Une économie croissante nécessite-t-elle un accroissement de la masse monétaire ?

Planche à billets (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Que penser de l’idée selon laquelle la monnaie soutient l’activité économique ?

Par Frank Shostak
Un article du Mises Institute

Planche à billets  (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

La plupart des économistes soutiennent qu’une économie croissante requiert un accroissement de la masse monétaire, en raison du fait que la croissance économique donne lieu à une plus grande demande monétaire, laquelle doit être prise en compte. Autrement, prétendent-ils, le prix des biens et des services chuterait, ce qui déstabiliserait alors l’économie et conduirait à une récession économique, voire à une dépression.

Dans le système de l’étalon-or, étant donné qu’une partie considérable de l’or extrait des mines est utilisée pour l’orfèvrerie, le stock de monnaie en or reste quasiment inchangé au cours du temps. Certains prétendent que le marché libre, parce qu’il n’offre pas suffisamment d’or, peut causer une pénurie de masse monétaire. Ce qui conduirait à un risque de déstabilisation de l’économie.

L’idée que la masse monétaire doit croître afin de soutenir la croissance économique semble impliquer que la monnaie, d’une façon ou d’une autre, soutient l’activité économique. Si cela était vrai, alors la plupart des économies du Tiers-Monde aurait déjà éliminé la pauvreté en imprimant une grande quantité de monnaie.

Selon Murray Rothbard1 :

« La monnaie, en soi, ne peut ni être consommée, ni être utilisée directement en tant que bien de production au sein du processus productif. La monnaie, en soi, est donc improductive ; c’est un stock mort qui ne produit rien. » 

Le rôle principal de la monnaie consiste simplement à être un moyen d’échange. La monnaie ne soutient pas et ne finance pas l’activité économique réelle ; c’est l’épargne des véritables biens et services qui remplit cette fonction. En remplissant ce rôle de moyen d’échange, la monnaie ne fait que faciliter le flux de biens et de services.

Dans un marché libre, de façon similaire aux autres biens, le prix de la monnaie est déterminé par l’offre et la demande. En conséquence, s’il y a moins de monnaie, sa valeur d’échange va croître. Inversement, sa valeur d’échange va décroitre lorsqu’il y aura plus de monnaie.

Ainsi, dans le cadre d’un marché libre, il ne peut y avoir « trop » ou « trop peu » de monnaie. Tant que le marché n’est pas entravé, aucune pénurie de monnaie ne peut apparaitre. En conséquence, une fois que le marché a opté pour une marchandise particulière qui fasse office de monnaie, le stock donné sera toujours suffisant pour garantir les services que la monnaie offre.

Selon Ludwig von Mises2 :

« Comme le fonctionnement du marché tend à porter le pouvoir d’achat de la monnaie, dans son état final, à un degré où la demande et l’offre de monnaie coïncident, il ne peut jamais y avoir excès ou manque de monnaie. Tout individu, et tous les individus ensemble, bénéficient toujours des avantages qu’ils peuvent tirer de l’échange indirect et de l’emploi de la monnaie, que la quantité totale de monnaie soit grande ou petite. […] Les services que rend la monnaie ne peuvent être ni améliorés ni restaurés par un changement dans la masse de monnaie disponible. […] La quantité de monnaie disponible dans l’ensemble de l’économie est toujours suffisante pour assurer à tout un chacun tout ce que la monnaie est capable de faire. »


Article original titré « Does a Growing Economy Require an Expanding Money Supply? » publié sur le blog du Mises Institute. Traduction : Mallory Châtel de Bénazé pour Contrepoints.

  1. Man, Economy and State, Murray Rothbard, page 765.
  2.  L’Action humain, Ludwig von Mises ; édition traduite par Raoul Audouin, page 487.
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