Les startups du plein emploi ne sont pas dans le numérique

Les créations d’emplois dans les technologies de l’information sont très faibles au regard du total d’emplois créés.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Big data (Crédits : Infocux technologies, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Les startups du plein emploi ne sont pas dans le numérique

Publié le 12 mai 2015
- A +

Par Dominique

big data credits infocux technologies (licence creative commons)
big data credits infocux technologies (licence creative commons)

 

Les hommes politiques ne cessent de réclamer davantage d’innovation et de nouvelles technologies en France, afin de mieux nous défendre dans la concurrence internationale et donc stimuler l’emploi en France. Cependant, si l’on regarde les créations d’emplois dans les technologies de l’information par exemple, celles-ci sont très faibles au regard du total d’emplois créés…

On parle souvent de l’informatisation comme de la « troisième révolution » industrielle, et il existe même un nouveau domaine de l’économie, nommé « iconomie » qui étudie spécifiquement ses différentes conséquences1. Pourtant, en réalité, si l’on examine de près le secteur des techniques de l’information et de la communication – communément appelées nouvelles technologies – on constate qu’il ne représente que très peu du total des emplois, c’est-à-dire entre 2% et 5% du total dans les pays développés. Surtout, cette proportion risque de peu évoluer dans l’avenir.

D’après le dernier rapport de France Stratégie2, si l’on regarde les métiers qui offriraient le plus de créations nettes d’emplois entre 2012 et 2022, on constate en effet que les technologies de l’information sont loin d’en être le principal pourvoyeur. Sur les 1,5 million d’emplois qui seront créés d’ici 2022, seuls 90.000 postes d’ingénieurs en informatique et télécommunications seront créés. Par comparaison, si l’on regroupe par secteur, ce sont au global 280.000 emplois qui seront créés dans le commerce ou la vente3, 250.000 dans le paramédical4, 200.000 pour l’aide à la personne5, et 180.000 dans le secteur comptable et administratif6, etc.

Métiers bénéficiant des plus importants volumes de créations nettes d’emploi
entre 2012 et 2022

Métiers en créations nettes d’emploi entre 2012 et 2022Concepts : emploi au sens du BIT ; nomenclature des familles professionnelles (FAP 2009).
Champ : ménages ordinaires ; France métropolitaine.
Source : projections France Stratégie-Dares
Graphique tiré directement du rapport de France Stratégie.

Ce constat est le même si l’on regarde les projections américaines du Bureau of Labor Statistics ; ainsi, sur les 16 millions d’emplois nets qui seront créés aux États-Unis entre 2012 et 2022, seuls 140.000 seront créés dans le domaine du développement des logiciels et des applications7.

Contrepoints455 - Start-up - René Le HonzecSi les nouvelles technologies peuvent avoir un effet sur l’emploi, cet effet est donc pour l’essentiel indirect. C’est ce que confirme également une autre étude américaine8, expliquant que les entreprises productrices de nouvelles technologies ne créent pas beaucoup d’emplois, mais que les entreprises qui utilisent massivement les technologies de l’information connaissent quant à elles des croissances en emplois plus fortes que les autres.

Cette étude révèle qu’aux États-Unis « les petites entreprises ayant massivement recours aux technologies de l’information représentent seulement 5% de l’emploi » mais que « la création nette d’emplois parmi ces petites entreprise a représenté entre 13 et 68% de la variation nette d’emplois de 2001 à 2009 ». Les nouvelles technologies semblent donc être un propulseur pour les petites entreprises afin d’exercer leur métier de base.

Ces différentes données ne nous disent pas si oui ou non le progrès technologique est aujourd’hui au global créateur ou destructeur d’emplois. Cette opération semble difficile même aux économistes chevronnés puisqu’il s’agit d’isoler l’effet de l’innovation sur l’emploi alors que beaucoup d’autres facteurs peuvent l’influencer (politiques économiques, mondialisation, etc.). En revanche, ce que ces chiffres nous confirment, c’est que l’État ne doit pas tant s’occuper de faire émerger les technologies de demain que de permettre un écosystème favorable encourageant l’ensemble des entreprises et des startups.


