Tunisie : la loi antiterroriste exige de nouveaux droits et libertés

censure.jpg licence CC/ credits Isaac Mao

Le terrorisme n'est pas seulement physique, il est aussi mental et menace les libertés.

Par Farhat Othman.

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La Tunisie vient de se doter d’une loi antiterroriste votée à la veille de la fête de la République du 25 juillet qui a été bien triste, n’étant même pas marquée par la rupture, exigée par les larges masses, avec la législation liberticide de l’ancien régime, faite de lois scélérates toujours en vigueur. Le seul fait marquant de la fête d’indépendance a été donc cette loi qu’on a voulue symbolique de la volonté des autorités de lutte contre le terrorisme qui menace la pérennité même du pays. Or, un tel terrorisme n’est pas que physique, il est surtout mental, se nourrissant d’une véritable confusion des valeurs générée justement par les lois manichéennes de la dictature, instrumentalisant la religion pour ses propres visées.

Une loi ne s’attaquant pas assez au terrorisme mental

De fait, la nouvelle loi consacre une fuite en avant dans l’autoritarisme ; aussi ne contribuera-t-elle assurément pas seule à éliminer le terrorisme, surtout dans sa dimension mentale, la plus dangereuse, viciant l’inconscient collectif du peuple et de nombre d’élites, jusques et y compris dans les allées du pouvoir. La nouvelle loi est même de nature à aggraver l’actuelle coupure entre le peuple et ses autorités, qui constitue un véritable terreau fertile à l’expansion des différents types de terrorisme. En effet, elle accorde des pouvoirs plutôt exorbitants à la police en matière d’écoutes téléphoniques, par exemple, selon une procédure insuffisamment cadrée ou de garde à vue, prévue pour durer quinze jours sans présence d’avocat. De plus, elle donne une définition trop vague du terroriste susceptible de permettre des dérapages qui n’honoreraient pas un État de droit. Il est vrai, et cela est singulièrement passé sous silence par les médias occidentaux, que la nouvelle loi contient bien une avancée, même si elle n’est que le prolongement logique de la Constitution ; celle d’avoir osé estimer anathématisation comme constituant un crime terroriste. Cela a d’ailleurs fort déplu à certains intégristes religieux développant un véritable terrorisme mental, qui n’ont pas tardé à s’insurger contre une telle disposition, demandant son abrogation au nom d’un islam bien innocent d’une telle fausse interprétation, étrangère à ses principes de base et ses visées.

Une loi devant être encadrée de droits et de libertés

On le voit bien, si la nouvelle loi se veut véritablement au service du pays et de son peuple, et non d’un pouvoir se sentant de plus en plus aux abois, elle nécessite que ses velléités liberticides soient encadrées de nouveaux droits et libertés. En effet, il est plus qu’impératif aux dirigeants du pays de donner dans la foulée de cette loi, qui serait en quelque sorte le bâton, la carotte nécessaire d’un État se voulant démocratique.

Des signaux significatifs en termes de respects des droits et des libertés devraient être donnés au plus tôt en une sorte d’entame de la réforme inévitable de l’arsenal répressif de la dictature qui continue à tarder, au grand dam des militants des droits de l’Homme.

Pour contrer le plus efficacement le terrorisme mental, la pire des formes terroristes en terre d’islam, on doit cibler certains thèmes sensibles, comme d’abolir parmi les lois les plus liberticides de la dictature celles dont on ne veut généralement pas parler, portant sur la totale dépénalisation du cannabis et l’abrogation de l’homophobie.

Cela devrait être facile à entreprendre du moment que ces sujets ont fait l’objet d’un engagement ferme et d’une promesse expresse tout en étant concernés par un projet de réforme et d’un projet de loi informel, venant de la société civile.

L’engagement est une promesse de campagne du Président de la République vite oubliée dans le cadre d’une réforme encore plus pernicieuse que la loi qu’elle entend réformer, où la criminalisation de la consommation est maintenue.

La promesse ferme est une prise de position claire du chef de l’opposition, M. Ghannouchi, affirmant ne pas s’opposer à l’abolition de l’homophobie en Tunisie.

Outre ces lois, des mesures administratives doivent être prises incessamment en vue de consacrer une totale libéralisation du commerce d’alcool et le rejet de toutes les contraintes et contrariétés le concernant au nom de fallacieuses raisons religieuses.

Une telle libéralisation doit aussi s’étendre aux mœurs en bannissant la moindre immixtion de la police dans ce qui relève des libertés personnelles, comme de s’habiller ainsi qu’on l’entend, se couvrant totalement ou se découvrant plus que d’habitude, sans risquer l’aberrante atteinte aux bonnes mœurs.

C’est que les mœurs populaires sont bien plus souples que celles des dirigeants, allant même jusqu’à être libertaires, et à admettre des zones de nudisme sur les plages sinistrées de la Tunisie au nom de l’intérêt national. À noter que de telles zones ont existé de manière informelle en Tunisie jusqu’aux années 1980 sans poser le moindre problème.

Ces initiatives seront à n’en pas douter salutaires, car parlant à l’imaginaire, étant nécessaires pour débusquer les freins qui empêchent, dans l’inconscient collectif, la moindre progression vers le vivre-ensemble démocratique nécessitant l’acceptation d’autrui, quel qu’il soit et nonobstant son comportement du moment qu’il n’empiète pas sur la liberté d’autrui.