Krach en Chine : la banque centrale réagit

La Chine sait tirer les leçons des pires pratiques occidentales lorsqu’elles lui semblent utiles pour sauver la face.

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Krach en Chine : la banque centrale réagit

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 6 septembre 2015
- A +

Par Philippe Béchade

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Face à la débâcle des marchés financiers chinois, Pékin n’a pas tardé à déclencher des enquêtes et à faire tomber des têtes. Les traders ayant agi comme des ennemis du peuple en vendant à découvert ont été mis hors d’état de nuire et le short selling a été interdit. Quant aux entreprises qui se sont montrées anti-patriotiques (en vendant une partie des titres auto-détenus), elles ont été rappelées à l’ordre. Les banques ont été priées de prêter sans restriction aux boursicoteurs qui avaient une chance de survivre en tenant, grâce au crédit, leurs positions quelques semaine de plus.

Cependant, tout cela ne traite que les effets de la crise et non les causes. Le zèle des enquêteurs — ou des grands inquisiteurs — a fini par payer ; le monde entier sait à présent que le krach de Shanghai ou Shenzhen n’a en rien été provoqué par une méga-bulle boursière ou immobilière ni par des surinvestissements idiots dans des secteurs en perte de vitesse. Non, oubliez toutes les médisances de certains Occidentaux mal informés et se livrant à une infâme propagande anti-chinoise. En réalité, tout est de la faute du journaliste félon Wang Xiaolu qui exerçait ses néfastes talents au nom du magazine Caijing.

Vous pourriez croire à un nouveau gag du site Gorafi mais c’est une annonce des plus officielles : l’unique responsable du krach du mois d’août, c’est Wang Xiaolu. Nous avons recherché la signification de ce nom. En mandarin, il signifie approximativement : « journaliste fou qui a échappé à la surveillance du rédac-chef et déjoué les systèmes de censure interne ».

Sauver la face

Eh oui, la Chine sait tirer les leçons des pires pratiques occidentales lorsqu’elles lui semblent utiles pour « sauver la face ». Elle nous sert donc sa version du trader fou, véritable terroriste de la finance, loup solitaire et diabolique, qui a réussi à dissimuler jusqu’au dernier moment ses véritables objectifs et à tromper sa hiérarchie qui ne pouvait rien connaître de ses agissements.

Vous n’y croyez pas ? Nous avons une explication : l’article évoquant le possible retrait des fonds d’intervention chinois a dû être tapé de façon cryptée de façon à n’apparaître sous la forme que tout le monde connait qu’une fois sorti des rotatives.

De toute façon, quelles qu’aient été les sinistres malversations qui ont mené au krach, Wang Xiaolu a tout avoué (la diffusion de fausses informations, son amour compulsif des rouleaux de printemps, ses mollets trop fluets, etc.). C’était plus facile pour lui que pour Jérôme Kerviel puisque les autorités chinoises — édifiées par les complications de l’instruction de l’affaire éponyme — ont pris le soin d’écrire sur une feuille et en caractères gras tout ce que le félon devait confesser en public.

Bon, c’est pas tout de tenir un coupable, mais il faut maintenant réparer les dégâts. Là encore, il n’y a qu’à procéder comme le font les Occidentaux : si quelqu’un perd de l’argent sur les marchés (enfin… quelqu’un de « systémique », s’entend), il suffit de le renflouer, de 750 milliards de dollars, comme le système bancaire américain. C’est open bar ! Ces 750 milliards, la Banque populaire de Chine (BPC) les possède allègrement. Elle n’a même pas besoin de les imprimer, de « les extraire de l’air ambiant ».

En plus de disposer de réserves de change supérieures à 3 000 milliards de dollars (soit quatre fois le TARP américain de l’automne 2008), c’est la BPC qui fixe les règles prudentielles pour les banques. Elle les avait assouplies la semaine dernière (baisse de 50 points des réserves obligatoires), elle vient de décider de les abolir.

N’importe quelle banque peut désormais prêter n’importe quelle somme, peu importe le montant des dépôts qu’elle possède. Il suffit d’en avertir les autorités — et a priori, c’est feu vert généralisé, open bar illimité, vasque d’alcool de riz profonde comme le stade olympique de Pékin. Autrement dit, la seule règle en matière de soutien des marchés financiers, c’est qu’il n’y a plus de règle. Tous les (mauvais) coups sont permis. La fin justifie les moyens ?

