La Chine décroche-t-elle vraiment ?

Codelco-Shangai(CC BY-NC-ND 2.0)

Il faut analyser la situation chinoise et relativiser ce qui s’est passé.

Par Régis Yancovici

Codelco-Shangai(CC BY-NC-ND 2.0)
Codelco-Shangai(CC BY-NC-ND 2.0)

Au mois d’août les investisseurs ont eu des sueurs froides. Pas seulement parce que la liste des personnes inscrites sur le site Ashley Madison a été volée et publiée. Le décrochage des marchés d’actions a été d’une rare violence qui s’apparente à celle d’un titre vif.

La bourse est la rencontre des analyses et des émotions des investisseurs. Leur état émotionnel, comme leurs analyses, ne se construisent pas en 24 heures. Les marchés étaient fragiles depuis plusieurs mois, malgré les records de quelques indices, comme nous l’expliquions dans nos précédentes publications PRISM’Marchés (juillet n°24 et juin n°23). Nous ne sommes donc pas surpris de leurs réactions au « choc chinois ». Pour voir plus clair sur la stratégie des prochains mois, il faut d’abord analyser la situation chinoise et relativiser ce qui s’est passé.

Compte tenu de son poids dans l’économie mondiale, la santé de la Chine importe. Elle contribue en moyenne à environ 25% de la croissance mondiale (contre 17% pour les États-Unis et 5% pour la zone euro). Sa croissance ralentit. C’est un fait. Mais ce n’est pas nouveau. Il est connu de tous que le rythme de croisière de l’économie chinoise va en se réduisant. Mais il y a peu d’indicateurs pour confirmer un effondrement de la croissance. Les bénéfices des entreprises sont attendus en hausse de 16% par rapport au 1er semestre. Au niveau macro-économique, la croissance des salaires progresse encore sur un rythme de 10% l’an, la création d’emplois dans les secteurs industriels et des services est au plus haut, la consommation des ménages se porte bien. Par exemple, le nombre de passagers en avion, les ventes de téléphones mobiles ou encore les entrées dans les salles de cinéma progressent fortement.

Il faut tenir compte du fait que la Chine n’a plus le même modèle économique. Ce n’est plus l’usine du monde qui a soif de matières premières. Le secteur tertiaire est plus important. Ainsi, la production d’électricité, considérée comme une donnée fondamentale pour évaluer l’état de l’économie, perd de son intérêt. Il faut moins de gigawatt pour ouvrir une chaine de restaurants, que pour une usine de production d’acier. Rajoutons que si la situation avait été si terrible, la dévaluation du Renminbi n’aurait pas été de 4%, mais plutôt de 20% ou 30%.

Quant au marché chinois des actions, il était boursouflé et sa valorisation était déconnectée de la réalité. 150% de hausse pour l’indice CSI300 entre juin 2014 et juin 2015 méritait bien une correction. Après la chute de 37% en deux mois, la progression demeure de 56% contre 0% pour l’EuroStoxx50 !

Nous avons recommandé de vendre les ETF chinois (Shanghai) les mois passés dans de bonnes conditions. Nous surveillons patiemment le moment pour racheter.

Les perspectives à long terme de la Chine demeurent très attractives dans la mesure où les autorités poursuivent leur agenda de réformes. Ces réformes vont de pair avec la volatilité des marchés. C’est une politique préférable à celle qui viserait à acheter le calme et qui finirait dans la douleur.