Tennis : McEnroe veut tout changer !

Mettant en cause la durée trop longue des matches, McEnroe considère que le tennis doit faire sa révolution s’il veut continuer à attirer les joueurs, les sponsors et les spectateurs .

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John McEnroe - US Open 2009 4th round 584 - Crédits : Edwin Martinez via Flickr (CC BY 2.0

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Tennis : McEnroe veut tout changer !

Publié le 1 juin 2015
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Par Alexandre C.

John McEnroe - US Open 2009 4th round 584  (CC BY 2.0)
John McEnroe – US Open 2009 4th round 584 – Crédits : Edwin Martinez via Flickr (CC BY 2.0)

 

Inutile de présenter John McEnroe. Mais pour les plus jeunes, je vais quand même faire un petit rappel. « Big Mac », c’est un gauche offensif comme on n’en fait plus, adepte du service-volée et volontiers exubérant, perfectionniste (il a confessé avoir rêvé jouer un match sans commettre de fautes) et avec une rage de vaincre sans commune mesure avec ses adversaires. Outre son jeu, considéré par de nombreux observateurs comme « génial », on a surtout retenu de lui ses sorties monumentales face aux arbitres. Était-il de mauvaise foi ? Considérait-il que son jeu était tellement parfait qu’il ne pouvait pas être pris en défaut ? Un peu de tout cela, très certainement. Quoi qu’il en soit, McEnroe s’est souvent retrouvé en fâcheuse posture, entrant dans des colères noires, se heurtant à l’inflexibilité des juges, les insultant ou brisant ses raquettes (ce qui lui valut d’être exclu de l’Open d’Australie en 1990). Bref, McEnroe était l’exagération incarnée, brillant dans la victoire tout autant qu’il devenait médiocre et mauvais dans la défaite.

Cependant, il a appartenu à une époque du tennis où les joueurs, du moins à mon humble avis (qui vaut ce qu’il vaut puisque je n’étais pas né ou bien trop petit), étaient plus romantiques qu’aujourd’hui, à tel point qu’une certaine nostalgie habite aujourd’hui les spectateurs de l’époque quand on l’évoque, avec eux.

Depuis sa retraite du milieu professionnel, McEnroe continue à être impliqué dans ce sport qu’il aime passionnément, soit en participant à des exhibitions qu’il veut gagner à tout prix (alors même qu’elles n’ont pas d’autres rôles que de distraire le public), soit en commentant des matches. Pour la quinzaine de Roland-Garros débutée il y a une semaine à la Porte d’Auteuil, le joueur américain a rejoint d’autres légendes du tennis (Mats Wilander et Chris Everts pour ne pas les citer) sur une célèbre chaîne sportive pour analyser et décrypter le tournoi.

Je regardais plus tôt l’une de ses interventions concernant la durée des rencontres, qu’il trouve trop longues. Faisant référence au duel homérique Isner-Mahut de plus de 11 heures au premier tour de Wimbledon 2010, qui s’était terminé sur le score de 70-68 au cinquième set1, McEnroe plaide – et je suis d’accord avec lui – pour que soit introduit un « tie break » dans cette manche décisive. L’argument invoqué par l’Américain est qu’on ne peut plus produire des matches aussi longs sans entamer le physique des joueurs. D’autre part, il y a un risque de perdre le spectateur qui, voyant la durée, pourrait montrer un désintérêt croissant pour le tennis. Autrement dit, ce sport doit faire sa révolution s’il veut continuer à se développer et à attirer les joueurs et les sponsors…

Mais pourquoi s’arrêter là ? Outre le jeu décisif dans le cinquième set (ce qui existe déjà à l’US Open), d’autres changements ont été proposés, soit par les joueurs eux-mêmes, soit par les observateurs et les spectateurs. Plus ou moins radicaux, il n’est pas impossible que certains entrent en vigueur dans les années qui viennent. Voici les quelques propositions qui circulent et réapparaissent régulièrement :

  • Suppression du deuxième service. Plusieurs fois envisagée, cette réforme ne fait pas l’unanimité dans le milieu tennistique, même si certains arguent que cela dynamiserait les matches en réduisant la durée des jeux et obligerait aussi les joueurs à prendre moins de risque, à donner moins de vitesse et plus d’effet à la balle. Dans le même esprit, d’autres voudraient réduire la taille du carré de service.
  • Suppression du « let ». Moins extrême que la suppression du deuxième service, laisser jouer une balle let (i.e. une balle qui effleure le filet au service) est déjà expérimenté sur le circuit « Challenger » organisé par la Fédération Internationale de Tennis.
  • Modification de la règle d’égalité. Quand deux joueurs sont à 40A, la règle actuelle veut qu’un point d’avantage soit remporté avant qu’on puisse gagner le jeu. La conséquence de cela est que l’égalité peut durer un petit moment si aucun des deux adversaires ne réussit à convertir son avantage. La proposition qui est faite revient à supprimer purement et simplement le point d’avantage : le joueur qui parvient à marquer le point à 40A remporterait dorénavant le jeu.

Ces deux dernières règles ont été mises en œuvre récemment au cours d’un match opposant Roger Federer et Lleyton Hewitt2, avec en prime la diminution du nombre de jeux nécessaires pour remporter un set (on passe de 6 à 4 avec un jeu décisif à 3 partout). En plus de réduire significativement la durée du match, on arrive, avec ces nouvelles règles, plus vite à la fin du set, ce qui conduit à plus d’intensité, de nervosité et donc de spectacle. De quoi attirer les foules. D’autre part, elles pourraient conduire à rendre le tennis plus accessible dans les clubs, puisqu’elles sont plus simples.

