La crise grecque, révélatrice de l’identité cachée de Podemos ?

Quelle idéologie se cache derrière Podemos, la formation de l’extrême gauche espagnole ?

Par Pauline Minaud.

La veu del pais valencia credits podemos (CC BY-NC-SA 2.0)
La veu del pais valencia credits podemos (CC BY-NC-SA 2.0)

 

Près de cinq semaines après la victoire de Podemos aux élections municipales et régionales en Espagne, le parti de gauche radicale, anti-libéral et anti-austérité, fait encore parler de lui à l’heure d’un énième rebondissement de la « tragédie » grecque. L’union affichée de ce parti avec Syriza, le parti de gauche radicale en Grèce, fait peser de sérieuses menaces sur les économies nationales de ces pays, mais également sur la démocratie et la construction européenne.

Retour sur une « success story » à la sauce espagnole

Fondé en 2014, Podemos est, en partie, issu du mouvement des Indignés, qui envahit la Puerta Del Sol au cœur de la capitale espagnole dès le dimanche 15 mai 2011 (initialement appelé le mouvement du 15M). Les élections européennes de mai 2014, à la surprise générale, ont positionné le parti en quatrième force politique du pays : avec 8% des voix en Espagne, il a réussi à faire élire cinq députés. Ces très bons scores ont été confirmés par les élections municipales et régionales du 30 mai 2015 ; Podemos est désormais la troisième force politique d’Espagne, derrière le Parti populaire conservateur (PP) au pouvoir et le Parti socialiste (PSOE). En réalité, le parti n’avait pas présenté de listes sous son nom mais apporté son soutien à des collectifs locaux qui l’ont emporté notamment à Madrid et à Barcelone.

Podemos propose, au premier regard, un abord séduisant, en Espagne, mais également dans l’Union européenne (Cécile Duflot, en France, rêve d’un Podemos à la française par exemple) puisqu’il serait parvenu, selon certains, à « convertir l’indignation en changement politique », mot d’ordre de son manifeste.

Podemos, nouvelle offre politique ou mirage médiatique ?

podemos rené le honzecNouvel arrivé sur le marché électoral espagnol, Podemos en a remanié les règles. Le langage, la stratégie politique mais également la communication ont fait l’objet de profonds changements. Et pour cause, Podemos, a déployé tous ses talents de démagogue : en termes de communication notamment, le parti a « réussi à mettre en place une propagande très structurée et très réfléchie ».

Le parti espagnol flirte également avec le populisme. Au-delà de la démagogie, où il s’agit de dire ce que le peuple a envie d’entendre, le populiste, lui, s’attache à faire ce que l’opinion publique a envie qu’il fasse, en critiquant les élites. C’est ainsi que Podemos a su, avec soin, conjuguer les deux principales sources d’exaspération de la société espagnole, que sont la politique d’austérité de la droite et la corruption gangrénant l’establishment espagnol. À cela s’ajoutent des mesures plus transversales et plus concrètes, qui font appel aux intérêts du « peuple », tout en s’opposant aux intérêts des élites. Il s’agit, pour Podemos, de la lutte contre les inégalités, la fin des expulsions locatives ou encore la baisse des prix de l’énergie.

C’est en effet, l’avis de Jose Ignacio Torreblanca, directeur du bureau de Madrid du Conseil européen des relations internationales, qui estime que Podemos, en affirmant « publiquement qu’il veut représenter le peuple et non pas la droite ou la gauche, oppose le peuple à la caste, à l’establishment et en ce sens […] s’abrite très clairement derrière leur idéologie et donc, […] devient un parti populiste ».

Ce parti qui se voulait au départ parti anti-système, ambitionne, désormais d’être le premier parti d’Espagne. Ses positionnements politiques récents se montrent de plus en plus pragmatiques et démontrent en effet que Podemos « n’est pas un parti anti-système, mais bien une formation qui se positionne pour devenir un parti de gouvernement ». Exemple à l’appui lors des dernières élections européennes, puisque Podemos avait en effet proposé de renégocier la dette espagnole. Très rapidement pourtant, l’idée a été abandonnée, car jugée beaucoup trop radicale. Podemos a donc adouci le ton… mais pour un temps seulement. En effet les derniers rebondissements de la crise grecque semblent avoir de nouveau réveillé l’esprit radical du parti, et de ce fait ranimé les menaces que Podemos, allié à Syriza font peser sur la construction européenne.

Podemos à l’heure grecque, menace pour l’Union européenne

Quelques jours avant le référendum grec sur l’acceptation ou non du plan d’aide proposé par les créanciers d’Athènes, gauches radicales de Grèce et d’Espagne se répondaient et se soutenaient mutuellement. Panos Skourletis, le ministre (Syriza) du Travail grec a déclaré que les dirigeants européens voulaient « couler » le parti Syriza au pouvoir en Grèce pour bloquer l’ascension d’autres partis de gauche radicale comme son allié Podemos en Espagne. Cette opinion est non seulement partagée mais également relayée par Podemos, dont le leader, Pablo Iglesias, expliquait que les créanciers de la Grèce veulent « étrangler la Grèce [et] donner une leçon » à la gauche espagnole, créanciers jugés également bien moins soucieux « de résoudre la crise de la dette grecque, [que] de soumettre et renverser un gouvernement démocratiquement élu pour démontrer qu’il n’y a pas d’alternative » à la politique économique menée en Europe. Podemos a donc estimé le Premier ministre Alexis Tsipras « exemplaire » pour avoir refusé le « chantage » de ses créanciers.

Aujourd’hui, au lendemain du rejet massif par le peuple grec des propositions de réformes formulée par les créanciers du pays (61,31% ont dit non, et une participation établie à 62,5%,) Podemos, par l’intermédiaire de Pablo Iglesias, le chef du parti, a estimé sur Twitter que la « démocratie l’a[vait] emporté en Grèce ».

Le référendum grec a donc, dès à présent, permis de mettre en lumière le caractère « populiste eurosceptique » de Podemos. Le soutien affiché de ce dernier à son équivalent grec, Syriza, témoigne de la menace sourde qu’il parvient à faire peser sur la construction et la démocratie européenne, étant tout à la fois la troisième force politique d’Espagne et une formation qui se veut parti de gouvernement.


Sur le web