Lettre ouverte au nouveau DG du Crédit Agricole

Lettre ouverte d’Ida De Chavagnac à Philippe Brassac, nouveau PDG du Crédit Agricole

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Lettre ouverte au nouveau DG du Crédit Agricole

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 29 mars 2015
- A +

Cette lettre ouverte a suscité une demande de droit de réponse du Crédit Agricole, accessible à la suite du texte initial.

Credit_agricole-300x130Il y a quelques mois, Contrepoints interviewait Ida De Chavagnac, ancienne analyste des contreparties au sein du groupe Crédit Agricole. Elle affirmait avoir été injustement licenciée pour avoir de bonne foi joué son rôle de lanceur d’alerte, contre les pratiques surprenantes de l’un de ses supérieurs. Aujourd’hui, à l’occasion de la nomination de Philippe Brassac à la tête du Crédit Agricole, Ida De Chavagnac a décidé de lui écrire une lettre ouverte, que nous vous proposons ici.

 

Monsieur le Directeur Général,

Je me permets de m’adresser à vous car j’ai appris votre récente nomination à la direction du groupe Crédit Agricole.

Après avoir travaillé 18 ans au service du Crédit agricole, je partage avec vous un profond attachement à ce beau groupe bancaire. Tout au long de ces années, j’ai pu apprécier la mission de cette banque, qui a d’abord aidé la population agricole française à avoir accès à la propriété, puis s’est tournée vers l’ensemble des Français et enfin les entreprises pour leur apporter tous les services bancaires modernes. Le dévouement et le professionnalisme des salariés du groupe ont porté leurs fruits et aujourd’hui le Crédit Agricole est la banque d’un Français sur quatre, le premier partenaire financier de l’économie française et un leader mondialement reconnu.

J’ai, pour ma part, effectué toute ma carrière en tant qu’analyste dans les services de risques des salles des marchés du groupe Crédit Agricole. Je me suis toujours efforcée de remplir cette fonction avec toute l’application, le sérieux, la rigueur et la prudence nécessaires.

Malheureusement, à partir de 2010, j’ai constaté certaines dérives de la part de mon supérieur hiérarchique, responsable de risques de contreparties sur certaines institutions financières chez Crédit Agricole CIB. Il s’agissait d’infractions à la réglementation bancaire, de prises de risques inconsidérés et d’une tentative de corruption. J’ai sacrifié ma carrière et mes intérêts financiers pour alerter ma hiérarchie sur ces infractions. Lorsque j’ai demandé à rencontrer mon Directeur Général Adjoint chez CACIB, celui-ci a refusé de m’entendre et m’a licenciée. J’ai donc perdu mon emploi et mon honneur pour avoir fait mon devoir de salariée.

Aucun des faits que j’ai dénoncés n’a été démenti car ceux-ci sont prouvés et rigoureusement exacts. Mais depuis un an et demi, aucun des dirigeants du Crédit Agricole n’a essayé de remédier à ces dérives.

Des milliers de salariés du Crédit Agricole travaillent dans la mise en place et le respect de règles de prudence. On ne peut pas envisager que leur travail soit considéré comme inutile et que le respect des règles ne fasse pas partie de vos priorités.

Depuis septembre 2014, j’ai informé certains journalistes de mon alerte ; désormais mes inquiétudes sont partagées aussi par des clients du Crédit Agricole.

Vous ne pouvez rester muet face à tous ces salariés troublés dans l’exercice de leur fonction, ni tous ces clients inquiets qui ont déposé toutes leurs économies sur vos comptes.

Puisque vous avez accepté la responsabilité de la direction du groupe Crédit Agricole, fleuron de l’industrie bancaire française, vous avez désormais le choix entre poursuivre la stratégie du silence face à mon alerte, qui risquerait de nuire gravement à la pérennité du groupe, ou avoir le courage d’affronter la difficulté et y apporter des solutions efficaces et réparatrices.

Je me permets donc de vous demander un rendez-vous afin que je puisse vous présenter les solutions que je suggère pour remédier à ces dysfonctionnements.

Ne laissez pas croire que le Crédit Agricole a perdu son bon sens et qu’il délaisse sa clientèle de particuliers pour se perdre dans les excès de la haute finance.

En vous remerciant par avance du temps que vous voudrez bien m’accorder lors de notre rencontre, je vous prie de croire à ma considération distinguée.

Ida de Chavagnac

Protestation et rectification de Crédit Agricole CIB :

Le 29 mars 2015, le site internet www.contrepoints.org a publié une « Lettre ouverte au
nouveau DG du Crédit Agricole » écrite par une ancienne collaboratrice de Crédit
Agricole CIB, Madame Ida de Chavagnac.

Dans cette « lettre ouverte » adressée à Monsieur Philippe Brassac, dont la nomination
en qualité de Directeur Général de Crédit Agricole SA sera effective à l’issue de
l’assemblée générale du 20 mai prochain. Madame Ida de Chavagnac affirme avoir
constaté et alerté en vain sa hiérarchie de l’existence « d’infractions à la réglementation
bancaire, de prise de risques inconsidérés et d’une tentative de corruption ».

