La naissance d’une nouvelle nation : Liberland

Au beau milieu de l’Europe, la proclamation d’une micronation, à l’initiative d’un libertarien et eurosceptique. Avec pour devise « Vivre et laisser vivre ».

 

Liberland (photo : liberland.org)
Liberland (photo : liberland.org)

L’information m’a stupéfait. Je n’en avais pas entendu parler, et en particulier ici1.

Qu’est-ce qu’une micronation ?

Liberland est une micronation proclamée le 13 avril 2015 par Vít Jedlička, du Parti des citoyens libres, parti politique tchèque fondé en 2009, sur un territoire situé sur la rive ouest du Danube, entre la Serbie et la Croatie, qui représente à peine 7 km2.

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Je ne suis pas juriste, mais si je reprends quelques-uns des éléments trouvés sur Wikipédia, voici à quoi cela se réfère :

« Une micronation est une entité créée par un petit nombre de personnes, qui prétend au statut de nation indépendante ou qui en présente des caractéristiques, mais n’est pas formellement reconnue comme telle par des nations officielles ou par des organismes transnationaux (…) Généralement de petite taille (géographiquement et démographiquement), les micronations se caractérisent le plus souvent par une volonté de reconnaissance de leur souveraineté, par l’intermédiaire d’émission de passeports, de timbres, de monnaie et de titres de noblesse. Pour la plupart, faute de reconnaissance extérieure, elles n’ont d’activité visible que sur des publications papier ou internet (…) »

Sur quels principes reposerait cet État ?

Ici, en l’occurrence, Vít Jedlička espère, semble-t-il, créer un État sur un territoire non revendiqué et délaissé, malgré les différends frontaliers qui existent entre la Croatie et la Serbie. Une sorte de terra nullius (« terre sans maître »), en somme.

Son objectif, si je reprends les principaux éléments de ce qui est présenté sur Wikipédia, « est de créer une société où l’on peut prospérer sans lois, règlements et impôts d’État inefficaces et contraignants. Il prend exemple de pays comme Monaco ou le Liechtenstein. » Il s’agirait, en outre, d’un espace de libre-circulation. Sa constitution s’inspirerait de celle en vigueur en Suisse.

Trois autres points importants, et qui permettent à la fois d’entrer en résonance avec la définition de la micronation donnée plus haut, comme de préciser les contours du nouvel État :

  • La monnaie officielle sera basée sur un système de crypto-monnaie, mais toutes les autres monnaies seront autorisées.
  • Les politiciens auront l’obligation constitutionnelle d’interdire l’endettement de la nation.
  • Toute personne qui souhaite demander la citoyenneté est bienvenue (d’après ce que j’ai entendu, ils seraient déjà environ 200 000 à avoir franchi le pas et son initiateur en espérerait un million). Avec toutefois une restriction : « seuls les communistes, les néo-nazis, et les extrémistes ne sont pas admissibles à la citoyenneté du Liberland. » Un site internet existe et permet à la fois de se renseigner sur Liberland, comme d’y adhérer le cas échéant.

Quelle perception de Liberland ? Comment convaincre de son bien-fondé ?

Cette initiative un peu folle, ou tout au moins courageuse, se heurte, naturellement, au scepticisme auquel elle peut donner lieu. J’ai appris cette information au sujet de la proclamation de Liberland dans l’émission de radio 500 millions d’européens, sur BFM Business, le jour où j’écris cet article (2 mai 2015).

Quelles réactions de la part des intervenants ? En vrac :

  • scepticisme évident,
  • référence aux utopies,
  • allusion ironique à cet homme qui s’est « auto-proclamé Président » (notons, toutefois, qu’il est question, d’après ce que j’ai pu lire, « d’un gouvernement composé de « dix à vingt membres », suggéré pour l’administration du Liberland, avec un système de vote électronique qui sera utilisé pour élire les membres »),
  • ressenti articulé autour de la notion de « secte »,
  • association d’esprit spontanée de l’animateur de l’émission à « Hibernatus »,
  • idée classique de la part d’un autre intervenant selon laquelle « il ne faut pas tomber malade » ou « on ne tombe pas malade » (l’animateur) à Liberland, en référence à l’absence de système d’assurance sociale, pourtant si remarquable et enviée en France, c’est bien connu…

Quel devenir, donc, pour Liberland ? Projet fou, promis à l’échec ? Tentative pleine de promesses ? L’avenir le dira. En attendant, bonne chance à ses initiateurs !

  1. Mais j’imagine que certains, si ce n’est déjà fait, reprendront l’info pour approfondir la question et nous en apprendre davantage, raison pour laquelle j’écris ce petit article purement factuel.