Versailles « lupan’art » de l’art contemporain

Nos élites auraient-elles décidé de transformer Versailles en grand « Lupanart » ?

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Versailles « lupan’art » de l’art contemporain

Publié le 9 juin 2015
- A +

Par Christine Sourgins.

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Non content d’une cote renforcée en captant le prestige du patrimoine historique, Anish Kapoor veut Versailles et l’argent de Versailles :

J’en ai assez de faire des cadeaux à la France. La prochaine fois qu’on voudra m’inviter, il faudra avoir l’argent et ne pas demander que je le trouve moi-même. 

Cela s’appelle de la morgue, une caractéristique des courtisans, jamais contents des fastes de la Cour… Rappelons à la diva Kapoor qu’en France, certains hôpitaux disposent des matelas par terre…

Ce Britannique d’origine indienne né en 1954, annonçait « une exposition sur mesure, inspirée par la grandeur et l’histoire des jardins de Versailles ». Dès le Journal du Dimanche du 31 mai, l’artiste déclare :

Je me suis permis une incursion à l’intérieur, dans la salle du Jeu de Paume, là d’où est partie la Révolution française, […]. Face au tableau de David, j’ai placé un canon qui tire 5 kg de cire, une matière évoquant des corps en bouillie […]. Un symbole phallique évident pour une installation controversée qui interroge sur la violence de notre société.

Notez que son exposition n’est pas encore ouverte (elle commence le 9 juin), que c’est un des premiers papiers qui paraît, et Kapoor signale déjà qu’elle est controversée : bizarre ? Explication : la controverse participe de la fabrication de la cote. La provocation aussi bien sûr, et Kapoor, pour ne pas rater le coche en remet une couche :

Face au château, il y aura une mystérieuse sculpture en acier rouillé de 10 m de haut, qui pèse plusieurs milliers de tonnes, et avec des blocs de pierres tout autour. Là encore, à connotation sexuelle : le vagin de la reine qui prend le pouvoir. 

Difficile de retenir ses zygomatiques, surtout après l’affaire du plug anal de la Place Vendôme. Nos élites auraient-elles décidé de transformer Versailles en grand  Lupan’art  ? La pauvre Joana Vasconcelos qui a vu son lustre monumental composé de centaines de tampons hygiéniques recalé par la prude Mme Pécard doit être furibarde. L’AC, l’art dit contemporain, officiel et financier, est donc sexiste et discriminant : de la provoc, oui, mais mâââle !

On aurait aimé que les Inrocks enfourchent ce cheval de bataille, mais non, ils ont préféré titrer : « Anish Kapoor : pourquoi la fachosphère s’en prend-elle à un vagin géant ? » Diable, vous n’aimez pas Anish ? Tremblez, braves gens : vous contribuez au retour des heures sombres de notre histoire. Difficile de ne pas contracter les zygomatiques à nouveau, non ?

Les Inrocks notent l’« indécidable ambiguïté entre abstraction et résonances corporelles » qui caractérise l’art de Kapoor. Certes, mais le journal en profite pour faire la leçon au lecteur : l’œuvre de Kapoor ? « Libre à chacun d’y voir ce qu’il veut », mais si vous y voyez du sexe, sachez que c’est vous l’obsédé. Et n’allez pas répondre bêtement « Mais c’est Anish lui-même qui le dit : c’est sexuel ! ». C’est que vous n’avez pas compris que le grand danger qui guette Versailles est « la cristallisation des enjeux identitaires ». Et alors… Julia Kristeva est arrivée pour célébrer la raison d’être de l’AC en ces lieux : « Pour que la fameuse ‘identité’ ne soit pas un épouvantail au service des fondamentalistes, mais demeure ‘un grand point d’interrogation’, une inlassable mise en question ». En fait, il faudrait écrire : poing d’interrogation et cette méthode de neutralisation rappelle un proverbe chinois : celui qui se pose une question à chaque fois qu’il doit avancer, risque fort de passer toute sa vie sur un pied. Bref, l’AC, ça vous dézingue une identité, pire que le principe d’incertitude d’Heisenberg !

Mais obéissons aux Inrocks et à Madame Kristeva : l’AC sert à poser des questions ? En voici une, la seule question que les provocs et allusions salaces ont pour mission d’occulter. Sur le site du château de Versailles figure une jolie photo prise le 1er novembre 2015 lors d’une visite des jardins. On y voit Catherine Pégard (Présidente du Château de Versailles), Anish Kapoor et Alfred Pacquement (Commissaire de l’exposition) et… Kamel Mennour, galeriste parisien d’Anish Kapoor et de Lee Ufan qui avait déjà eu Versailles pour terrain de jeu (financier) l’an passé. De même que Kapoor avait eu le Grand Palais pour lui tout seul en 2011 lors de Monumenta. Il y avait présenté Leviathan, que d’aucun interprétait comme « un monde utérin ». Or, quelle coïncidence, Kamel Mennour est aussi le galeriste de Huang Yong Ping, qui œuvrera au Grand Palais pour le «Monumenta» de 2016…

Avant que les questions qui fâchent ne soient qualifiées de « fascistes », demandons : pourquoi ce sont toujours les mêmes qui passent à la caisse ? Qui décide et sur quels critères ? Y a-t-il dans la démocratie française quelqu’un pour répondre ?

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  • « Y a-t-il dans la démocratie française quelqu’un pour répondre ? »

    Je ne suis que « dans la démocratie luxembourgeoise », faudra faire avec:

    « Le maître répondit: Tu n’as vraiment aucune culture [litt.: (bonne) façon de vivre], Lou! Un homme cultivé qui entend quelque chose qu’il ne comprend pas, essaie modestement de se faire éclairer. Si les choses ne sont pas désignées correctement, les mots et les faits ne concordent pas. Mais du moment que mots et faits ne concordent pas, il devient impossible de mener quoi que ce soit à bon terme. Mais du moment qu’il est impossible de mener quelque chose à bon terme, ni les bonnes moeurs ni la bonne musique ne peuvent prospérer. Mais du moment que ni les bonnes moeurs ni la bonne musique ne prospèrent, les lois et le droit ne peuvent atteindre à leurs effets. Et du moment que les lois et le droit ne peuvent atteindre à leurs effets, le peuple ne sait plus ce qu’il doit faire et ne pas faire », citation de Confucius que j’avais eu le plaisir de faire hier,
    http://www.contrepoints.org/2015/06/07/210068-le-controle-du-langage.

    Le mot correct est; Merde (Scheisse, merda, mierda, Schäissdreck, shit)

    • « Le mot correct est: Merde (Scheisse, merda, mierda, Schäissdreck, shit) »

      ce qui depuis Manzoni au plus tard, vaut de l’argent — sa boîte de conserves contenant de la « Künstlerscheisse (merde d’artiste) » valait environ 4000 marks au départ; aujourd’hui vous pouvez vendre votre maison pour l’avoir

    • « ce qui depuis Manzoni au plus tard, vaut de l’argent » — autrement dit, tant qu’il y aura un marché

      Or, là, commence à se dessiner à l’horizon comme qui dirait une aurore:

      « There are no markets left in any meaningful sense of the word, just a raging casino infected with the madness of the crowds and the central bank pied pipers who mesmerize them // Il ne reste plus guère de marchés au sens tant soit peu significatif du mot, juste un casino enragé infecté par les folies des foules et les connards des banques centrales qui les mesmérisent », scripsit l’ancien White House budget director David Stockman (//davidstockmanscontracorner.com/),

      renseignement très utikle venat après « this mainstream dashboard gave no warning of the crisis because it was built by economists whose theories have more in common with Alice in Wonderland than with engineering // cet ‘mainstream dashboard’ n’a donné aucun avertissement avant la crise parce qu’il a été construit par des économistes dont les théories ont plus en commun avec Alice au Pays des Merveilles qu’avec de l’engineering », pouvait-on lire dans ‘THE CONVERSATION – Academic rigour, Journalistic flair’ (//theconversation.com/hard-evidence-are-we-facing-another-financial-crisis-34331)

      Il y a de l’espoir

    • « renseignement très utile » (évidemment)

  • Avant dernier paragraphe : « une jolie photo prise le 1er novembre 2015″…

    Plutôt 2014 non ?

