Hillary Clinton : trois casseroles qui ne passent pas

Hillary Clinton traîne derrière elle un certain nombre d’affaires gênantes. Revenons sur trois d’entre elles.

Par Stéphane Montabert.

Hillary Clinton credits Talk Radio News Service (CC BY-NC-SA 2.0)
Hillary Clinton credits Talk Radio News Service (CC BY-NC-SA 2.0)

 

En annonçant sa candidature à la présidence des États-Unis, Hillary Clinton mit fin au suspense le plus faible de toute l’histoire politique américaine.

Choisie cinq fois par le Time pour figurer sur la liste des cent personnes les plus influentes au monde, elle ne fait face à aucune concurrence dans son propre camp. Personne dans le camp démocrate ne semble prêt à en découdre face à elle, ce qui donne un aperçu de sa mainmise sur le parti de gauche. Cependant, la victoire devant les électeurs ne sera pas forcément acquise, Hillary Clinton traînant derrière elle un certain nombre d’affaires gênantes. Revenons sur trois d’entre elles.

Whitewater Development Corporation

Les médias sont prompts à ramener sur la table l’épisode Clinton-Lewinski, mais cette affaire n’en est pas une ; Hillary Clinton était la victime trompée, et en joua avec talent dans les médias, alors que son mari était poursuivi pour avoir menti sous serment. En évoquant l’affaire Lewinski comme un des épisodes négatifs émaillant l’histoire d’Hillary, les médias lui rendent en fait service, mêlant un faux scandale à d’autres, bien vrais ceux-là, pour affaiblir la crédibilité de l’ensemble.

Le plus ancien scandale sérieux porté à notre connaissance est celui de la Whitewater Development Corporation, un projet de développement immobilier dans lequel le couple Clinton s’était associé avec Susan et Jim McDougal dans les années 70. Selon un certain témoignage, Bill Clinton, alors gouverneur de l’Arkansas, aurait fait pression sur un investisseur afin qu’il accorde un prêt illicite (car adossé à des fonds fédéraux) de 300.000 dollars à Susan McDougal.

Des enquêtes mirent en cause plusieurs proches collaborateurs des Clinton, dont Jim Guy Tucker, le successeur de Bill Clinton comme gouverneur de l’Arkansas. Il fut reconnu coupable et emprisonné pour fraude.

Bien qu’une quinzaine de personnes soient concernées et malgré les soupçons planant sur les Clinton, les enquêteurs ne parvinrent pas à les mettre en cause directement. La façon dont ils furent protégés était des plus étranges. Ainsi, Susan McDougal accepta d’aller en prison essentiellement pour avoir refusé de témoigner devant la cour face à des questions sous serment sur l’implication des Clinton. Ils ne furent blanchis que grâce à des silence de ce genre. Les Clinton surent toutefois démontrer leur gratitude quelques années plus tard ; ainsi Bill gracia Susan McDougal dans les tous derniers jours de sa présidence.

Encore voilée de mystère quarante ans plus tard, l’affaire Whitewater est symbolique de l’opacité dans laquelle les Clinton maintiennent leurs affaires.

L’attaque anti-américaine de Benghazi

clinton rené le honzecLe 11 septembre 2012, la représentation américaine à Benghazi, en Libye, fut attaquée par des terroristes islamistes. La responsabilité de la protection du personnel incombait à la secrétaire d’État en charge des affaires étrangères d’alors, c’est-à-dire Hillary Clinton. L’assaut, en deux endroits différents et à plusieurs heures d’intervalle, se solda par la mort de l’ambassadeur Christopher Stevens, le chef du renseignement Sean Smith et deux agents de la CIA, tous deux anciens navy SEALs, et d’une dizaine de blessés. La mort d’un ambassadeur à l’étranger était la première depuis plus de trente ans. Un mois plus tôt, il s’était inquiété du faible niveau de protection de la mission américaine dans la ville…

La gestion de la protection de l’ambassade, de l’attaque puis de la crise politique qui s’ensuivit fut un échec à tous les niveaux.

