La crise est (presque) finie, mais ne retenez pas votre souffle.

bourse - crise financière (Crédits : CC0 Pixabay, licence Creative Commons)

Bien bien bien, mes petits amis, la crise est finie et la France va s’en sortir avec brio d’après les derniers chiffres qui se chuchotent dans les couloirs de l’Élysée. Moyennant un peu de ce sérieux budgétaire qui caractérise actuellement les économies occidentales (au premier rang desquelles la Grèce ou la France, bien sûr), les prochaines années devraient voir une normalisation de la croissance. Kof kof kof.

C’est dit, on s’achemine donc vers un avenir qui, s’il ne sera pas parfaitement rose, sera certainement moins gris qu’actuellement. Moui. Voilà voilà. Bon, certes, quelques régions montrent une forme un peu éloignée des standards olympiques pour le dire gentiment.

Par exemple, la plupart des pays émergents, les exportateurs de pétrole, le Japon, et puis même les États-Unis et la zone euro montrent quelques petites difficultés à s’extirper d’une certaine léthargie. Oui, certes aussi, ces grands ensembles forment plus de 50% de la richesse mondiale, ce qui nuance quelque peu le constat de sortie de crise écrit quelques lignes plus haut. Certes.

Le Président Des BisousMais baste, oublions ça et haut les cœurs : avec ce petit début d’embellie, au moins la fin du quinquennat hollandouillesque va recommencer à faire vibrer les poitrines françaises de chants joyeux et d’hymnes à la gloire du socialisme triomphant qui plie les courbes (et la réalité).

Youpi ?

On fera tout de même bien de conserver son sang-froid. En réalité, de nombreuses régions du monde donnent plutôt des signes de faiblesse que de bonne santé et si un retour à la normale est possible, les éléments disponibles actuellement laissent plutôt songeur. En Chine, on constate une forte bulle immobilière, dont le dégonflement (actuellement caractérisé par l’effondrement de la production et de la consommation de ciment, et une sortie assez marquée de capitaux hors du pays) pourrait bien avoir des effets désastreux. La Russie subit toujours les effets fort désagréables d’un prix du baril très bas, bien en dessous de son point de rentabilité dans le pays, auquel s’ajoute les tensions géopolitiques notamment avec l’Ukraine. Dans ces conditions, difficile pour le pays de faire de la croissance et d’engranger les excédents commerciaux ou budgétaires. Au Brésil, en Turquie ou en Inde, on constate essentiellement une stagnation des productions industrielles qui explique en partie la chute du Baltic Dry Index (passé de 1400 points en novembre 2014 à 590 en avril 2014, soit 57% de baisse). Le Japon va … moyennement pour un pays qui se faisait fort de relancer son inflation avec des abenomics aussi keynésiens que, finalement, inefficaces. Le Yen se déprécie effectivement, mais le pays oscille péniblement entre récession et croissance nulle. L’Europe, de son côté, nous propose une reprise molle que la plupart des experts estiment surtout liée aux prix bas du pétrole. À mesure que ceux-ci remontent, les inquiétudes grandissent visiblement. Enfin, aux États-Unis, ces mêmes prix bas entraînent des difficultés pour les productions alternatives (pétrole et gaz de schiste) et l’ensemble des indicateurs macro-économiques ne sont pas particulièrement brillants.

Bref, comme sortie de crise, ça ne dépote pas du lasagne de poney.

Au milieu de ce tableau quelque peu déprimant, la position française n’est pas meilleure, n’en déplaise à Hollande et sa fière équipe de clowns à roulettes qui semblent pourtant persuadés que la lumière au bout du tunnel n’est pas un train qui arrive en face à toute vitesse. Oh, bien sûr, on fera un maximum de bruit lorsqu’il s’agira de vanter un retour de croissance en France, même si l’embellie ne permettra en rien de résorber un chômage affolant. Mais si l’on regarde par exemple le déficit commercial qui se creuse, ou si l’on compare avec le reste de la zone euro, et l’Italie notamment (ou hors de la zone euro, l’Angleterre), il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser.