Pour autant, tout le monde (le public en particulier) n’est pas convaincu par cette petite révolution qui reste donc pour l’instant dans les cartons. Cependant, et afin de pouvoir rester un sport d’importance, le tennis devra à un moment donné se poser des questions quant à son format pour s’adapter au nouveaux impératifs télévisuels et pour satisfaire les attentes des spectateurs. Affaire à suivre donc…

  1. Un résumé de ce match qui avait d’ailleurs enthousiasmé tout le monde, y compris McEnroe est disponible sur Wikipédia à ce lien.
  2. Un article d’Europe 1 évoquait cette rencontre qui a eu lieu à Sidney en janvier dernier.
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  • Je propose qu’on joue un match en un seul point. Cela dynamiserait vraiment le jeu et le rendrait plus populaire, plus accessible à tous, moins élitiste comme il peut l’être aujourd’hui.

  • Des matchs qui durent des plombes, où on peut diffuser 2 minutes de publicité tous les 2 jeux !! Si c’est pas un format génial pour les écrans temps de cerveau disponible, … ) !
    Mais pour beaucoup de téléspectateur, ça en devient une expérience vraiment insupportable ; heureusement, on peut encore zapper.

    Avec ce modèle économique fabuleux, Big Mac n’est pas près de pouvoir y changer grand chose !!

  • Quelques réflexions…

    (i) « on ne peut plus produire des matches aussi longs sans entamer le physique des joueurs.
    Personne n’oblige les joueurs à jouer tous les tournois possibles et imaginables dans l’année.
    Le suivi médical des joueurs est meilleur aujourd’hui que dans les années 90.
    Il ne me semble pas que les joueurs de tennis soient plus blessés que les autres sportifs.

    (ii) D’autre part, il y a un risque de perdre le spectateur qui, voyant la durée, pourrait montrer un désintérêt croissant pour le tennis. Autrement dit, ce sport doit faire sa révolution s’il veut continuer à se développer et à attirer les joueurs et les sponsors »
    S’il y a un « risque », c’est que les spectateurs sont toujours intéressés.
    Autant aller directement à l’essentiel et dire clairement que l’objectif est d’attirer des sponsors, ie un développement commercial, et là on pourra vraiment parler.

    Par ailleurs, la durée des matchs permet des retournement de situation spectaculaires (Youzhny / PHM en finale de la coupe davis, par exemple), ou des matchs de légende (Isner / Mahut, que ceux qui ont vu n’oublieront pas). Dommage de vouloir enlever cette spécificité du tennis pour en faire du squash…

  • Il suffirait d’adopter la règle Modification de la règle d’égalité, ce qui raccourcirait fortement les matchs.

  • La suppression du second service changerait tout à Wimbledon où les meilleurs serveurs sont quasi assurés de passer en seconde semaine…

  • Une époque bénie ? Les services-volées à répétition qui faisaient tenir un match Edberg-Mc Enroe de 5 sets en 25 minutes ? Ou à l’inverse les interminables rallyes de fond de court Borg-Vilas ? On voit bien que vous étiez trop jeune pour vous souvenir de l’ennui atroce qui émanait trop souvent de ce tennis d’autrefois. En plus les filles en dessous de la 1ème mondiale jouaient comme des quiches.

  • Tout ça me fait penser aux modifications des règles du tennis de table qui devaient rendre le sport plus attractif et tout et tout…

    Bilan ?
    Que dalle, ziltch, nada…

    Les amateurs d’un sport le sont, indépendamment de ces notions de durée, d’intensité ou autre. Sinon tout le monde regarderait du plongeon et personne ne suivrait le cricket (5 jour pour un match en durée « normale ») ou du golf (tournois sur 4 jours, chaque partie durant plusieurs heures). Et pourtant… Il y a très largement plus d’amateurs de cricket et de golf (pas en France, encore que… ) que de plongeon.

    Sinon, comme le disait Synge, à l’époque du Mac, il y avait des joueurs pas super romantiques et flamboyants… Un match Borg / Lendl était potentiellement un pensum interminable de coups robotisés…

  • Que de conservatisme dans les commentaires…

    • En quoi est-ce une mauvaise chose que le conservatisme ? Si quelque chose marche, le changer pour le changer n’est pas des plus malin. Par contre si on a la preuve que la nouveauté sera meilleure, génial.

      Après, le vrai problème n’est pas changer ou pas changer, mais qui décide. Un truc centralisé arbitraire ? C’est pas bon en général. Le marché ? C’est bien mieux. Les instances dirigeantes d’un sport sont dans une situation sur un marché lui même en concurrence. A changer trop et trop vite ils risquent de tuer leur sport. A ne pas changer il risquent de le laisser mourir.

      Le truc c’est que le tennis n’a pas l’air du tout d’être à l’agonie, donc sauf à pouvoir démontrer que réellement un changement sera très positif, il y a beaucoup à perdre et peu à gagner. Sinon bien sûr le plaisir imbécile d’avoir changer ce qu’on pouvait changer et non ce qui avait besoin d’être changé.

      • La concurrence dans les règles de tennis pourrait être une très bonne chose. Par exemple ce McEnroe, il n’a qu’à convaincre des investisseurs de créer une coupe avec de nouvelles règles et peut être que ça marchera. Mais faire des sorties médiatiques pour critiquer le tennis actuel et appeler à changer ses règles bof

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