Sur le web.

  1. Sur les plans technique, économique, psychologique, sociologique et philosophique.
  2. Les métiers en 2022. Rapport du groupe Prospective des métiers et qualifications, Résultats et enseignements, France Stratégie, juillet 2014.
  3. 100.000 vendeurs, 80.000 cadres commerciaux et technico-commerciaux, 50.000 attachés commerciaux et représentants, 50.000 dans la maîtrise des magasins et intermédiaires de commerce.
  4. 100 000 aides soignants, 90 000 infirmiers ou sages-femmes, 60 000 autres professions paramédicales.
  5. 160.000 aides à domicile, 45.000 assistantes maternelles.
  6. 100.000 cadres des services comptables, administratifs et financiers, 80.000 techniciens des services comptables, administratifs et financiers.
  7. Table 1.4 Occupations with the most job growth, 2012 and projected 2022.
  8. Information Technology Intensity, Diffusion, and Job Creation, Dr. Catherine L. Mann Rosenberg Professor of Global Finance International Business School Brandeis University.
Voir les commentaires (11)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (11)
  • Les nouvelles technologies se limites aux techniques de l’information et de la communication? Et on sait déjà combien d’emplois vont être créés d’ici 2020? Wow…

  • Quelque chose de très important est oublié ici : ces emplois sont bien mieux payés que la moyenne, donc ces gens dépensent davantage, voyagent davantage et soutiennent l’immobilier, ces entreprises aussi achètent beaucoup d’immobilier. C’est ce que l’on peut voir dans la région de San Francisco ou à Austin au Texas : ces régions en vivent littéralement, cela va bien au-delà des 2 à 5% cités ici.

    Le fait que la région d’Austin et la Silicon Valley soient si prospères montre à quel point ces emplois sont importants.

  • En regardant les projections sur l’emploi en France, je m’inquiète. Les services à la personnes seront effectivement de plus en plus indispensables et occuperont beaucoup de monde dans les prochaines années, cependant, cela ne peut constituer un modèle économique d’avenir. Ces emplois ne sont qu’un transfert de richesses des vieux vers les jeunes. On ne prévoit rien pour assurer la prospérité du pays à long terme, à travers des activités productives, aptes à enrichir le pays, et par conséquent nécessaires au financement de tous les services non créateurs de richesses.
    C’est un manque de vision et de prévoyance de nos dirigeants et de nos élites. En l’état, inéluctablement nous continuerons à nous appauvrir de jour en jour.

    • ça fait longtemps que cela est constaté, certains craignent que la France ne finisse par devenir une nation-musée : on aime le visiter, c’est beau, mais on ne veut pas y vivre.

  • C’est l’investissement qui hausse le salaire. Tant que le retour sur investissement sera pénalisée fiscalement, le risque d’entreprendre ne sera pas rentable. Service à la personne, zéro investissement, salaire d’équilibre au dessous du smic.

    Lu dans Capital, la France est un paradis pour l’innovation. Sans doute, mais pas au delà durant la phase de croissance.

  • L’article est biaisé. Quand on lit le graphique, on remarque que les ingénieurs des TIC bénéficieront de plus de créations nettes d’emplois que tous les autres cadres représentés sur l’histogramme. Il faudrait ajouter à l’histogramme les emplois de programmeurs, par exemple. En outre, comme Drovosyk le fait remarquer, les nouvelles technologies ne se limitent pas aux TIC (robotique, impression 3D, etc…).

