Le retour de la crise de 2008 ?

Euro BCE (Crédits Maciej Janiec, licence Creative Commons)

Les dernières turbulences au sein des bourses européennes témoignent-elles en faveur de la politique de la BCE ?

Par Jacques Garello.

Euro BCE (Crédits Maciej Janiec, licence Creative Commons)
Euro BCE (Crédits Maciej Janiec, licence Creative Commons)

 

Va-t-on revivre le cauchemar de 2008 ? Deux événements récents laissent craindre pour la santé financière mondiale. D’une part, la réunion du FMI il y a quelques jours s’interrogeait sur la volatilité des marchés financiers, en particulier des marchés des changes. D’autre part, les bourses européennes se sont fortement repliées. Il y a quelques explications de court terme à ces turbulences. Mais il ne fait aucun doute que les politiques monétaires perturbent les marchés financiers.

Alarmes

L’alarme la plus impressionnante a été la clôture des bourses européennes il y a une semaine. Avec des mouvements de baisse entre 1 et 2% tout au long de la semaine, le CAC 40, le DAX, l’Eurostoxx terminent en repli de quelque 2% (1,55% pour le CAC, Paris a été plus calme). On peut dire qu’il y a eu conjonction de deux pannes : une panne technique parce que les terminaux de Blomberg, instruments sur lesquels travaillent tous les opérateurs, sont tombés en panne durant quelques heures et ont affolé les bourses, une panne de confiance dans la dette grecque, le FMI refusant de continuer à financer le gouvernement grec qui ne respecte aucun de ses engagements – au point qu’il ne peut emprunter maintenant qu’à un taux exorbitant (27%) !

Il peut donc s’agir d’un accident conjoncturel, sauf à préciser que les conséquences sur la cohésion européenne peuvent être graves – d’autant plus que les Anglais pourraient quitter l’Union suivant les résultats des élections.

Bien plus inquiétante est l’alarme lancée depuis plusieurs semaines par le FMI, consignée dans un rapport sur lequel les ministres des Finances ont débattu durant le week-end. Madame Lagarde et son équipe constatent que la volatilité des marchés financiers a atteint des sommets intolérables. Des mouvements spéculatifs sur quelques heures peuvent entraîner des fluctuations de quelque 50% sur certains actifs et, couramment, de quelque 10 à 20% pour les devises.

Le mode opératoire en cause ?

La volatilité s’explique sans doute par la façon dont les opérations financières se déroulent aujourd’hui. La rapidité des transactions conduit à la quasi-simultanéité et provoque des réactions elles aussi quasi-immédiates. Les traders utilisent des algorithmes qui ne sont pas adaptés à des mouvements si nombreux et si courts, les amplifiant ou les atténuant. Le FMI fait allusion à cet effet d’emballement, qui est aujourd’hui, dit-il, plus important qu’en 2008.

Mais parallèlement le FMI souligne aussi le rôle de la « guerre des monnaies », engagée depuis quelques mois, notamment depuis que la Banque Centrale Européenne a décidé de laisser déprécier l’euro en gonflant à l’excès son émission ; on sait que les premiers 60 milliards de rachats de titres et le taux d’intérêt zéro sont conçus pour se prolonger pendant plusieurs mois. Parallèlement, l’incertitude règne toujours sur le moment où Madame Janet Yellen se décidera à relever le taux d’intérêt de la Réserve Fédérale américaine.

Une fois engagée, la guerre des monnaies déclenche des réactions non maîtrisables : d’une part le protectionnisme pousse à des mesures de rétorsions, donc à une dégradation des échanges internationaux, d’autre part les débiteurs en dollars et les créanciers en euros sont mis dans une position inconfortable. Il y a de quoi déboussoler la Bourse.

L’inondation monétaire

D’un point de vue orthodoxe (non keynésien), la création inconsidérée de liquidités monétaires par les banques centrales ne peut avoir que des effets perturbateurs sur les marchés financiers. Le taux d’intérêt est le prix de l’argent, matière première des opérateurs boursiers. Avec un taux zéro la spéculation est encouragée. Certes, les cours des actions ont monté récemment parce que de nombreuses entreprises ont bénéficié de la baisse du prix de l’énergie et que la reprise américaine a également créé un certain optimisme. Mais n’y a-t-il pas une dérive quand des actifs plus que douteux sont négociés, comme des dettes souveraines qui n’inspirent pas confiance (même si elles n’atteignent pas l’impudeur des Grecs) ?

Les liquidités se portent ainsi vers des emplois d’une rentabilité douteuse et amènent beaucoup d’improvisations dans le circuit financier. Voilà des mois que, comme d’autres, nous déplorons cette politique. Non seulement elle conduit à des placements injustifiés, mais elle retarde de façon dangereuse les réformes structurelles qui s’imposeraient dans beaucoup de pays. Mais ce retard n’est-il pas voulu par les gouvernements qui spéculent sur la « compréhension » des banques centrales ?


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