Hollande et l’intérêt général : le lapsus révélateur

François Hollande - Crédits photo Philippe Grangeaud - Parti Socialiste via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

Sur le malentendu qui existe entre les socialistes et François Hollande.

Par Éric Verhaeghe.

François Hollande - Crédits photo Philippe Grangeaud - Parti Socialiste via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0
François Hollande – Crédits photo Philippe Grangeaud – Parti Socialiste via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

Comme le révélait Atlantico, François Hollande a livré d’étranges confidences à la journaliste du Monde Françoise Fressoz sur son début de mandat. Outre ses regrets sur l’abandon de la TVA sociale, il a eu cette phrase qui apparaît comme un lapsus révélateur :

« J’ai engagé des réformes qui ne sont pas toutes de gauche mais qui servent l’intérêt général. »

La différence plus ou moins consciente que le Président établit entre la gauche et l’intérêt général ne manque pas de surprendre, car elle provient du fond de cœur. À son insu probablement, Hollande en dévoile beaucoup sur son substrat idéologique profond, sur son « disque dur » en quelque sorte. Il éclaire brutalement, du même coup, le malentendu qui existe entre les socialistes et lui.

S’il existe encore une unité de pensée au Parti Socialiste, elle repose en effet sur l’idée que la politique doit sublimer les intérêts particuliers pour ne s’occuper que de l’intérêt général. Personne ne peut jurer que cette unité soit encore une réalité, mais la gauche peut en tout cas se revendiquer de cet héritage idéologique où les décisions prétendent se prendre par-dessus les volontés individuelles pour exprimer la volonté générale. Tel est le contenu du pacte rousseauiste qui inspire la gauche depuis 1789 et qui, de loin en loin, inspire ses tribuns au fil des décennies.

Manifestement, François Hollande n’appartient pas à cette filiation idéologique, et il se sent plus à l’aise avec une autre approche, en l’espèce la conception dominante dans la technostructure d’un intérêt général qui serait défini par l’État et ses grands commis, en dehors des passions partisanes. Les réformes « qui ne sont pas de gauches » mais qui correspondent à l’intérêt général appartiennent bien à cet univers où les décisions publiques sont prises en fonction d’un intérêt supérieur dont seule la noblesse d’État est comptable, et qui ne peut être exprimé par le débat politique (et les élus) en tant que tel.

De là, sans doute, le sentiment que donne le Président de décider seul, ou en tout cas d’être imperméable aux raisonnements tenus par son camp et aux promesses qui étaient contenues dans son programme. Le pacte de responsabilité, le CICE, sont bien dans cette veine, dans cette inspiration qui percute l’intérêt général selon la gauche et cherche plus à répondre à une sorte de grand équilibre dans la société française, au-delà des partis, qu’à une cohérence idéologique dont le candidat de 2012 aurait été l’incarnation ou la synthèse.

Pour François Hollande, il est très probable qu’un Emmanuel Macron cristallise cette idée d’un intérêt supérieur de la nation qui excède (dans tous les sens du terme) les idées de gauche. Les réactions que ses propos sur les 35 heures ont provoquées à La Rochelle en disent long sur la distance qui existe entre la ligne au pouvoir et celle du parti.

En 2017, Hollande n’aura guère le choix : soit il parvient à refonder une synthèse crédible avec les militants du parti, fondée sur une nouvelle promesse conforme à la tradition idéologique du parti et il pourra dissiper les doutes qui se sont accumulés dans son propre camp sur sa personne. Soit il reste dans l’ambiguïté actuelle, et les partisans de son éviction, probablement avant même le scrutin, risquent fort de donner de la voix.

À de nombreux égards, en effet, le mandat de Hollande se sera réduit à une vision technocratique de la France et de l’Europe, sans « âme » et sans le charisme nécessaire à une levée d’enthousiasme. Les militants du PS sont-ils prêts à donner leur investiture à un comptable passionné par les boîtes à outils ? Rien n’est moins sûr.


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