2 leçons de la Grèce et comment les appliquer

Manifestation à Madrid pour le non au référendum grec (Crédits : Adolfo Lujan, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

L’avenir de la Grèce est incertain, mais la gestion de la crise grecque en dit long sur ce qui pourrait nous attendre. Comment l’éviter ?

L’avenir de la Grèce est incertain, mais la gestion de la crise grecque en dit long sur ce qui pourrait nous attendre. Comment l’éviter ?

La dette n’est pas le problème des politiques

Il y a 2 temps de la dette : avant la crise, et après. La crise survient quand la dette devient insupportable.

Si les États s’endettent, c’est parce qu’ils ne parviennent pas à équilibrer leur budget. Ils dépensent trop par rapport à leurs recettes. Mais si la dette permet de financer le déficit, elle ajoute aussi aux dépenses annuelles le paiement des intérêts, et creuse d’autant plus le déficit à venir. L’endettement de l’État est un cercle vicieux. Vient un jour où la capacité de remboursement de l’État est mise en doute, et les créanciers se font alors plus rares. L’État ne peut pas boucler son budget et le défaut de paiement menace : c’est la crise de la dette.

Avant la crise, la dette n’est pas vraiment un problème pour les politiciens. Elle est même bien pratique, puisqu’elle leur évite d’avoir à équilibrer le budget. En France, le budget n’a pas été à l’équilibre depuis 40 ans ; les majorités successives se passent la patate chaude, et advienne que pourra.

Une fois la crise survenue, les gouvernements peuvent prétendre en avoir hérité. Même s’ils n’ont rien fait pour réduire les déficits, et même s’ils les ont creusés. Ce n’est après tout pas que leur faute. Ils peuvent se poser en rempart contre l’austérité, ou être rapidement chassés par ceux qui feront campagne sur le rêve d’une alternative à la bonne gestion et à la responsabilité.

Les politiques ne sont que des messagers

On est en droit d’attendre des politiciens qu’ils soient d’excellents gestionnaires, capables d’arbitrer dans le meilleur intérêt des citoyens et dans le respect de leurs droits. Mais parce qu’ils manquent de courage, nombre de dirigeants européens se cachent derrière l’Europe quand ils ont de mauvaises nouvelles à annoncer aux citoyens, et derrière les citoyens quand ils ont de mauvaises nouvelles à annoncer à l’Europe.

C’est exactement ce que fait Syriza : l’organisation d’un référendum sur les conditions d’un accord permet à Alexis Tsipras de se présenter comme un pauvre bougre aux mains liées. D’un côté, les engagements de l’État grec auprès de l’Union Européenne et de ses créanciers. De l’autre, le peuple et l’idéal démocratique. Entre les deux, Alexis Tsipras, coursier de luxe.

Changer de logiciel : 3 croyances erronées

Avant la crise, la dette n’est pas un problème pour les politiques, au contraire. Après la crise, ce n’est pas leur problème : c’est le problème du peuple qui doit rembourser, et des créanciers qui veulent récupérer leur argent. Les politiques décident d’endetter l’État, mais ne sont pas tenus pour responsables.

La dette est un fardeau. Quand un gouvernement endette son pays, il lègue non seulement une dette à rembourser, mais aussi des intérêts qui grèvent les futurs budgets. On peut déplorer l’irresponsabilité des citoyens, de leurs représentants, ou des deux. On peut même déplorer l’irresponsabilité des créanciers. Mais le plus important, c’est de trouver des solutions.

Comme bien souvent, les problèmes ne viennent pas de nos comportements et attitudes, mais de nos croyances.

Le keynésianisme

D’après le dogme keynésien, la dépense publique favorise la croissance. Mais la croissance, c’est du vent. Si on emploie tous les habitants d’un pays, la moitié pour creuser des trous et l’autre moitié pour les reboucher, on atteint le plein-emploi, et la dépense publique gonfle la croissance. Mais il n’y a rien à manger, rien n’est construit. Ce qui compte vraiment, ce n’est pas que les ressources soient mobilisées, mais qu’elles soient mobilisées utilement. La création de richesse ne se mesure pas dans le PIB, mais dans la valeur de ce qui est produit, et seul le marché permet aux individus de déterminer la vraie valeur des choses.

L’optimisme

En politique, le contraire de l’optimisme, ce n’est pas le pessimisme ou le déclinisme ; c’est le réalisme. Il faut cesser de croire que les problèmes seront plus faciles à régler demain, que tout ira mieux si on laisse le temps au temps. La patience n’est pas une vertu quand on ne fait qu’attendre en espérant que les problèmes se règlent d’eux-mêmes.

