Haïr les Américains et les armes à feu, une valeur québécoise ?

walter P22 armes credits Anas Ahmad (licence creative commons)

Les artistes, les intellectuels et l’ensemble des médias se donnent bonne conscience en diabolisant les armes.

Au Québec, haïr les Américains et les armes à feu s’est imposé comme valeur. Les artistes, les intellectuels et l’ensemble des médias se donnent bonne conscience en les diabolisant.

Par Serge Rouleau, depuis le Québec.

walter P22 armes credits Anas Ahmad (licence creative commons)
walter P22 armes credits Anas Ahmad (CC BY-NC-ND 2.0)

Le 27 mars dernier, la Cour Suprême du Canada a conclu que le gouvernement fédéral n’avait pas l’obligation de remettre les données du défunt registre des armes d’épaule au gouvernement du Québec. La ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, sans même réfléchir, a aussitôt répliqué que le Québec créerait son propre registre avec ou sans les données d’Ottawa.

Je n’arrive pas à comprendre l’entêtement du gouvernement du Québec à vouloir créer un registre des armes d’épaule aussi inutile que coûteux. La ministre Thériault a imprudemment avancé le chiffre de 30 millions de dollars pour créer un nouveau registre. Faut-il rappeler à la ministre que le défunt registre du gouvernement fédéral devait coûter 2 millions $, mais à la fin a coûté mille fois plus. Dans un contexte de rigueur budgétaire où chaque dollar économisé compte, cet entêtement n’est pas seulement contre-productif, il est irresponsable.

Un registre inutile 

Les représentants hyperactifs du lobby pro-registre affirment que c’est un bien petit prix à payer pour éviter des catastrophes comme celle de l’Assemblée nationale (caporal Lortie), de Polytechnique (Marc Lépine), du collège Dawson (Kimveer Gill) et de l’université Concordia (Valéry Fabrikant). Ne savent-ils pas que dans chacun de ces cas, les armes utilisées étaient dûment enregistrées? Il faut vraiment être de mauvaise foi pour prétendre qu’une arme enregistrée protégera la population des méfaits d’un détraqué.

Ils prétendent aussi que le registre est un outil utilisé par les policiers lorsqu’ils répondent à un appel d’urgence. Il leur permet de déterminer si l’individu recherché possède une arme. C’est pourtant tout le contraire. Je doute qu’un détraqué se dise : « zut, mon arme est enregistrée, je ne peux donc pas m’en servir ». Même si la personne interpellée ne possède pas d’arme à feu, elle représente toujours un danger sérieux pour les policiers. Un marteau, une hache ou une pioche sont des outils potentiellement létaux. Donc, un policier qui supposerait que la personne interpellée est non armée, puisque son nom ne figure pas dans le registre, mettrait en danger sa vie et celle de ses coéquipiers. Enfin, les criminels n’enregistrent pas leurs armes.

La politique a ses raisons que la raison ignore 

Il faut donc chercher ailleurs les motivations du lobby pro-registre et des politiciens qui militent en faveur de la création d’un registre des armes d’épaule.
Les politiciens font fi de la réalité, car ce qui compte pour eux c’est de donner l’impression qu’ils agissent pour protéger la population des crimes commis par arme à feu. Ils choisissent donc d’appuyer le lobby pro-registre et de donner l’illusion que la sécurité publique est renforcée grâce à celui-ci.

La pensée unique véhiculée par les médias laisse croire que les Québécois supportent quasi unanimement le registre. Donc, tous les politiciens chantent en cœur « il nous faut un registre ». En clair, les considérations électoralistes priment toujours.

Les mauvaises priorités

Si le but du gouvernement était réellement de sauver des vies, il existe des dossiers autrement plus importants que celui du registre des armes d’épaule. Malheureusement, il n’y a jamais eu de débat dans ce dossier monté en épingle par les arguments hyper émotifs du lobby pro-registre.

Par exemple, selon l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, près d’une personne sur cinq souffrira d’une maladie mentale au cours de sa vie. La maladie mentale est très fréquente et les troubles mentaux représentent près de 20 % de la charge de morbidité pour notre société, se situant ainsi au 2e rang, comparativement à 23 % pour les maladies cardiovasculaires et 11 % pour les cancers. Le taux d’homicide par arme d’épaule au Canada est de moins de 0,1 par 100 000 personnes, environ une trentaine d’homicides par année pour tout le Canada.

La dépression fait plus de victimes que les accidents de la route. Le nombre de suicides reliés à la dépression (environ 950 par an) dépasse le nombre de décès sur les routes du Québec (environ 600 par année). En effet, 80 % des gens qui se sont suicidés souffraient de dépression.

Dans le contexte de rigueur budgétaire actuel, dépenser 30 millions de dollars pour créer un registre des armes d’épaule, pour faire plaisir à un groupe de pression qui carbure à l’émotion, est non seulement irresponsable, c’est criminel.

Conclusion 

Comment expliquer que pas un seul député de l’opposition, par nature réfractaire à tout ce que le parti au pouvoir propose, s’oppose à ce projet coûteux et inutile ?
Au Québec, haïr les Américains et les armes à feu s’est imposé comme valeur québécoise. Les artistes, les intellectuels et l’ensemble des médias se donnent bonne conscience en diabolisant les Américains et les armes à feu. Tout politicien qui oserait remettre en question la nécessité d’un registre des armes d’épaule serait rapidement lapidé en place publique et relégué aux banquettes arrière de l’Assemblée nationale, voire banni de son parti.