Grèce : vainqueurs et vaincus

Alexis Tsipras - Credit Die Linke (Creative Commons)

Au final, qui est le vainqueur de la querelle entre Grèce et eurozone ?

Par Jean-Pierre Chevallier.

Alexis Tsipras - Credit Die Linke (Creative Commons)
Alexis Tsipras – Credit Die Linke (Creative Commons)

Le chassé-croisé entre les vainqueurs et les vaincus par rapport à l’aventure qu’aura constituée celle de la Grèce dans la zone euro, surtout depuis le début de cette année 2015, est étonnant…

D’abord, Alexis Tsipras est apparu en grand vainqueur des élections, puis en grand vaincu, flingué par toute la nomenklatura de l’eurozone qui a entraîné avec elle tous les journalistes sous le prétexte que les Grecs n’étaient pas sérieux en ne payant pas leurs impôts.

Ensuite, revirement total de la situation : Alexis Tsipras, alors largement soutenu par les journalistes de gauche, est devenu la victime innocente des abominables Allemands avec de très forts relents de souvenirs cruels de la guerre. Résultat : Angela Merkel a dû capituler en catastrophe et elle a dû forcer Wolfgang Schäuble à avaler une nouvelle couleuvre.

Ce qui était présenté comme totalement impossible début juillet encore est devenu finalement possible le 13 juillet : Alexis Tsipras, grand vainqueur de ce bras de fer, a reçu brusquement la promesse d’engranger… 86 milliards d’euros, record du monde des jackpots dont 23 milliards cash versés en plein mois d’août !

Victoire éphémère car le problème majeur de la Grèce n’est pas le fait que l’État grec est incapable de payer ses dettes, mais que ce pays ne peut pas supporter de continuer à survivre dans une zone euro qui ne correspond pas à son niveau de productivité globale. Pire, les mesures imposées par ses créanciers ne font qu’aggraver la situation de la Grèce car la circulation monétaire est bloquée et la pression fiscale diminue le pouvoir d’achat des Grecs.

La Grèce sera donc la grande perdante de cette aventure en zone euro.

Les bons spéculateurs ne s’y sont pas trompés : les capitaux de l’eurozone continuent à affluer dans leur refuge traditionnel en Helvétie comme le montre l’évolution des rendements des bons bons du Trésor suisse à 10 ans qui bat depuis plusieurs jours ses plus bas historiques…

Document 1 :

ch1

… en dehors du plus bas atteint lors de l’abandon de l’arrimage du franc suisse à l’euro,

Document 2 :

ch2

Si les gens de la Fed n’étaient pas intervenus le 28 avril pour confirmer qu’ils avaient la ferme intention de relever leurs taux de base, les rendements du Bund auraient percuté ceux du Schatz à des plus bas historiques fin août, situation totalement hors normes, aux conséquences incontrôlables, sans antériorité connue,

Document 3 :

ch3

Seuls les rendements du 10 ans helvète restent sur la tendance longue et lourde baissière… de ceux du Bund !

Document 4 :

ch5

Les grands désordres qui s’annoncent dans la zone euro font revenir les rendements des Notes à 10 ans vers le bas, les empêchant d’atteindre la bande heureuse au-dessus des 2,5%,

Document 5 :

ch5

Le très beau cycle inscrit par l’écart entre les rendements des Notes à 10 ans et à 2 ans reste ainsi dans sa bande haute optimale, à l’abri sous les zones trop hautes d’une trop forte croissance inflationniste, alors que son homologue allemand plonge de fait dans des plus bas de tous les dangers,

Document 6 :

ch6

Le grand vainqueur de l’aventure extraordinaire qu’aura constituée celle de la zone euro sera indéniablement l’Amérique, c’est-à-dire les États-Unis dont les dirigeants ont poussé leurs homologues de l’eurozone à la faute.

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.