En politique, le contraire de l’optimisme, c’est le réalisme.

L’étatisme

Les problèmes ne se règlent pas eux-mêmes. Il y a fort à faire. Mais ce n’est pas à l’État de le faire. Ce n’est pas aux politiciens et à ceux qui ont leurs faveurs qu’il appartient de régler les problèmes d’un pays, mais aux citoyens. D’autant plus que c’est l’État qui est responsable des problèmes que nous rencontrons. Qui a contracté la dette publique ? Qui a offert des privilèges que leurs récipiendaires considèrent comme des acquis ? Qui a offert des subsides auxquels toute une partie de l’économie et de la population est devenue dépendante ? Le problème de notre économie, c’est qu’elle est biaisée. Dans tous les sens. Les entreprises se créent sur une bonne subvention plutôt que sur une bonne idée, des projets publics inutiles mobilisent les ressources qui ne sont pas disponibles pour les vrais projets d’avenir : les vôtres.

Plus jamais ça… en 2 étapes

Il n’y a pas que la planète que nous léguerons à nos enfants. Nous leur léguerons aussi (entre autres) nos connaissances, notre technologie, nos ressources. Et la dette. Si nous leur léguons trop de dettes, ils vivront pour rembourser les dettes contractées de notre vivant et avant leur naissance. Comment leur éviter une vie d’esclave ?

Empêcher les déficits publics

La première étape, c’est de cesser d’accumuler des dettes. Ce sont les déficits publics qui creusent la dette ; il faut qu’ils soient rendus impossibles. Qu’aucun budget ne puisse être voté s’il n’est pas à l’équilibre, que les budgets présentés soient réellement audités pour vérifier leur crédibilité, et que leur exécution soit évaluée. Si un déficit imprévu survient, il sera amputé au budget de l’année suivante.

Réduire la dette

Une fois que l’on a cessé d’empiler des dettes, il faut rembourser 1. Cela suppose que les recettes soient supérieures aux dépenses. Il faut donc augmenter les recettes et/ou réduire les dépenses.

  • Augmenter les recettes fiscales. Avec des taux d’imposition déjà outrageusement élevés, ce levier est à jeter aux oubliettes ; il serait même sain de songer à réduire les taux d’imposition, et cela ne mettrait pas nécessairement en péril les recettes fiscales.
  • Vendre le patrimoine national. L’État dispose d’un large patrimoine. À qui appartient-il vraiment, et en a-t-on vraiment besoin ? Bâtiments publics, infrastructures, terrains, œuvres d’art, mais aussi (et surtout) participations dans des entreprises pourraient être vendus et financer le remboursement de la dette.
  • Réduire les dépenses. C’est le levier le plus impactant, et celui sur lequel les marges de manœuvre sont les plus élevées. On pourrait par exemple supprimer les régimes spéciaux, supprimer toutes les subventions, réduire les budgets non régaliens (strictement régaliens). Supprimer l’emploi à vie dans la fonction publique et réduire la masse salariale des fonctionnaires. Réduire la rémunération des élus. Réduire (voire supprimer) les budgets de communication, qui servent soit à des fins politiques, soit à faire la promotion d’entreprises en monopole. Revisiter intégralement l’État-providence. Les pistes sont nombreuses, et il y a fort à faire.

Qu’est-ce qu’on attend ?

Aucune de ces mesures ne serait vraiment populaire. Mais ce n’est pas le problème. Le problème, c’est de ne prendre aucune mesure, de continuer à dépenser sans compter alors que les jours comptent.

Le rôle des politiciens n’est pas de faire des promesses faciles à annoncer et difficiles à tenir, ni de prononcer des discours contre l’austérité qui n’est pas encore arrivée. Les politiciens aujourd’hui doivent faire des arbitrages. De présenter la réalité telle qu’elle est, la réalité de notre dette insoutenable ; et de présenter des solutions, de prendre des décisions, quitte à ce qu’elles soient impopulaires. Mais au lieu de cela, ils dénoncent l’Europe qui leur impose un déficit inférieur à 3% du PIB (3% du PIB !) qu’ils ne respectent même pas.

Les politiciens sont censés diriger le pays vers l’intérêt général. S’ils n’en sont pas capables, et ne sont pas capables de voir le danger et l’urgence de la dette, ils ne sont pas aptes à diriger le pays. Dans ce cas, qu’ils partent, faute de quoi ils pourraient facilement passer pour une bande de tocards et d’escrocs.

  1. Ou faire défaut, mais ce n’est pas l’objet de cet article.