  • Les starts-up doivent collecter un maximum d’argent, puis lorsqu’elles se pensent matures, aller se développer dans un autre pays où les conditions fiscales sont les plus intéressantes, pour bien payer leurs collaborateurs et les garder.
    Tous les collaborateurs ne souhaitent pas vivre en France et payer 58% d’impôts sur leurs hauts salaires, pour finir à vivre en collocation, et faire du covoiturage et partir en vacances au camping à Royan.
    Covoiturage, colocation et camping annoncée comme les grandes tendances de la modernité chez les jeunes salariés Français ; on invente une tendance pour cacher la misère.
    Les ingénieurs de la start-up veulent, aller en vacances en Hôtels 4 ou 5 étoiles, vivre dans leur propre appartement de standing et avoir leur propre voiture… Alors il faut les garder en changeant de pays.

    • Startup ou pas, quand on travaille sur un projet avec des dates de livraisons ou des dates de démarrage, on ne peut pas compter ses heures pour arriver à 35 et être tributaire de transports en commun quand on reste au boulot jusqu’à minuit.

      Enfin si, maintenant grâce aux règles tordues imposées aux entreprises et la chasse au frais de déplacement (et même aux places de parking), on peut le faire et on doit le faire même quand on est « cadre » : c’est beau le progrès. En revanche les dates butoirs c’est une vaste blague …

      Drôle de pays ! Mieux vaux développer ses projets ou implanter son business ailleurs …

  • Il faudrait peut-être analyser ceci en parallèle à l’article de de Silberzahn : « La création de nouveaux marchés : conséquence involontaire de l’action des entrepreneurs ».

    Pourquoi le numérique devrait-il « créer de l’emploi » directement, alors que le but est au contraire d’augmenter la productivité et donc de réduire l’emploi. Le numérique ne peut pas non plus générer une forte demande en support, installation, maintenance : sinon c’est trop cher, pas assez facile à utiliser ou ce n’est pas vraiment destiné au grand public.

    Le numérique ne peut créer de la croissance et de l’emploi que de façon indirecte pour nous – on est totalement incapable d’être fournisseur d’électronique ou de logiciel à part pour des système militaires à très forte valeur ajoutée. Il faut donc revenir à l’article de Silberzahn : on ne peut espérer de l’emploi que par l’intermédiaire d’entrepreneurs qui développeront de nouvelles activités grâce au numérique.

    Et c’est pas gagné pour la France ou on prétend diriger l’innovation, matraquer les entrepreneurs et interdire tout ce qui n’est pas explicitement autorisé …

    • Le seul avantage du numérique est de pouvoir diminuer le coût de la transaction soit directement en cash soit sur le temps passé (drive, banque).

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Article disponible en podcast ici.

La Russie est connue pour ses compétences en piratages informatiques. Elle les utilise actuellement en Ukraine et pourrait se lancer à l’assaut de l’Europe pour déstabiliser des pays comme la France.

Aussi, il est de notre devoir de ne pas faciliter la vie des pirates russes en optant pour trois bonnes pratiques.

Garder les systèmes à jour

Si un pirate russe tombe sur une faille, il n’y a plus rien à faire. Il peut corrompre l’ordinateur de sa victime en appuyant sur une seule touche. On... Poursuivre la lecture

Depuis quelques semaines les scandales alimentaires pleuvent comme à Gravelotte : le scandale du sésame, les alcaloïdes de l’ergot dans les baguettes de pain, les salmonelles dans les jambons, les pizzas de Buitoni, les chocolats de Ferrero…

Pour ce dernier, l’AFSCA (Agence fédérale belge pour la sécurité alimentaire) qui affirme :

« Les infos fournies par Ferrero sont incomplètes et se résument à  reconnaitre des défaillances internes, provoquant des retards dans la récupération et le partage d’informations dans les délais imp... Poursuivre la lecture

L’idée que les règles vont tout résoudre est très profondément ancrée dans la culture européenne, la pensée des citoyens et l’esprit des hommes politiques. Nouvelle illustration avec le Digital Markets Act.

Allons-nous pour autant créer des champions européens et contrôler notre avenir numérique ?

C’est la fiesta à la Commission européenne !

Un accord de principe a été donné par les États membres, le Parlement et la Commission concernant le fameux Digital Markets Act (DMA pour les initiés), en discussion depuis un peu plus d'un... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles