Riga ou un sommet à minima

Poutine (Crédits : Platon, CC-BY-NC-SA 2.0)

La rencontre à Riga revêtait une réelle importance pour les rapports entre l’UE et les pays de l’ex-URSS ainsi que la continuation de la transition démocratique et économique à l’Est.

Par Joséphine Staron.

Poutine credits Platon (licence creative commons)
Poutine credits Platon (licence creative commons)

La semaine dernière à Riga s’est tenu le quatrième Sommet sur les relations entre l’Union européenne et les six pays d’Europe orientale et du Caucase du Sud : l’Ukraine, la Géorgie, la Moldavie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Biélorussie. Après l’échec du sommet de Vilnius en 2013, dû au revirement soudain de l’ancien président ukrainien Viktor Ianoukovicth lors de la signature de l’accord, la rencontre à Riga revêtait une réelle importance pour la suite des rapports entre l’UE et les pays de l’ex-URSS et la continuation de la transition démocratique et économique à l’Est. Le Partenariat oriental, initié en 2009 par la création d’une « zone de sécurité et de stabilité », s’installe dans la pérennité de la politique de voisinage amorcée par l’UE en 2008 dans les pays du sud avec l’Union pour la Méditerranée

L’accord vise à réduire la dépendance à la Russie des pays de l’ex-URSS, mais aussi de l’UE elle-même. Présenté aux 28 pays membres et aux 6 pays partenaires, l’accord contient plusieurs objectifs allant dans le sens d’une plus grande indépendance des deux parties. Parmi ceux-ci, le développement de la coordination commerciale et l’amorce d’une coopération énergétique, notamment dans la production d’énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

Les questions de la sécurité et de l’indépendance énergétique apparaissent comme primordiales, notamment depuis l’épisode récent de la pression énergétique exercée par la Russie sur l’Ukraine. Selon les informations du Figaro, Vladimir Poutine, qui s’était farouchement opposé à un quelconque accord avec l’UE lors du sommet de Vilnius, semble aujourd’hui un peu plus clément, comme en témoignent les propos tenus par le chef de la diplomatie russe, Sergei Lavrov, à Bruxelles : « Nous ne souhaitons qu’une chose, que ces relations ne soient pas construites au détriment des intérêts légitimes de la Fédération de Russie ». Poutine aurait également donné son feu vert pour un accord de libre-échange entre l’UE et l’Ukraine.

Cependant, comme l’affirme Steven Blockmans, chercheur au Centre for European Policy Studies (CEPS), « il n’y a pas de doute que l’ombre de la Russie plane sur le sommet de Riga ». La Moldavie, qui avait souhaité déposer une demande d’adhésion officielle à l’UE lors du sommet, s’est finalement ravisée sous la pression de Moscou. Le rapprochement entre ces pays et l’Union européenne apparaitrait comme un risque potentiel pour « les intérêts légitimes de la Fédération de Russie ». Dès lors, la marge de manœuvre des participants au Sommet de Riga était très mince, ce qui explique en partie qu’aucune décision majeure n’ait été prise.

Les menaces de Moscou ne sont pas le seul facteur de ralentissement des négociations entre l’UE et les pays du Partenariat oriental. Les pays de l’Union, eux-mêmes divisés quant à un rapprochement trop avancé, ont affirmé leur crainte d’un nouvel élargissement communautaire. Jean-Claude Juncker a alors certifié qu’aucune nouvelle adhésion ne serait envisagée au cours de son mandat de président de la Commission européenne. Selon le journal Le Monde, le mot d’ordre de ce sommet était surtout de « ne pas heurter la Russie », comme en témoignent les propos de François Hollande : « le Partenariat oriental n’est pas un outil antirusse ». On pouvait donc raisonnablement s’attendre à ce que le Sommet de Riga ne révolutionne pas les rapports Est-Ouest. Néanmoins, malgré l’opposition de la Biélorussie et de l’Arménie, l’UE a réitéré sa condamnation de l’annexion de la Crimée par la Russie.

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