Plus profondément, les signes s’accumulent, tant sur le pays que sur le reste du monde, et la phase actuelle ressemble surtout à une petite accalmie avant une bonne grosse tempête. Depuis quelques mois s’accumulent en effet les avertissements venant de toutes parts, des banquiers, des gestionnaires de fonds, et même au travers de plusieurs événements récents qui montrent assez clairement que l’économie et la finance mondiales ne sont pas saines du tout : comme le mentionnait Jacques Garello dans un récent article sur Contrepoints, les récents mouvements boursiers, nerveux et volatiles, sont les marqueurs de problèmes profonds que les manipulations monétaires ont engendrés.

german bund may 5 2015Et ces derniers jours, la tension sur les marchés, déjà forte, s’est brutalement accrue avec des mouvements sporadiques particulièrement étranges. Ainsi, le taux du Bund (bon d’état allemand à 10 ans) fait quelques jolis saltos atmosphériques, entraînant une grande nervosité sur le marché des futures. De façon intéressante, cette hausse rapide du Bund aura entraîné des mouvements assez violents sur les autres bons d’État, notamment français. La presse est restée particulièrement discrète à ce sujet, se concentrant sur les déboires de Sarkozy, les cérémonies du 8 mai ou la victoire électorale de Cameron, et il faut donc fouiller un peu pour trouver trace dans les médias « mainstream » de ces événements pourtant primordiaux.

Primordiaux, parce qu’en trois heures, le bund allemand est passé de 0,59% à 0,775%, avant de retomber tout aussi subitement à 0,60% en fin de journée (nul ne sait exactement pourquoi, sauf à se rappeler de Mario Draghi et de son « Whatever It Takes »).

draghi whatever it takes

Pendant ce temps, les bons français à 10 ans sont passés de 0,93% à 1,09% en un temps très court, montrant largement la nervosité du marché obligataire. Or (et c’est pourquoi j’emploie le terme de « primordiaux »), comme le soulignent Nicolas Chaput et Laurent Denize de Oddo AM,

« En d’autre temps, un mouvement de cet ampleur aurait provoqué un krach obligataire. Mais les politiques de taux zéro menées par les banques centrales ont permis de limiter la casse »

Ben voyons. Imaginer que ce sont les QE de Draghi qui limitent la casse, c’est faire preuve d’un bel optimisme. On se demande quand même pourquoi les marchés ont attendu si longtemps pour réagir, et pourquoi, quand ils ont fini par le faire, ils l’ont fait avec autant de précipitation. Une explication plus inquiétante serait que les marchés n’ont plus la capacité à réagir de façon rationnelle. En attendant, la presse se pose de plus en plus ouvertement la question de savoir s’ils ne sont pas quelque peu surévalués et si une sévère correction n’est pas sur le point d’advenir, tout en cachant quelque peu le danger par des périphrases lénifiantes sur la bonne probabilité des marchés à retrouver une calme stabilité. Sauf que des taux plus hauts pour les bons, ce sont des emprunts plus chers et que bien des pays ne peuvent guère se permettre. La France n’a de ce point de vue aucune marge de manœuvre. Des liquidités qui quittent les bons pour aller sur les marchés de matières premières, ce sont des prix du pétrole qui remontent et une facture énergétique qui grimpe. Là encore, la France pourrait trouver l’addition fort amère.

Quoi qu’il en soit, difficile de trouver dans ces éléments de quoi se réjouir, même timidement, d’une sortie de crise française, sortie qui n’apparaît que comme un gros souhait ardent lancé en l’air par une équipe dirigeante aux abois et complètement à la rue économiquement, dont les agitations spasmodiques de petits bras et de gros mentons carrés ne parviennent pas à fournir les effets attendus.

Et pendant que les guerres monétaires font rage, que les bons font des bonds, … la Chine continue discrètement son chemin vers l’étalon-or.

La Chine dépasse les USA
—-
Sur le web