Tennis : McEnroe veut tout changer !

John McEnroe - US Open 2009 4th round 584 - Crédits : Edwin Martinez via Flickr (CC BY 2.0

Mettant en cause la durée trop longue des matches, McEnroe considère que le tennis doit faire sa révolution s’il veut continuer à attirer les joueurs, les sponsors et les spectateurs .

Par Alexandre C.

John McEnroe - US Open 2009 4th round 584  (CC BY 2.0)
John McEnroe – US Open 2009 4th round 584 – Crédits : Edwin Martinez via Flickr (CC BY 2.0)

 

Inutile de présenter John McEnroe. Mais pour les plus jeunes, je vais quand même faire un petit rappel. « Big Mac », c’est un gauche offensif comme on n’en fait plus, adepte du service-volée et volontiers exubérant, perfectionniste (il a confessé avoir rêvé jouer un match sans commettre de fautes) et avec une rage de vaincre sans commune mesure avec ses adversaires. Outre son jeu, considéré par de nombreux observateurs comme « génial », on a surtout retenu de lui ses sorties monumentales face aux arbitres. Était-il de mauvaise foi ? Considérait-il que son jeu était tellement parfait qu’il ne pouvait pas être pris en défaut ? Un peu de tout cela, très certainement. Quoi qu’il en soit, McEnroe s’est souvent retrouvé en fâcheuse posture, entrant dans des colères noires, se heurtant à l’inflexibilité des juges, les insultant ou brisant ses raquettes (ce qui lui valut d’être exclu de l’Open d’Australie en 1990). Bref, McEnroe était l’exagération incarnée, brillant dans la victoire tout autant qu’il devenait médiocre et mauvais dans la défaite.

Cependant, il a appartenu à une époque du tennis où les joueurs, du moins à mon humble avis (qui vaut ce qu’il vaut puisque je n’étais pas né ou bien trop petit), étaient plus romantiques qu’aujourd’hui, à tel point qu’une certaine nostalgie habite aujourd’hui les spectateurs de l’époque quand on l’évoque, avec eux.

Depuis sa retraite du milieu professionnel, McEnroe continue à être impliqué dans ce sport qu’il aime passionnément, soit en participant à des exhibitions qu’il veut gagner à tout prix (alors même qu’elles n’ont pas d’autres rôles que de distraire le public), soit en commentant des matches. Pour la quinzaine de Roland-Garros débutée il y a une semaine à la Porte d’Auteuil, le joueur américain a rejoint d’autres légendes du tennis (Mats Wilander et Chris Everts pour ne pas les citer) sur une célèbre chaîne sportive pour analyser et décrypter le tournoi.

Je regardais plus tôt l’une de ses interventions concernant la durée des rencontres, qu’il trouve trop longues. Faisant référence au duel homérique Isner-Mahut de plus de 11 heures au premier tour de Wimbledon 2010, qui s’était terminé sur le score de 70-68 au cinquième set1, McEnroe plaide – et je suis d’accord avec lui – pour que soit introduit un « tie break » dans cette manche décisive. L’argument invoqué par l’Américain est qu’on ne peut plus produire des matches aussi longs sans entamer le physique des joueurs. D’autre part, il y a un risque de perdre le spectateur qui, voyant la durée, pourrait montrer un désintérêt croissant pour le tennis. Autrement dit, ce sport doit faire sa révolution s’il veut continuer à se développer et à attirer les joueurs et les sponsors…

Mais pourquoi s’arrêter là ? Outre le jeu décisif dans le cinquième set (ce qui existe déjà à l’US Open), d’autres changements ont été proposés, soit par les joueurs eux-mêmes, soit par les observateurs et les spectateurs. Plus ou moins radicaux, il n’est pas impossible que certains entrent en vigueur dans les années qui viennent. Voici les quelques propositions qui circulent et réapparaissent régulièrement :

  • Suppression du deuxième service. Plusieurs fois envisagée, cette réforme ne fait pas l’unanimité dans le milieu tennistique, même si certains arguent que cela dynamiserait les matches en réduisant la durée des jeux et obligerait aussi les joueurs à prendre moins de risque, à donner moins de vitesse et plus d’effet à la balle. Dans le même esprit, d’autres voudraient réduire la taille du carré de service.
  • Suppression du « let ». Moins extrême que la suppression du deuxième service, laisser jouer une balle let (i.e. une balle qui effleure le filet au service) est déjà expérimenté sur le circuit « Challenger » organisé par la Fédération Internationale de Tennis.
  • Modification de la règle d’égalité. Quand deux joueurs sont à 40A, la règle actuelle veut qu’un point d’avantage soit remporté avant qu’on puisse gagner le jeu. La conséquence de cela est que l’égalité peut durer un petit moment si aucun des deux adversaires ne réussit à convertir son avantage. La proposition qui est faite revient à supprimer purement et simplement le point d’avantage : le joueur qui parvient à marquer le point à 40A remporterait dorénavant le jeu.

Ces deux dernières règles ont été mises en œuvre récemment au cours d’un match opposant Roger Federer et Lleyton Hewitt2, avec en prime la diminution du nombre de jeux nécessaires pour remporter un set (on passe de 6 à 4 avec un jeu décisif à 3 partout). En plus de réduire significativement la durée du match, on arrive, avec ces nouvelles règles, plus vite à la fin du set, ce qui conduit à plus d’intensité, de nervosité et donc de spectacle. De quoi attirer les foules. D’autre part, elles pourraient conduire à rendre le tennis plus accessible dans les clubs, puisqu’elles sont plus simples.

Pour autant, tout le monde (le public en particulier) n’est pas convaincu par cette petite révolution qui reste donc pour l’instant dans les cartons. Cependant, et afin de pouvoir rester un sport d’importance, le tennis devra à un moment donné se poser des questions quant à son format pour s’adapter au nouveaux impératifs télévisuels et pour satisfaire les attentes des spectateurs. Affaire à suivre donc…

  1. Un résumé de ce match qui avait d’ailleurs enthousiasmé tout le monde, y compris McEnroe est disponible sur Wikipédia à ce lien.
  2. Un article d’Europe 1 évoquait cette rencontre qui a eu lieu à Sidney en janvier dernier.