Du kung-fu, des dinosaures, des Valkyries ? Une autre façon de faire des films

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Du kung-fu, des dinosaures, des Valkyries ? Une autre façon de faire des films

Publié le 17 mai 2015
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Vous aimez le cinéma, l’action, l’aventure, les dinosaures, les Valkyries, le kung-fu et pas du tout Hitler ? Vous pensez impossible de réunir dans un seul film autant de sujets avec brio et atteindre alors un niveau de coolitude supérieur à 9000 ? Eh bien détrompez-vous, il existe une telle réalisation. Kung Fury est fait pour vous.

Comment, vous ne connaissez pas ce film ? Pourtant, vous devriez, puisqu’il illustre à lui tout seul une autre façon de faire du cinéma. Bon, certes, je vous accorde que ce n’est peut-être pas, pour le moment, le film le plus connu qui soit, mais même si, finalement, vous n’êtes pas un fan de kung-fu et de Valkyries, permettez-moi de vous présenter un peu le contexte.

L’aventure Kung Fury commence en 2012 lorsque David Sandberg, un réalisateur suédois spécialisé dans les films publicitaires et vidéos musicales, plaque son emploi pour se lancer dans l’écriture et la production de son propre film, Kung Fury. Il dépense dans un premier temps 5000 dollars pour réaliser avec ses amis les premières images d’une bande annonce. Malheureusement, la tâche qu’il s’est assignée semble hors de portée. Entre ses fonds rikikis et la nécessité de recourir massivement aux effets spéciaux, notamment pour gérer un lieu de tournage (la Suède) particulièrement éloigné du lieu scripté de l’action (Miami), les fonds viennent très vite à manquer.

En Décembre 2013, Sandberg ouvre une campagne Kickstarter, invitant tous ceux qui le veulent à participer à son projet en l’échange de différents produits (depuis le t-shirt jusqu’à un rôle dans le film à venir en passant par des posters dédicacés), et met en ligne, histoire de donner un aperçu de ce qu’il entend faire, une bande annonce de la réalisation à venir.

La vidéo plaît grandement et le succès est très rapidement au rendez-vous. Sur les 200.000 dollars que Sandberg s’est fixés comme but, il en récolte plus de 600.000 (pour plus de 17.000 soutiens, soit 35 dollars en moyenne par soutien). Si cette somme ne suffira pas pour un long métrage, le court est, lui, à sa portée. Il se lance et y passera l’année 2014.

En chemin, son projet aura retenu l’attention : ainsi, alors que le court métrage sera présenté dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes, des producteurs américains envisagent à présent, en fonction de la réception du court métrage, d’en produire un long.

Indépendamment de la valeur cinématographique intrinsèque de Kung Fury, qu’on le trouve bon ou mauvais, son existence prouve qu’un autre type de cinéma est possible. Oh, je ne parle pas d’un autre genre cinématographique puisqu’en l’occurrence, le film en question revisite essentiellement les canons des années 80 en matière de film d’action, d’aventure et d’humour décalé. Non, ici, il s’agit de la façon dont on peut construire un film et en particulier le « nerf de la guerre », son financement : avec ce genre d’initiative, Kung Fury montre qu’on peut créer un spectacle cinématographique complet, professionnel, et surtout rentable en faisant intervenir directement le public, en l’impliquant en amont, à la création, et non plus en aval, à la projection.

Comme toute révolution fondamentale, les débuts sont modestes. Ils passent presque inaperçus dans le « monde réel » et pour les personnes pour lesquelles internet n’est qu’un médium de diffusion comme la télé ou la radio. À vrai dire, les grands studios voient essentiellement dans ce mode de financement un intéressant gadget, facultatif, permettant de faire émerger, éventuellement, un nouveau réalisateur. Mais plus fondamentalement, ce que ces studios ne voient probablement pas, c’est que ce mode spécifique de participation du public entraîne un renversement de la notion de droit d’auteur, de diffusion et de copie.

kung fury super accurate

Ainsi, Kung Fury sera disponible gratuitement, à son lancement, sur Youtube, et c’est logique : l’opération « Kung Fury » est déjà équilibrée comptablement parlant, et à sa sortie, toute nouvelle recette est essentiellement un bonus. En effet, les participants au financement recherchaient autre chose qu’un retour sur investissement sous forme financière. Depuis la présence de son nom dans un des éléments du film, en passant par un t-shirt promotionnel ou un rôle plus ou moins important dans l’histoire elle-même, ceux qui ont mis quelque argent dans le projet n’ont pas tous, loin s’en faut, misé sur un rendement financier.

