Cette droite qui assume totalement son antilibéralisme

surveillance credits jonathan McIntosh (licence creative commons)

La droite pinaille sur la loi Macron, mais valide celle sur le renseignement généralisé…

Par le Parisien libéral.

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surveillance credits jonathan McIntosh (CC BY-SA 2.0)

 

Qu’est-ce que le libéralisme ? Le libéralisme est un ensemble de courants de philosophie politique visant à faire reconnaître la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur l’autorité du souverain (que ce souverain soit un monarque ou le peuple). Depuis plusieurs siècles maintenant, le libéralisme a instauré la démocratie, fondée notamment sur le principe de séparation des pouvoirs et l’existence de contre-pouvoirs, et a rendu possible le développement d’une économie libre, fondée sur les droits de propriété et la concurrence. Quels que soient leurs nuances et leurs débats, les libéraux s’accorderont tous à dire que la base de tout, c’est l’individu, et le respect de ses droits naturels (la liberté, l’égalité, la propriété, la sûreté, la résistance à l’oppression, tous contenus dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen).

Les philosophies étatistes, elles, prônent exactement l’inverse. Elles n’accordent aucune importance à l’individu. Par exemple, pour le socialisme, il n’y a pas d’individus avant tout, il y a d’abord une « société », et pour le national-socialisme, la société doit se confondre avec son État, un peu comme quand on explique que la nation française et l’État français, c’est la même chose.

Depuis 1789, les principes libéraux ont été largement altérés par une progression continue de l’interventionnisme public, dans toutes les sphères, à tous les niveaux. Mais on aurait pu croire que cet interventionnisme ne serait pas défendu par tous et que le jeu de la démocratie permettrait de présenter sur le spectre politique des opinions alternatives au « toujours plus d’État » qui semble si ancré en France. Il n’en est rien.

Les médias disent fréquemment que les différents courants de la droite, y compris le sarkozysme, sont libéraux, et que lorsque le PS s’éloigne de son extrême gauche pour aller vers le vallsisme, il devient « social-libéral ». Mais là encore, il n’en est rien.

Il y a une conséquence fabuleuse au bipartisme qui découle des institutions de la Vème république : les députés se retrouvent à devoir voter contre ce qu’ils pensent. C’est vrai de la gauche, qui se voit obligée de voter des projets de loi en totale contradiction avec le discours du Bourget de François Hollande, par exemple, mais c’est vrai aussi de la droite, qui pinaille sur la loi Macron, mais valide la loi sur le renseignement…

Mais dans le cas de la droite française, il est vrai que les institutions ne sont pas seules en cause. Elles agissent, en ce qui concerne certaines, comme un véritable révélateur de l’antilibéralisme qui anime en réalité l’esprit d’un grand nombre de députés UMP et UDI. Ne parlons même pas du Front National, il est aligné sur son alter ego le Front de Gauche.

Ainsi, existent deux gros projets de loi qui devraient, en ce moment, retenir toute notre attention. Ils semblent un peu plus important que les affaires internes à la famille Le Pen, ou le fait que telle tenniswoman soit enceinte.

  • Le premier de ces projets de lois est le projet de loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques (dit loi Macron).
  • Le second de ces projets de lois est le Projet de loi renseignement.
  • On pourrait ajouter à cette liste le projet de loi santé (dit loi Touraine).

Ces projets de loi n’ont pas la même philosophie, même s’ils émanent tous d’un gouvernement socialiste.

Le rejet de la loi Macron, révélateur de l’antilibéralisme de la droite

Macron souhaite transcrire dans le droit français certaines des conclusions du rapport Attali, celui qui était censé servir de livre de chevet à l’ancien président de la République. Certes, il ne s’agit absolument pas d’un big bang comme aurait pu le faire Margaret Thatcher, mais le Parti Libéral Démocrate aussi bien que Jean-Christophe Fromantin (UDI) l’affirment : c’est un pas dans la bonne direction.