Il faut rassurer le bon peuple, permettre aux oligarques imprudents de s’en tirer avec le minimum de casse (sauf les dissidents, les rivaux mal intentionnés, bref, les ennemis du Peuple) et afficher une situation économique triomphante pour la célébration en très grande pompe des 70 ans de la victoire sur le Japon les 3 et 4 septembre. Des millions de citoyens ont été mobilisés pour assurer la sécurité du défilé… mais également la sécurité de l’État sur internet. Tout message défaitiste ou contredisant le discours officiel doit être éradiqué.

Depuis le début de la chute des marchés chinois, pas moins de 200 blogueurs et autres trublions ont été arrêtés et emprisonnés. Et ce ne sont pas les 50 millions de nouveaux actionnaires chinois du millésime 2015 qui vont pleurer sur leur sort ! En théorie tout du moins — parce que si les Chinois ont compris ce que Pékin souhaitait entendre, ils ne sont pas dupes à ce point.

Tenez, par exemple : il est devenu impossible de faire une recherche sur les mots « krach » ou « bulle boursière » sur les moteurs de recherche chinois. Certains esprits affûtés pourraient finir par trouver cela troublant… Pas vous ?


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  • Bof. La réaction chinoise est tellement caricaturale et prévisible que tout le monde aura compris qu’elle ne sert justement qu’à garder la face. Une chose qui n’est pas l’exclusivité des autorités boursières chinoises : les US ont trouvé un coupable pour le flash krach de 2010, Navinder Singh Sarao, alors qu’il leur aurait suffit de ne pas oublier de mettre en place des mécanismes de réservation.
    Tout ça c’est de la gesticulation dont l’absence aurait plus de raisons d’inquiéter que la présence.

    • « Des millions de citoyens ont été mobilisés pour assurer la sécurité du défilé » Tiens donc ? Les dictateurs n’auraient-ils donc plus confiance dans le peuple pour lequel ils se sacrifient quotidiennement ? Ce foutu peuple est décidément très méchant et très vilain : quelle ingratitude en regard des immenses bienfaits que le Parti lui apporte !

      Il est plaisant d’observer la dictature socialiste chinoise se fissurer en plein vol (dans les deux sens du terme). Encore quelques années de crimes socialistes éhontés et, à ce rythme, la Chine finira transfigurée en une bonne douzaine d’Etats indépendants, avertissement sans frais aux autres pays étreints à divers degrés du même mal (suivez le regard).

      En attendant, malgré les tentatives de manipulations désespérées du pouvoir, les marchés chatouillent les plus bas récents, avec encore toute la place nécessaire pour purger d’un bon 50% supplémentaire. Et encore, il n’est pas du tout certain que cela sera suffisant.
      http://stockcharts.com/h-sc/ui?s=$HSI&p=W&b=3&g=0&i=t64664583319&a=309540155&r=1391796418201

      • Je vous trouve bien optimiste pour la victoire de la subsidiarité que vous prédisez en Chine, et même en plein trip euphorique quand je suis votre regard. Business as usual, pignouferies de presse as usual, et krach et rebond as usual, je crois qu’hélas ce sont des perspectives plus réalistes de ce qui nous attend.

        • « krach et rebond as usual » : au-delà d’un optimisme que vous avez parfaitement raison de tempérer, le rebond chinois n’a rien d’évident. Après 30 ans de simulacre de capitalisme initié par Deng, il se pourrait bien que la start-up chinoise connaisse le même sort que n’importe quelle dot-com bullesque, à savoir une longue décennie de stagnation sur ses plus bas historiques, le temps de purger les mauvais investissements et sa monnaie frelatée, si elle ne fait pas faillite entre temps.

          • Puis aussi, grandir quand on est enfant est plus aisé que quand on est adulte.

            La Chine vieillit déjà, en plus une bonne partie de la population s’est urbanisée, donc ralentissement logique.

            « Ce qui a été construit sans le temps sera détruit par le temps »

            Proverbe chinois

  • publication agora… demain on aura du grignon, jorion, chauprade et autres pessimistes intéressés, avant les reptiliens, le bildeberg, les nazis de l’espace, les trou noirs terrestre.

    le tout sur contrepoint, en train de devenir un vrai média poubelle. il est loin le temps des analyses libérales et de qualité…

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