Oh, bien sûr, l’avenir de ce genre de montage participatif pour des films comprendra aussi des investisseurs très intéressés au rendement, c’est même une certitude et c’est une des raisons qui a poussé l’industrie du cinéma aux sommets actuels. Simplement, ce que Kung Fury démontre est qu’on peut aussi construire un film sans subvention étatique, sans investisseur cherchant d’abord un rendement, mais avant tout avec une base de fans et de personnes intéressées non par le résultat financier mais avant tout par le résultat artistique.

Autrement dit, Kung Fury réintroduit le mécénat pour le cinéma en utilisant habilement les facilités offertes par la révolution numérique : toucher un très vaste public à un coût extrêmement modeste. Certes, ce projet n’est bien sûr pas le tout premier exemple de mécénat dans le cinéma, ni même le premier utilisant la force de frappe « internet », mais on peut espérer que son exemple suffisamment médiatisé donnera à d’autres équipes l’envie de se lancer.

kung-fuhrer

En clair, ceci veut dire d’une part que le mode de financement des films peut encore évoluer (et loin du crony capitalism, en particulier), et d’autre part, que les recettes assises sur les droits d’auteurs ne sont pas, au contraire des lamentations répétées des majors du secteur, fondamentales pour garantir l’existence même de ces productions : Kung Fury est la démonstration par l’exemple que ce qui fonde l’existence de l’art (cinématographique ici) n’est pas la reconnaissance du droit d’auteur, ou l’assurance d’une rémunération postérieure à la création, mais avant tout le désir émis par certains de voir l’œuvre se concrétiser, en usant de leurs finances éventuellement et même à fonds perdus le cas échéant.

Voilà qui devrait largement faire méditer ceux qui persistent encore à croire indépassables les modèles d’affaires actuels de la culture, ou l’impossibilité d’aller au-delà des lois actuelles sur le droit d’auteur…
—-
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  • Tout à fait. Nul besoin de l’état pour financer la culture. Le mécénat démultiplié par internet peut y avoir un grand rôle.

  • Rien que la video de la chanson du film justifie déjà l’investissement.

  • Cela me rappel un groupe très connu de rock, radiohead. En pleine campagne anti « piratage » ( début 2000 grosso modo ) ils avaient sortis un album en téléchargement gratuit. Si l’on voulait on pouvait acheter une version CD, ou une version collector plus chère, ou faire un don.

    L’album fut un carton monstrueux. De plus radiohead ne passant pas par sa maison de disque, le groupe toucha quasi net les bénéfices. Restait juste la tabassage des impôts.

    Preuve qu’il est possible d’exister sans maison de disque. http://www.numerama.com/magazine/5461-quelques-enseignements-a-tirer-de-l-experience-radiohead.html

    • Courtney Cox ( la veuve de kurt cobain) disait que sur un disque d’or aux states un jeune groupe touchait 100 000 dollars sur les 7 millions de chiffre d’affaire générés. Peau de balle en somme…

      Évidemment un jeune groupe quand une maison de disque viens vers lui à le choix: continuer à tourner dans les bars de campagne ou alors accepter des conditions très dures de travail. Seul des artistes au plus fort de leur reconnaissances sont capable de modifier leurs contrat ( prince, georges michael ou johnny national en savent quelques choses ).

      C’est pourquoi la liberalisation du marché de la musique ou de l’art en général est une nécessité qui permettra aux artistes in fine de réellement faire jouer la concurence et de tout miser sur la qualité et non sur les miettes d’une rente de situation captée par les maison de disques, elle-même défendue par un état.

      • courtney love pardon
        d’ailleurs:
        « Il faut remettre les choses en perspective », a-t-il demandé. « Vous savez aujourd’hui un artiste quand il vend un disque d’or, ce qui concerne en gros une trentaine d’artistes, l’artiste va gagner grosso-modo 4000 euros par mois. On n’est pas dans le jet privé. Ce sont les profits réalisés par Patrick Bruel, par Johnny Hallyday qui vont nous permettre d’investir dans de nouveaux talents et y a plein de nouveau talents qui ne rencontreront pas le succès ».
        Pascal nègre.

