4 mythes économiques qui perpétuent la crise de l’euro

Banque Centrale Européenne (BCE) (Crédits Adam Baker, licence Creative Commons CC-BY-2.0)

Quatre idées fausses sur la crise grecque et celle de l’eurozone.

Par Patrick Barron.

Euro BCE (Crédits Maciej Janiec, licence Creative Commons)
Euro BCE (Crédits Maciej Janiec, licence Creative Commons)

Trop de commentaires à propos de la crise grecque se sont concentrés sur la question de la sortie de la Grèce de la zone euro et trop peu sur les problèmes structurels résultant de décennies de socialisme. Pendant ce temps, le gouvernement grec a emprunté plus que le peuple grec ne peut rembourser, et qu’une dévaluation ne fera pas disparaître. Au contraire, plus d’argent facile nuira davantage.

La meilleure chose que l’Europe et la Grèce puissent faire maintenant est d’affronter les sophismes qui ont trop longtemps pollué le débat sur la Grèce, l’euro, l’austérité et la dette. Ci-dessous quatre idées fausses parmi les plus néfastes :

1- l’euro est trop fort pour la Grèce

Cette affirmation est généralement accompagnée d’une référence à une productivité grecque plus faible que les pays du nord de l’UE. Le raisonnement sous-jacent présente l’euro comme une monnaie qui ne convient pas à des pays aux niveaux de productivités trop éloignés. Il en découle ainsi une recommandation de sortir la Grèce de l’union monétaire européenne et rétablir la drachme. La Banque de Grèce établirait un taux de change très bas, rendant les produits grecs plus compétitifs.

Il y a bien de quoi tenir un semestre grâce aux sophismes économiques impliqués dans cette suite logique. Une monnaie est un moyen indirect d’échange. Deux pays avec des niveaux de productivité différents peuvent utiliser le même moyen d’échange, comme cela se fait entre deux individus. Vous allez payer le fils de votre voisin pour tondre votre pelouse avec des euros que vous avez gagné dans un métier à forte valeur ajoutée et forte rémunération. Et pourtant vous utilisez tous les deux des euros. Il n’y a pas de raison pour que les Grecs et les Allemands n’utilisent pas la même monnaie. À l’époque de l’étalon-or, les monnaies nationales avaient une parité fixe par rapport à l’or et pouvaient s’échanger librement ; ainsi, dans les faits, tous les pays utilisaient la même monnaie, à savoir l’or.

2- dévaluer la monnaie va aider la reprise économique grecque par l’exportation

En lien avec la fallace ci-dessus, on retrouve la notion que la dévaluation de la monnaie va stimuler l’économie grecque grâce à une hausse des exportations. L’idée que les Grecs puissent donner davantage de drachmes contre une devise étrangère, rendant les exportations grecques plus compétitives dans la devise étrangère. Les exportations vont ainsi stimuler l’ensemble de l’économie. Mais une dévaluation ne fait que simplement transférer les richesses à l’intérieur d’une même zone monétaire.

Ainsi, l’effet Cantillon nous dit que les premiers récipiendaires de la nouvelle monnaie profitent de leur situation pour acheter des ressources aux prix existants. Les perdants sont ceux situés le plus loin de la croissance de la demande, tels que les retraités. Ils vont se rendre compte que leur pouvoir d’achat baisse, du fait de l’inflation générée par l’accroissement de la dépense. À terme, les exportateurs vont voir que le coût de leurs ressources a augmenté, et vont redemander une nouvelle émission de monnaie pour soutenir les exportations et éviter des pertes de revenus. Ils devront ainsi débourser plus pour leurs facteurs de production et augmenter leurs prix en monnaie locale. Ils vont alors devoir proposer davantage de devises locales pour maintenir les ventes aux clients étrangers de façon à ce que les prix n’augmentent pas dans la devise étrangère. Cette politique masque les problèmes structurels. Ce n’est pas un problème de monnaie.

3- instituer sa propre monnaie permettra au gouvernement d’éviter des mesures impopulaires

En d’autres termes, dévaluer la monnaie est une façon d’éviter l’austérité monstre tant redoutée. Les gouvernements feraient croire qu’il y a suffisamment de ressources à redistribuer des riches vers les pauvres. Il est convenu que les riches ont confisqué de manière abominable la richesse du peuple, et la redistribuer suivant le dogme socialiste amènera l’abondance pour tous. On entend le slogan socialiste d' »abondance pour tous » depuis longtemps et pourtant il n’a toujours pas permis la réduction de la pauvreté.

4- une monnaie doit être adossée à un pouvoir politique ayant une autorité fiscale

Milton Friedman a dit il y a des années, en référence à la création du système monétaire européen, qu’une union monétaire a besoin d’une union fiscale. Le Financial times du 27 juillet 2015 a cité le ministre des Finances italien, Pier Carlo Padoan, affirmant que le seul moyen de sauver l’euro est de « tendre vers l’union politique ».

Évidemment, les deux hommes font référence à la monnaie fiduciaire (c’est-à-dire imposée par l’État et ne reposant sur rien hormis les lois sur le cours légal d’une zone monétaire monopolistique). Une vraie monnaie – une monnaie saine – est le produit intermédiaire le plus pratique trouvé par le marché comme moyen d’échange. Une monnaie saine émerge d’un processus de marché et est une partie du marché en lui-même. Une monnaie saine est découverte par un marché et est utilisée librement par les parties prenantes. Personne n’est forcé d’utiliser une monnaie saine. Les utilisateurs d’une monnaie saine profitent de la protection de l’État de droit. Les faux-monnayeurs sont poursuivis. Les banquiers qui ne délivrent pas d’argent à la présentation de substituts tels que des certificats ou des chèques sont poursuivis également. Les meilleurs systèmes monétaires sont privés, parce qu’ils doivent opérer dans un État de droit. Les pires systèmes monétaires sont gérés par des gouvernements, parce que les gouvernements s’exemptent de l’État de droit.

Les grecs (et l’Europe) ont besoin de liberté monétaire

Abandonner l’euro ne résoudra par les problèmes de la Grèce, comme il ne résoudra pas les nombreux problèmes structurels de l’union monétaire européenne. L’adhésion à ces erreurs économiques a encouragé l’idée que quelques corrections peuvent réparer la situation de la Grèce dans l’euro. Mais, et cela se confirme sondage après sondage, les Grecs eux-mêmes montrent que, bien que rejetant l’austérité, ils ne veulent pas abandonner l’euro. Ils comprennent qu’une telle décision permettra au gouvernement de détruire le peu de richesses qu’il reste dans le pays. Les Grecs voient l’euro, avec tous ses défauts, comme supérieur à une drachme rétablie. En fait, la meilleure alternative pour la Grèce aujourd’hui est d’autoriser la libre compétition des monnaies qui permettrait aux grecs de choisir celle qui leur semble la plus bénéfique. De même, la Grèce devrait accueillir et protéger, via l’État de droit, l’établissement de monnaies privées.

Mais le problème fondamental de l’euro demeure, et nous devons nous rappeler que le gouvernement grec lui-même a répondu de manière rationnelle à la structure de l’Union Européenne et de l’union monétaire européenne. Il a énormément emprunté à des taux bas à des prêteurs bien disposés. Il a accepté tous les euros nouvellement émis qui lui ont été offerts par les fonds d’organisations inadaptées. Ce n’est pas le seul pays à agir ainsi, simplement le premier pour lequel les conséquences néfastes de la mauvaise structure de l’UE sont apparues. Il y en aura d’autres et les conséquences seront encore plus importantes.