Pour lutter contre le chômage, il est urgent de réformer le SMIC

img contrepoints146 courbe du chômage

Il est devenu urgent de réformer le smic pour enrayer la spirale du chômage en France

Par Vincent Delhomme
Un article de Trop Libre

img contrepoints146 courbe du chômageFace à un chômage de masse qui touche principalement les jeunes et les travailleurs non qualifiés, il est urgent de réformer le SMIC pour réintégrer ces populations au marché du travail.

Invité de l’émission Le Supplément ce dimanche, François Hollande l’a martelé, il demande à être jugé dans deux ans sur ses résultats en matière d’emploi. Sans baisse significative du chômage, celui-ci sait pertinemment que ses chances de réélection se trouveraient fortement hypothéquées. Problème social qui fracture profondément la société française, le chômage est également un poison politique en ce qu’il enlève toute crédibilité à la parole publique, incapable de résoudre un problème érigé en cause nationale depuis plusieurs décennies.

Rappelons tout d’abord un fait : le chômage en France ne touche majoritairement que les travailleurs peu ou pas qualifiés. Le taux de chômage des diplômés au-dessus du niveau du baccalauréat ne dépasse guère les 5%, lorsqu’il frôle les 15% pour les travailleurs non qualifiés1. C’est ce constat, à rebours des lieux communs, qui doit guider les politiques en matière d’emploi. Il est évident que toute baisse durable du chômage dans notre pays devra passer par l’amélioration des performances de nos systèmes d’éducation et de formation, et par la relance de l’activité économique. Mais comment recréer des emplois pour cette catégorie de travailleurs à plus court terme ? Il faut nécessairement se poser la question du coût du travail, et notamment du niveau du SMIC.

S’il n’est pas empiriquement prouvé que l’existence même d’un salaire minimum soit une cause du chômage, nombre d’économistes s’accordent à dire que, situé à un niveau trop élevé, il a certainement des effets négatifs sur l’emploi. Or, la France a un des salaires minimum les plus élevés au monde2, au 5e rang des pays de l’OCDE. Tandis qu’au cours de ces 20 dernières années, le salaire net moyen augmentait de 10% en termes réels, le SMIC gagnait 28%. Une partie de la population active non qualifiée en France coûte donc aujourd’hui trop cher à l’employeur par rapport à sa productivité, et se retrouve ainsi durablement exclue du marché du travail. On sait que la France a un marché du travail fortement polarisé, entre insiders bien protégés et outsiders précarisés. Le SMIC est devenu un facteur d’exclusion sociale.

Une première manière de baisser le coût des travailleurs les moins qualifiés, déjà largement exploitée par les gouvernements successifs, réside dans la baisse des charges sociales au niveau du SMIC. En effet, aujourd’hui, un smicard payé net 1128 € continue à coûter 1630 € à son employeur. L’avantage manifeste de cette solution est de baisser le coût du travailleur aux yeux de l’employeur sans toucher au niveau du SMIC lui-même. C’est l’une des solutions défendue par Sylvain Catherine, Augustin Landier et David Thesmar dans leur étude, Marché du travail : la grande fracture. Néanmoins, comme le rappelle Jean-Marc Vittori dans Les Échos, le Conseil constitutionnel ayant clos la possibilité de réduire les cotisations sociales pour les salariés, seules les cotisations patronales peuvent être diminuées, laissant ainsi une marge de manœuvre très réduite (de l’ordre d’une centaine d’euros, soit moins de 5% du coût total du SMIC). Une telle politique, bien que bénéfique, aurait donc des effets limités.

Il faudra donc accepter de toucher au niveau du SMIC pour mener une véritable politique de retour vers l’emploi des actifs non qualifiés. Des possibilités existent, comme une régionalisation du salaire minimum, car on ne vit évidemment pas de la même manière avec un SMIC en région parisienne et en zone rurale. Cela permettrait de s’attaquer au chômage dans certains bassins sinistrés où le niveau de vie est moins élevé, comme le Nord de la France. Il est également envisageable de créer un SMIC spécifique pour les actifs les moins qualifiés, les jeunes et les chômeurs de longue durée, plus bas au départ et qui augmente progressivement avec l’ancienneté. Un salaire minimum spécifique aux jeunes existe par exemple au Pays-Bas, où le chômage qui les touche est deux fois moins élevé qu’en France.

Politiquement explosive, la question du SMIC ne peut néanmoins pas être analysée sous le seul angle de son effet sur le chômage. Soyons clair, soutenir une baisse ciblée du SMIC ne signifie pas que l’on considère que son niveau actuel permette à tous les travailleurs qui le perçoivent de vivre dignement. Il ne s’agit pas non plus de considérer que certains individus ne méritent pas de retirer de leur travail plus que telle ou telle somme. Il s’agit simplement d’accepter le fait qu’un SMIC trop haut va à l’encontre même de son objectif social en limitant l’accès au marché du travail pour certaines catégories de la population.

L’État pourrait d’ailleurs réutiliser l’argent économisé par une baisse du SMIC et un retour vers l’emploi de certains bénéficiaires de minima sociaux pour compléter ce revenu moins élevé et lui permettre d’atteindre un niveau acceptable pour la collectivité. C’était l’idée première du RSA et l’idée qui semble guider la future prime d’activité prévue par le gouvernement. Ces dispositifs doivent être étendus. Une baisse du SMIC, compensée par un complément de revenus versé par l’État permettrait ainsi de faire diminuer le chômage en réintégrant de larges pans de la population au marché du travail, tout en leur assurant un niveau de revenu décent. Une réforme juste et efficace.


Sur le web.

  1. Sylvain Catherine, Augustin Landier et David Thesmar, « Marché du travail : la grande fracture », Institut Montaigne, février 2015.
  2. Sylvain Catherine, Augustin Landier et David Thesmar, « Marché du travail : la grande fracture », Institut Montaigne, février 2015.