Krach en Chine : la banque centrale réagit

bourse - crise financière (Crédits : CC0 Pixabay, licence Creative Commons)

La Chine sait tirer les leçons des pires pratiques occidentales lorsqu’elles lui semblent utiles pour sauver la face.

Par Philippe Béchade

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bourse – crise financière (Crédits : CC0 Pixabay, licence Creative Commons)

Face à la débâcle des marchés financiers chinois, Pékin n’a pas tardé à déclencher des enquêtes et à faire tomber des têtes. Les traders ayant agi comme des ennemis du peuple en vendant à découvert ont été mis hors d’état de nuire et le short selling a été interdit. Quant aux entreprises qui se sont montrées anti-patriotiques (en vendant une partie des titres auto-détenus), elles ont été rappelées à l’ordre. Les banques ont été priées de prêter sans restriction aux boursicoteurs qui avaient une chance de survivre en tenant, grâce au crédit, leurs positions quelques semaine de plus.

Cependant, tout cela ne traite que les effets de la crise et non les causes. Le zèle des enquêteurs — ou des grands inquisiteurs — a fini par payer ; le monde entier sait à présent que le krach de Shanghai ou Shenzhen n’a en rien été provoqué par une méga-bulle boursière ou immobilière ni par des surinvestissements idiots dans des secteurs en perte de vitesse. Non, oubliez toutes les médisances de certains Occidentaux mal informés et se livrant à une infâme propagande anti-chinoise. En réalité, tout est de la faute du journaliste félon Wang Xiaolu qui exerçait ses néfastes talents au nom du magazine Caijing.

Vous pourriez croire à un nouveau gag du site Gorafi mais c’est une annonce des plus officielles : l’unique responsable du krach du mois d’août, c’est Wang Xiaolu. Nous avons recherché la signification de ce nom. En mandarin, il signifie approximativement : « journaliste fou qui a échappé à la surveillance du rédac-chef et déjoué les systèmes de censure interne ».

Sauver la face

Eh oui, la Chine sait tirer les leçons des pires pratiques occidentales lorsqu’elles lui semblent utiles pour « sauver la face ». Elle nous sert donc sa version du trader fou, véritable terroriste de la finance, loup solitaire et diabolique, qui a réussi à dissimuler jusqu’au dernier moment ses véritables objectifs et à tromper sa hiérarchie qui ne pouvait rien connaître de ses agissements.

Vous n’y croyez pas ? Nous avons une explication : l’article évoquant le possible retrait des fonds d’intervention chinois a dû être tapé de façon cryptée de façon à n’apparaître sous la forme que tout le monde connait qu’une fois sorti des rotatives.

De toute façon, quelles qu’aient été les sinistres malversations qui ont mené au krach, Wang Xiaolu a tout avoué (la diffusion de fausses informations, son amour compulsif des rouleaux de printemps, ses mollets trop fluets, etc.). C’était plus facile pour lui que pour Jérôme Kerviel puisque les autorités chinoises — édifiées par les complications de l’instruction de l’affaire éponyme — ont pris le soin d’écrire sur une feuille et en caractères gras tout ce que le félon devait confesser en public.

Bon, c’est pas tout de tenir un coupable, mais il faut maintenant réparer les dégâts. Là encore, il n’y a qu’à procéder comme le font les Occidentaux : si quelqu’un perd de l’argent sur les marchés (enfin… quelqu’un de « systémique », s’entend), il suffit de le renflouer, de 750 milliards de dollars, comme le système bancaire américain. C’est open bar ! Ces 750 milliards, la Banque populaire de Chine (BPC) les possède allègrement. Elle n’a même pas besoin de les imprimer, de « les extraire de l’air ambiant ».

En plus de disposer de réserves de change supérieures à 3 000 milliards de dollars (soit quatre fois le TARP américain de l’automne 2008), c’est la BPC qui fixe les règles prudentielles pour les banques. Elle les avait assouplies la semaine dernière (baisse de 50 points des réserves obligatoires), elle vient de décider de les abolir.

N’importe quelle banque peut désormais prêter n’importe quelle somme, peu importe le montant des dépôts qu’elle possède. Il suffit d’en avertir les autorités — et a priori, c’est feu vert généralisé, open bar illimité, vasque d’alcool de riz profonde comme le stade olympique de Pékin. Autrement dit, la seule règle en matière de soutien des marchés financiers, c’est qu’il n’y a plus de règle. Tous les (mauvais) coups sont permis. La fin justifie les moyens ?

Il faut rassurer le bon peuple, permettre aux oligarques imprudents de s’en tirer avec le minimum de casse (sauf les dissidents, les rivaux mal intentionnés, bref, les ennemis du Peuple) et afficher une situation économique triomphante pour la célébration en très grande pompe des 70 ans de la victoire sur le Japon les 3 et 4 septembre. Des millions de citoyens ont été mobilisés pour assurer la sécurité du défilé… mais également la sécurité de l’État sur internet. Tout message défaitiste ou contredisant le discours officiel doit être éradiqué.

Depuis le début de la chute des marchés chinois, pas moins de 200 blogueurs et autres trublions ont été arrêtés et emprisonnés. Et ce ne sont pas les 50 millions de nouveaux actionnaires chinois du millésime 2015 qui vont pleurer sur leur sort ! En théorie tout du moins — parce que si les Chinois ont compris ce que Pékin souhaitait entendre, ils ne sont pas dupes à ce point.

Tenez, par exemple : il est devenu impossible de faire une recherche sur les mots « krach » ou « bulle boursière » sur les moteurs de recherche chinois. Certains esprits affûtés pourraient finir par trouver cela troublant… Pas vous ?


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