        Perso, je veux pas faire un carton sur un disque pour financer des nouveaux artistes. D’abord ma gueule, c’est normal. Ensuite un artiste qui rencontre le succès fait profiter une kyrielle d’autre artiste en les employant. C’est le même blabla de l’impôt qui serait solidaire.

  • c’est pas cool de promouvoir une escroquerie a grande échelle auprès d’un public peu averti . et que faites vous donc de la sélection naturelle des meilleurs basée sur l’anticipation d’un profit obtenu auprès du public ?

  • « Voilà qui devrait largement faire méditer ceux qui persistent encore à croire indépassable les modèles d’affaires actuels de la culture, ou l’impossibilité d’aller au-delà des lois actuelles sur le droit d’auteur… »

    Tout est dit !

    Les entrepreneurs en phase avec leur époque ont compris que de nouveaux « business model » avaient émergés grâce (à cause d’Internet) et qu’il fallait s’adapter. La force des petits groupes de passionnés pour fait émerger un business est très efficace : un artiste (en dehors des circuits classiques et archaïques) vit toujours grâce à son groupe de fans, les technologies progressent grâce aux passionnés qui sont prêts à essuyer les platres et s’investir pour fournir un retour d’expérience … C’est le modèle de l’essai/rejet qui est la base du progrès et du libéralisme, au contraire de l’étatisme, du socialisme, du dirigisme, ou du capitalisme de connivence.

  • « Kung Fury réintroduit le mécénat »
    Le « mécénat » existe déjà massivement aux US pour le cinéma, sous la forme de multiples dispositions fiscales dérogatoires. C’est vrai pour le mainstream, et plus encore pour l’indé.
    Plus généralement, la « loi de baumol » s’applique toujours à plein : les gains de productivité des arts sont par nature plus faibles que ceux du reste de l’économie (l’exemple typique : il faut le même temps à des acteurs pour répéter Macbeth aujourd’hui qu’à la date de son écriture). Ca implique donc des financements non marchands, ou innovants, en permanence.

    • Si je comprends bien, la « loi de baumol » tente de justifier l’augmentation des coûts des spectacles. Mais il me semble que :
      – le coût de la création n’est pas plus élevé dans les arts que dans l’industrie (au contraire la haute technologie a des coûts de développement de plus en plus élevés)
      – assister à un opéra ou aller au théâtre chaque semaine n’a jamais été à la portée du prolétaire.

      Le problème de fond me semble-t’il est qu’on a trop « d’artistes » qui proposent la même soupe dans un monde globalisé où ils sont obligés de se partager les revenus. Et pour les spectacles, la qualité et l’intérêt n’est pas forcément proportionnelle au nombre d’intervenants. En revanche, les financements non marchands permettent de faire émerger de vrais talents en shuntant les marchands de soupe

      • Pragmat: « Le problème de fond me semble-t’il est qu’on a trop « d’artistes » qui proposent la même soupe[…] En revanche, les financements non marchands permettent de faire émerger de vrais talents en shuntant les marchands de soupe »

        Personne n’a la même définition de ce qu’est cette soupe et tout le monde déclame que seul les genre qu’il affectionne sont faits par de « vrais » artistes digne d’intérêt.

        Don’t get me wrong: la soupe industrielle existe vraiment, façon reprise « star ac », c’est le discours « fric/tous pourri » conventionné soc-A1 qui me fait intervenir.

        • C’est pas mauvais la soupe. La soupe au poireaux me rapelle mon enfance …

          Le problême est dans le « même » ! Facile de copier ce qui fonctionne, mais quand tout le monde fait pareil, il n’y a plus de marché. Un jour, on pourra faire composer, orchestrer et interpréter sa musique ou sa dernière comédie musicale à la mode par un ordinateur, et le problème sera résolu.

          • C’est déjà le cas en ce qui concerne les ordinateur et la composition.

            Reste que voir un ordi interpréter des musiques sur scenes ça lève pas les foules. Encore que au japon ça marche un peu.

          • pragmat: « Facile de copier ce qui fonctionne, mais quand tout le monde fait pareil, il n’y a plus de marché. »

            Oui c’était mieux avant…
            Tu fais de très bon commentaires d’habitude, pitié quoi…

  • Mécédelaconcurancedéloyaaaale !
    Viiite ! Une loi !
    Sinon les artiss vont mourir par miyon.

  • Les commentaires sont fermés.

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