Alors quand on voit des élus de droite et du centre comme Morin-Desailly, Estrosi ou Huygues amender la loi Macron pour « encadrer le moteur de recherche Google », rejeter la privatisation des aéroports régionaux, être plus à gauche que le gouvernement sur le don du sang (comme si sa libéralisation était un danger) et défendre les professions réglementées, on voit bien ce qu’il en est : au delà des postures politiciennes, la droite n’est, à quelques exceptions près (Hervé Mariton, Frédéric Lefebvre), pas vraiment prête à une révolution libérale. Mention spéciale, dans ce contexte, à leur chef qui se déclare maintenant contre les auto-entrepreneurs, pourtant l’une des rares mesures libérales du précédent quinquennat  !

Voila où en est l’UMP : à rejeter une loi qui vise, dans l’ensemble, à commencer à libérer un peu l’économie française de son carcan, elle qui, en dix ans, n’a su ni réformer les professions réglementées, ni supprimer les 35h, ni mettre en concurrence la Sécurité Sociale, ni supprimer le code du travail.

Le soutien de la loi sur le renseignement, révélateur de l’ultra-étatisme de la droite

Le socialiste Jean-Jacques Urvoas, rapporteur du projet de loi renseignement, et le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, tous deux membres du PS, sont eux dans une tout autre optique qu’Emmanuel Macron. Le but explicite du projet de loi renseignement, un piratage informatique légalisé et généralisé, est de renforcer les moyens d’action des services de renseignement via l’usage d’outils de surveillance, sans l’aval d’un juge, dès lors que cette quête répond « aux intérêts publics suivants » :

  • La sécurité nationale
  • Les intérêts essentiels de la politique étrangère
  • Les intérêts économiques et scientifiques essentiels de la France
  • La prévention du terrorisme
  • La prévention de la reconstitution ou du maintien de groupement dissous
  • La prévention de la criminalité et de la délinquance organisées
  • La prévention des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique

Le principe de base de ce projet de loi est que les « honnêtes gens » n’ont rien à cacher, et qu’il faut sacrifier nos libertés au profit de plus de sécurité.

Ce projet de loi a été dénoncé par un grand nombre d’organisations dont le souci est la protection des droits de l’homme : Amnesty International, la Quadrature du Net, Reporters sans frontières, le Syndicat de la Magistrature (!), la Ligue des droits de l’homme, la CNIL, Charlie Hebdo. Au niveau politique, le Parti Pirate, le Parti Libéral Démocrate, le Parti de Gauche s’opposent aussi à ce projet de loi, mais en revanche, l’UMP, elle, « votera le texte ».

Protéger les libertés civiles, c’est faire de la politique politicienne ? Étrange raisonnement de la part de quelqu’un qui est obligé de téléphoner sous pseudo avec des mobiles prépayés pour parler à son avocat et qui sait, de par son vécu, que l’État use de moyens à la légalité douteuse à des fins politiciennes, notamment en écoutant des conversations entre un avocat et son client.

Nul ne pourra dire qu’il ne savait pas, même les députés UMP. Et les mêmes qui défendent le projet de loi renseignement aujourd’hui, sont aussi ceux qui vont nous parler de cabinet noir ou d’acharnement du public sur la transparence quand leur vie privée sera étalée demain ?

Y a-t-il une opposition libérale en France aujourd’hui, qui soutiendrait le gouvernement quand il desserrerait le carcan étatique qui enserre l’économie mais le rappellerait à l’ordre quand ce même gouvernement serait tenté par des mesures liberticides ? En dehors de quelques rares députés qui parfois se distinguent à droite, on peut dire que non. L’UMP est totalement alignée sur l’ultra-étatisme de la gauche socialiste, celle qui, comme les conservateurs de droite, rejettent la loi Macron mais soutiennent le projet de loi renseignement. Que la presse cesse donc de parler du supposé (ultra) libéralisme de la droite.

En attendant que le Parti Libéral Démocrate ait des élus au Palais Bourbon, nous semblons enfermés dans un dialogue entre étatistes et dirigistes pour lesquels la libre-concurrence et la séparation des pouvoirs ne sont pas des concepts importants.


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