L’attaque commença le 11 septembre à 21h (3h de l’après-midi à Washington). Entre 125 et 150 assaillants, « certains portant les tuniques de style afghan prisées par les militants islamistes », d’autres équipés de masques et de gilets pare-balles, lancèrent l’attaque avec des lance-roquettes, des grenades à main, des AK-47, des fusils d’assaut de l’OTAN, des mortiers et des mitrailleuses lourdes montées sur des pick-ups. L’ambassadeur trouva la mort dans cette première attaque qui montra des défenseurs fort peu préparés, un système d’alerte défaillant, une chaîne de commandement désorganisée et une force de réaction inexistante.

Une seconde attaque eut lieu un peu plus tard, à 4h du matin heure locale, contre une annexe de la CIA située à moins de deux kilomètres de là. De nouveau, les défenseurs durent faire face à des tirs nourris, dont des tirs de mortier. L’un d’eux dévasta le sommet du bâtiment, tuant deux Américains.

De façon stupéfiante, et alors même que la veille le chef d’al-Qaeda Ayman al-Zawahiri annonçait pour l’anniversaire du 11 septembre une vague d’attaque contre les Américains en Libye, la première réaction américaine officielle fut de lier ces événements à une obscure vidéo de bande-annonce d’un film improbable, « L’innocence des musulmans », dont l’existence fut évoquée pour la première fois le jour même de l’assaut. Aussi absurde soit-elle, la manœuvre – relayée par quatre médias – visait sans aucun doute à couvrir les innombrables manquements du fiasco de Benghazi.

Le mensonge dura quelques temps, appuyé par toute la force de persuasion de l’administration Obama et empoisonna même le débat de l’élection présidentielle : l’attaque de Benghazi était une manifestation qui avait « dégénéré ». Mais le récit fut de plus en plus difficile à tenir face aux témoignages et à l’étalage d’armes lourdes employées contre les Américains. La thèse finit par s’effondrer complètement, le rapport d’enquête officiel ne laissant planer aucun doute sur le ridicule de la version d’une manifestation anti-américaine improvisée ayant basculé dans la violence.

Sans aller jusqu’à les qualifier de négligences criminelles, les conclusions de la commission d’enquête pointèrent directement l’incompétence de la secrétaire d’État Hillary Clinton en termes de leadership et de gestion de crise.

Le scandale des emails

La plus récente affaire en date concerne les emails de la politicienne. Le quotidien Libération donne avec sa complaisance habituelle un aperçu du sujet :

« Pendant ses quatre années passées au département d’État, lors du premier mandat de Barack Obama, Hillary Clinton n’a jamais disposé d’une adresse électronique du gouvernement fédéral. L’ancienne secrétaire d’État (…) utilisait sa boîte personnelle, moins protégée des risques de piratage. Une adresse mail personnelle ne peut être utilisée qu’en cas d’urgence lorsque l’on travaille pour les services de l’État fédéral, rappelle le New York Times. »

« Moins protégée des piratages ? » En effet. C’est d’ailleurs par le biais d’un hacker roumain prenant le contrôle du compte mail d’un proche des Clinton que l’on apprit l’existence de l’email particulier d’Hillary, utilisé dans sa fonction de Secrétaire d’État.

Hillary avait bien une adresse email gouvernementale mais choisit délibérément de ne pas l’utiliser. Pendant quatre ans, elle utilisa expressément un email privé, non encrypté et sans supervision, pour traiter d’affaires d’État officielles. Elle savait exactement ce qu’elle faisait puisque c’était précisément ce qui avait été reproché à des responsables de l’administration Bush en 2007, pris la main dans le sac à utiliser leurs boîtes mail personnelles pour ne pas avoir à livrer des échanges compromettants. À l’époque, Hillary était sénatrice, mais dans l’opposition.

