Grexit : le scénario catastrophe

Tsipras credits Lorenzo Gaudenzi (CC BY-NC-ND 2.0)

Que se passera-t-il quand le gouvernement de la Grèce reconnaitra qu’il ne pourra pas rembourser une de ses dettes à son échéance ?

Par Jean-Pierre Chevallier.

Tsipras credits Lorenzo Gaudenzi (CC BY-NC-ND 2.0)
Tsipras credits Lorenzo Gaudenzi (CC BY-NC-ND 2.0)

Pour répondre à cette question, il est nécessaire d’être très concret et de donner d’abord une réponse précise et technique portant sur l’analyse du bilan de la Banque (centrale) de Grèce (au 31 mars).

Le fait que l’État grec ne pourra pas rembourser une de ses dettes à son échéance signifiera qu’il sera alors en défaut de paiement et qu’il sera donc dans l’obligation d’imposer ultérieurement et durablement à tous ses créanciers un large abandon de leurs créances dont la valeur pourrait tomber… à quasiment zéro (à la limite en cas de non remboursement total des dettes publiques).

Première conséquence : la Banque de Grèce qui a à son actif 30,9 milliards d’euros de titres (rubrique 7) constitués principalement de mauvais bons du Trésor grec devra comptabiliser une perte au pire de ce montant de 30,9 milliards (en supposant que l’État grec ne remboursera pas la totalité de ses dettes) et au mieux de 15 milliards d’abandons (forcés mais volontaires !) de ses créances (en supposant que l’État grec ne remboursera que la moitié de ses dettes),

Document 1 :

chevallier doc 1 21 avril 2015

Par ailleurs, les banques grecques qui ont acquis également pour un certain nombre de milliards d’euros de mauvais bons du Trésor grec, seront également en faillite.

La Banque de Grèce qui leur a prêté 107,3 milliards d’euros (rubriques 5 et 6 de l’actif) devra donc comptabiliser elle aussi une perte au pire de ce montant de 107,3 milliards (en supposant que l’État grec ne remboursera pas ses dettes), et au mieux de 50 milliards d’abandons de créances (en supposant que l’État grec ne remboursera que la moitié de ses dettes) !

Comme le montant des capitaux propres de la Banque de Grèce était fin mars de… 815 millions d’euros (rubrique 13), elle sera de ce fait immédiatement indubitablement en faillite !

Document 2 :

chevallier doc 2 21 avril 2015

Une banque centrale en faillite est une banque qui n’existe plus, donc la Banque de Grèce sera de ce fait hors de l’euro-système.
C’est simple, clair, facile à comprendre.
Ce sera alors le point de départ d’une chute de dominos…

Les conséquences seront terribles, d’abord pour les Grecs en Grèce car, n’étant plus dans l’euro-système, l’euro ne sera plus la monnaie officielle de la Grèce.
Comme il est inconcevable qu’un pays comme la Grèce se retrouve sans monnaie officielle, les autorités grecques devront en adopter une, en ressuscitant la drachme par exemple, dont le cours par rapport à l’euro sera défini officiellement, mais qui devrait chuter assez rapidement en fait.

Dès lors, deux monnaies circuleront en Grèce : de (relativement) bons euros qui resteront en circulation sous la forme de billets (27 milliards d’euros) et de pièces, et la drachme que personne ne voudra conserver mais qui sera l’unité monétaire des comptes bancaires, là où se trouve l’essentiel de l’argent (la masse monétaire M3 est actuellement de 173 milliards d’euros).

Le KO tournera vite au chaos car beaucoup de Grecs seront ruinés. Ils auront des difficultés à vivre normalement et même à survivre.

C’est toujours ce qu’il se passe quand les systèmes bancaire, financier et économique s’écroulent dans un pays.
La meilleure référence est à ce sujet celle de l’Argentine qui avait arrimé pendant une dizaine d’années son peso au dollar des États-Unis.

Grèves, manifestations violentes, trafics, contrebande, État impuissant, cas dramatiques… seront le lot commun de la plupart des Grecs avec un très fort ressentiment anti-européen et antiallemand.

Hors de la Grèce, les turbulences seront très fortes…

D’abord, les dirigeants de la BCE seront obligés de comptabiliser leurs pertes qui devraient être de l’ordre de 100 à 200 milliards d’euros, ce qui ne posera pas de problèmes majeurs car les capitaux propres de la BCE sont de 500 milliards.

Il en sera de même pour le FMI.

Les hommes politiques diront qu’ils auront tout fait pour ne pas en arriver à cette situation.
Les centaines de milliards de prêts accordés généreusement par les États européens ne seront jamais remboursés, ce qui ne fera qu’accentuer l’€-crise surtout dans les pays du « Club Med ».

Les marchés d’actions plongeront, le cours de l’euro baissera par rapport aux autres monnaies dont le dollar (US$).
Les rendements de bons de Trésors de l’eurozone baisseront encore, d’autres, plus vulnérables s’envoleront.
Un désordre durable s’accentuera dans la vieille Europe continentale en crise.

La croissance et l’inflation des États-Unis seront contenues grâce à ces turbulences, ce qui est absolument parfait pour les Américains qui garderont leur leadership sur le Monde libre.

Bien entendu, comme l’euro est une monnaie contre nature et comme la zone euro est un asile de fous, les fous qui sont à la tête des autorités peuvent continuer à prendre des décisions en dehors de toute logique bancaire, financière et économique, ce qu’ils ont déjà fait en laissant perdurer une situation qui n’aurait jamais dû se produire (la Grèce n’aurait jamais dû intégrer la zone euro, et l’ayant fait, elle aurait dû en sortir en douceur avant d’en arriver à ces extrémités).

Ce qui se sera passé dans la zone euro aura toujours été en dehors de toute logique élémentaire.

  • Cliquer ici pour voir le dernier bilan de la Banque de Grèce.

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