La débâcle du Venezuela, un résultat prévisible du socialisme

Nicolas Maduro le 4 décembre 2014 (Crédits : Presidencia de la República del Ecuador, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Le Venezuela prouve une fois de plus que le socialisme détruit la richesse et appauvrit la population.

Par le Minarchiste

Nicolas Maduro 4 décembre 2014 Credit Presidencia de la República del Ecuador (creative commons)
Nicolas Maduro le 4 décembre 2014 (Crédits : Presidencia de la República del Ecuador, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

 

En 2009, j’avais analysé en profondeur la situation socio-économique du Venezuela et son évolution sous le règne d’Hugo Chávez (parties 1, 2, 3 et 4). Voici ce que j’écrivais en conclusion :

« Au cours de sa présidence, Chavez a utilisé les revenus provenant du pétrole, lesquels ont explosé grâce à la hausse fulgurante du prix du pétrole, pour aider les plus démunis. C’était une stratégie plutôt simple et efficace pour prendre le pouvoir puisque au début de son premier mandat, environ 50% de la population du pays était considérée comme pauvre (ce chiffre est descendu à 31,5% au début de 2008).

S’il advenait une baisse du prix du pétrole ou de la production, il aurait à couper drastiquement dans les dépenses, à défaut de quoi il mettrait le pays dans une situation financière encore plus précaire.

Selon moi, c’est la production de PDVSA qui sonnera le glas de Chávez. Avec toute son ingérence dans l’industrie pétrolière du pays, la production de pétrole est en chute libre. Le prix du pétrole continuera certes d’augmenter au cours des dix prochaines années, mais à un rythme moindre qu’au cours des dix dernières années. S’il fallait que la production baisse plus vite que le prix ne monte, les revenus de l’État chuteront et Chávez devra couper dans le filet social. Les conséquences seront fatales pour le chavismo…

Présentement, le Venezuela est clairement sur les traces de Cuba ; i.e. que Chávez est en train d’amener le pays, peu à peu, vers une dictature socialiste militaire-totalitaire. »

Aujourd’hui, plus de 5 ans après la publication de ces articles, il s’avère malheureusement que j’ai eu raison sur plusieurs points.

Le régime manque de devises étrangères, ce qui l’empêche d’importer des produits de première nécessité et de payer ses dettes. Environ 75% des biens consommés au Venezuela sont importés. Le pays fait face à des pénuries de biens essentiels comme le lait et la farine, en passant par le shampooing, le papier de toilette et les serviettes sanitaires. Des files d’attente de plusieurs centaines de personnes se forment chaque jour devant les supermarchés. Une dizaine de patients sont récemment décédés dans un hôpital de Caracas par manque de valves coronariennes.

L’administration Maduro blâme les commerçants et impose des contrôles de prix, ce qui a évidemment comme conséquence d’accentuer les pénuries. Des dirigeants de pharmacies et de supermarchés ont été arrêtés. Il est maintenant interdit de photographier les étagères vides des supermarchés appartenant au gouvernement, et des journalistes ont été arrêtés pour avoir dénoncé ces pénuries.

Entre 2000 et 2012, le gouvernement a bénéficié d’environ $800 milliards de revenus pétroliers, ce qui est environ 2,5 fois plus que durant les 13 années précédentes (ajusté pour l’inflation). C’est ce qui a permis à Chávez d’ancrer son régime. Le nombre de fonctionnaires a plus que doublé en 16 ans tandis que le dirigeant expropriait ou nationalisait 1.200 entreprises. Le déficit de gouvernement a explosé à 20% du PIB et la dette du pays a fortement augmenté. L’inflation s’est accélérée tandis que le PIB est en diminution. La pauvreté a recommencé à augmenter, tout comme l’insatisfaction de la population.

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Les réserves de change ne se situent maintenant qu’à $21,4 milliards alors que le pays fait face à des sorties de fonds de $35 milliards cette année. Devant une situation financière aussi précaire, le gouvernement est en mode gestion de crise et tente d’obtenir des prêts d’urgence auprès d’autres pays. Les marchés financiers reflètent une probabilité de 65% de défaut du pays sur sa dette en 2015. En novembre 2014, le pays a été sauvé par un prêt chinois de $4 milliards, mais cet argent fond comme neige au soleil. Si bien que la Chine annonçait il y a quelques jours qu’elle prêtera de nouveau $10 milliards au Venezuela pour lui permettre de subsister quelques mois de plus.

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Le taux d’approbation de Maduro a chuté à 20%. Une élection présidentielle aura lieu plus tard en 2015. Par ailleurs, le parti de Maduro, le PSUV, une coalition de groupuscules socialistes, est en train de se démanteler. Certains membres du parti accusent Maduro de trahir Chávez et de ne pas être assez radical dans son application de la révolution socialiste bolivarienne ! De plus, il y a de plus en plus de frictions entre l’armée et les milices bolivariennes armées.

Par ailleurs, le pays s’approche de plus en plus du totalitarisme. Le 27 janvier dernier, le ministre de la défense a imposé un décret permettant à l’armée d’utiliser leurs armes contre des protestants s’ils font preuve de violence. L’obstruction envers les médias indépendants a continué. Seulement le quart de la population a confiance en l’autorité électorale. Les prisonniers politiques se font de plus en plus nombreux, incluant Leopoldo Lopez, fondateur du parti Voluntad Popular, mis « provisoirement » en prison, il y croupit depuis un an, ainsi que le maire de la capitale Caracas, Antonio Ledezma.

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En 2003, Chavez avait renvoyé 18.000 employés (50%) de PDVSA1 parce qu’ils avaient participé à une manifestation dénonçant la politisation de cette entreprise d’État. Beaucoup de ces gens constituaient l’intelligentsia de PDVSA et durent s’expatrier aux États-Unis, au Mexique, en Colombie, au Pérou et même en Alberta. La communauté vénézuélienne de l’Alberta est passée de 465 en 2001 à 3.860 en 2011 ! L’un d’eux a même fondé un nouveau centre de recherches à l’Université de Calgary. Mais c’est certainement la Colombie qui a le plus bénéficié de l’exode des cerveaux du Venezuela.

Par ailleurs, la surévaluation du Bolivar imposée par le gouvernement du Venezuela nuit aussi beaucoup aux opérations de PDVSA. En fait, ce que l’on a observé est que si on dilapide le capital d’une entreprise plutôt que d’y réinvestir, sa production ne peut qu’en souffrir. C’est l’accumulation du capital productif par l’investissement qui pousse la productivité et engendre la richesse.

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Conclusion

Plutôt que de porter le blâme et changer le système, Maduro préfère rejeter la responsabilité de cette débâcle sur le dos de la politique « impérialiste » des États-Unis. Le Président est devenu quasi paranoïaque et voit des complots partout.

Malheureusement, le Venezuela prouve une fois de plus que le socialisme détruit la richesse et appauvrit la population. Par ailleurs, un régime socialiste ne peut subsister qu’en affaiblissant constamment la démocratie et les libertés individuelles, jusqu’à sombrer dans le totalitarisme militaire. Espérons que le monde apprendra une fois pour toutes des erreurs des Vénézuéliens…


Sources :


Sur le web.

  1.  Petróleos de Venezuela SA (PDVSA) est la compagnie pétrolière appartenant à l’État vénézuélien.