Une fois installée dans sa fonction de Secrétaire d’État, elle céda elle-même à la facilité d’un mail « officieux », bien pratique pour entretenir une correspondance parallèle sans rendre de comptes à personne. Quelle excellente façon d’éviter d’avoir à divulguer quoi que ce soit à une éventuelle commission d’enquête !

Il est assez ironique de rappeler qu’en 2012 un ambassadeur fut sévèrement réprimandé puis licencié pour avoir utilisé un email privé dans un cadre professionnel. Histoire de lever le doute sur une éventuelle naïveté, Hillary Clinton signa elle-même, en 2011, un message enjoignant tous les ambassadeurs à ne pas utiliser des adresses privées dans le cadre de leurs activités professionnelles…

Prise la main dans le sac, Hillary prétendit que tout cela était en fait très transparent et livra des milliers de pages d’échanges comme preuve de sa bonne foi. Les enquêteurs eurent donc un aperçu de ce qu’Hillary voulait bien leur livrer, mais évidemment pas de ce qu’elle avait omis. Ensuite, par le plus grand des hasards, le serveur mail des Clinton clintonemail.com fut purement et simplement… formaté.

Nous ne saurons peut-être jamais les secrets que Mme Clinton a décidé d’effacer, mais elle n’est pas sortie d’affaire pour autant. Écrits dans le cadre de son travail de Secrétaire d’État, ces messages étaient la propriété du gouvernement américain ; elle est donc susceptible d’être accusée de destruction de biens de l’État. En outre, selon la date du formatage « accidentel » du serveur mail, elle pourrait également être poursuivie pour destruction de preuves. Enfin, tout son comportement est une violation flagrante des lois fédérales américaines sur l’archivage et la transparence.

L’affaire suit son cours.

Faire table rase du passé, un exercice difficile

D’une certaine façon, les auspices sont favorables à la candidature d’Hillary. D’une part, les médias acquis à sa cause veilleront à la présenter sous le jour le plus favorable possible, tout en dénigrant sans vergogne les candidats républicains. D’autre part, une proportion importante des électeurs démocrates votent en faveur d’un système et non d’une personne ; ils soutiendront simplement le candidat officiel qu’on leur désignera.

Cependant, Hillary Clinton ne pourra pas profiter de l’engouement qui avait porté Barack Obama avant son premier mandat. Présente dans le panier de crabes politique depuis l’université, première dame sous Bill Clinton, sénatrice de l’État de New-York sous la présidence Bush fils, secrétaire d’État dans le gouvernement d’Obama, elle est l’incarnation parfaite de la politicienne professionnelle, évoluant au sein des arcanes du pouvoir comme un poisson dans l’eau, allant se cacher sous un rocher en cas de courants défavorables.

La promesse du Hope and Change de Barack Obama avait beau être creuse, elle amenait les foules à se mobiliser ; Hillary représente tout le contraire de ce message. Elle illustre à merveille les élites de Washington, corrompues et éloignées des réalités, repoussant les gens normaux. Coupée du commun des mortels, voguant de congrès en sommets internationaux, considérant les allées du pouvoir comme son jardin, Hillary Clinton ne fait pas partie du sérail, elle incarne le sérail.

Les « affaires » suffiront-elles à ternir son éclat ? Cela dépend de la curiosité des électeurs à aller au-delà du discours des médias mainstream et de leur hagiographie permanente. Mais, surtout aux États-Unis, qu’on ne prenne pas à la légère la menace des sites alternatifs sur Internet ; ce sont eux, par exemple, qui contraignirent le président en exercice Barack Obama à éclaircir la controverse de son lieu de naissance.

Le premier adversaire d’Hillary ne viendra pas du camp républicain mais de son propre passé. Les médias parviendront-ils à le faire oublier pour la présenter comme une candidate toute neuve ? Son succès repose sur le maintien de cette illusion.


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