  • Qui paye les REBELOCRATES des inrocks??? Mathieu Pigasse le banquier de gauche qui lui même reçoit des subventions de l’ état……Bon au final c’ est le contribuable de base qui paye.

    • ce ne fut guère autrement du temps que les mécènes s’appelaient Louis (ou Franz Ferdinand, ou Georges etcaetera pp)

      une (petite, mais alors là, vraiment infime) différence d’avec le mécénat d’Etat actuel, c’est que les Franz Ferdinand avaient comme amis des Beethoven ou des Schleiermacher, alors que – – –

      …je m’arrête

  • Je pense que tous ces bobos prennent un plaisir sadique à enlaidir et salir Versailles qui cristallise toutes leurs haines de par ses habitants (réels ou fantasmés) et son histoire .

  • Il ne s’agit que d’une mise en pratique opportuniste de la « stratégie du coucou » mode de fonctionnement dont usent et abusent les « artistes » faussaires auto-proclamés

  • N’était-ce pas, par ailleurs, un peu sa vocation originelle ?

    😉

  • Une erreur de date factuelle concernant la prise de vue que vous mentionnez dans votre dernier paragraphe.
    Pour le reste, cela fait bien longtemps que les biens et moyens communs sont devenus les véhicules indispensables au bien être d’une petite coterie qui s’en est emparée.

  • Moi je ne trouve rien de choquant dans cette oeuvre. C’est une exposition provisoire de plus. Pour une fois qu’on traite le thème monarchie et féminité il n’a pas de quoi en faire tout un plat.

    • Il est vrai que célébrer ainsi la féminité l’élève et la sublime. Et les enseignements historiques (la monarchie française, après tout, ça date) sont absolument in-dé-niables, nos jeunes zenfants doivent être tout émoustillés à l’idées de découvrir ce que l’artiste présente comme les parties génitales de la Reine, trop souvent occultées dans nos livres d’Histoires. Scandale! Bagarre! Dispute! Mais que fait l’Ed’Nat’!

      Diantre, que ferions-nous sans ce brave Mr Kapoor, lui dont je ne sais si son art aux inspirations sexuelles, à l’instar de Koons ou Murakami (pour se limiter à Versailles) nous en apprend plus sur lui ou sur notre société…

    • La féminité du « symbole phallique évident » ? ? ? Faudrait enlever tes œillères, Adèle. L’article parle de l’AC, et il n’est pas question de féminité ni de monarchie. Il est juste question de parasitisme crapuleux.

      • Cependant:

        « Pour que la fameuse ‘identité’ ne soit pas un épouvantail au service des fondamentalistes, mais demeure ‘un grand point d’interrogation’, une inlassable mise en question » (Julia Kristeva)

        voilà qui me donne envie de citer et d’approuver Mircéa Eliade lorsqu’il parle de « la sacralité spécifique de chacun des deux sexes » (‘Mythes, rêves et mystères’, folio essais/Gallimard 1957, p. 248).

        Remarquez: il parle du SPECIFIQUE de DEUX sexes; et, comble de l’horreur, de SACRALITE.

        Quelle chance qu’il soit mort et enterré

    • @Adele , ok mais à vos frais alors , pas aux miens, d’accord ?

  • Patrimoine détourné, patrimoine humilié, patrimoine détruit… Tout au plus, le patrimoine ne sert plus que de marche pied pour les artistes contemporain avant d’être transformé en paillasson !

    http://www.mauvaisenouvelle.fr/?article=art-contemporain-patrimoine-detourne-patrimoine-humilie-patrimoine-detruit–619

  • Un avant goût de ce deviendront le château de Versailles et son parc quand ils auront été bradés au Qatar ou Arabie … une mosquée sur le tapis vert et on coupera les têtes dans les bosquets

    Au moins la civilisation fera un grand pas en avant ….

  • C’est pas beau, il l’avait déjà exposé sous un autre nom, aucun intérêt. Auncune référence au sexe. Puis un communicant lui a trouvé ce nom pour faire réagir les medias.. Il a gagné…

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