur.

    • Bon d’abord toi t’as pas été violé quand tu étais petit alors hein, boi-boite ! 😀

  • Les commentaires sont fermés.

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