Ces affirmations sont fermement contestées par Crédit Agricole CIB.

En effet, les accusations portées par Madame Ida de Chavagnac à l’encontre de son
supérieur ont été analysées et ont fait l’objet d’entretiens et d’échanges écrits avec sa
hiérarchie.

A l’issue de ces échanges, il a été conclu qu’aucun crédit n’avait été accordé dans des
limites de risque insatisfaisantes ou en contradiction avec les règles déontologiques de la
Banque. CA-CIB et ses collaborateurs respectent en tout point les règles déontologiques
et réglementaires auxquelles ils sont soumis, et ce sous le contrôle de l’Autorité de
contrôle prudentiel et de résolution.

Les directives internes à CA-CIB prévoient en outre une solution alternative lorsque la
remontée des dysfonctionnements par la voie hiérarchique est inopérante. Les
collaborateurs peuvent alors signaler à un représentant de la Conformité/Déontologie les
dysfonctionnements qu’ils estiment devoir être remontés. Or, Madame Ida de Chavagnac
n’a jamais saisi le département Conformité/Déontologie.

Par ailleurs, la Direction des ressources humaines, a diligenté une enquête interne afín de
déterminer si Madame Ida de Chavagnac subissait effectivement des pressions de la part
de sa hiérarchie, assimilables à une tentative de corruption. Dans le cadre de cette

enquête, à laquelle Madame Ida de Chavagnac a refusé de participer, il est apparu que
ses accusations étaient totalement contredites par les déclarations faites par chacun des
collaborateurs interrogés.

Enfin, Madame Ida de Chavagnac a exprimé le souhait à plusieurs reprises de voir la
banque écarter son supérieur hiérarchique, dont elle contestait la légitimité, et de la
promouvoir à son poste.

En conséquence, après examen de la situation, le maintien de Madame Ida de
Chavagnac au sein de CA-CIB était à l’évidence impossible et il a été mis fìn à son
contrat de travail.

Crédit Agricole CIB attend sereinement que les juridictions saisies par Mme de
Chavagnac statuent sur le bien-fondé de ses récriminations et se réserve le droit de
donner d’autres suites judiciaires à cette affaire. »

Voir les commentaires (21)

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  • reste à voir si ce nouveau DG est quelqu’un d’honnête ou si l’avidité prendra le dessus ;

  • Bravo pour votre courage et, Bravo à CONTREPOINTS pour son indépendance.
    En fait, ce sont les dérives de l’ultralibéralisme qui plombent le développement économique d’un pays.

    • « ce sont les dérives de l’ultralibéralisme qui plombent le développement économique d’un pays. »

      C’est quoi l’ultralibéralisme ?

      • L’ultralibéralisme c’est la recherche du profit immédiat par n’importe quel moyen.
        L’ultralibéralisme est le principal ennemi du libéralisme , ce dernier étant nécessaire au développement harmonieux de l’économie d’un pays moderne.

        • En fait Ultralibéralisme que vous décrivez, c’est le … socialisme :mrgreen:

          • Non, le libéralisme c’est la voie médiane entre un ultralibéralisme débridé (comme celui qui anime les salles de marchés du Crédit Agricole et d’autres encore…) et le socialisme (à la Française notamment…) qui pour effet d’étouffer l’initiative entrepreneuriale.
            Le libéralisme bien compris est une théorie économique qui permet de promouvoir une économie industrielle ou tous les acteurs y trouvent leur compte.

    • Oui! Et pas seulement! L’ultralibéralisme n’est en rien le libéralisme: ce n’est plus la liberté de choisir et de décider pour soi-même, mais une soumission à un système dirigé par des non-élus richissimes comme Goldman Sachs et moi, ça ne me plait pas.

      De plus avec quel argent joue le Crédit Agricole, le sien ou le votre?
      Et qui a payé pour renflouer les banques?
      Elles ou nous?
      Et comment se fait-il qu’elles se soient « remises » de leur crise alors que les états (nous), se sont endettés pour les sauver!

      Maintenant, le « Crédit Agricole », « fleuron de l’industrie bancaire française », j’espère que non!
      La banque à la française a pris 10 ans de retard sur celles des autres pays.
      En commençant à travailler en France, je n’avais plus utilisé un chèque depuis 10 ans (et, encore, un « euro-chèque », au moins, et pas « barré » à l’impression!).

      J’ai tenté d’envoyer de l’argent à mon frère, (du 08 au 85), j’aurais dû lui envoyer un TIP qu’il m’aurait renvoyer avec un RIB ou je ne sais plus: j’ai abandonné: vous aimez vraiment autant la paperasse que les discours et les mots?

      J’ai quitté le crédit agricole en moins de 6 mois, dégoûté!
      J’ai choisi « la banque de la poste », vétuste, certes, mais serviable, au moins, et si économique et rassurante!
      Pour le reste, j’avais ce qu’il fallait dans mon pays.

  • sans commentaire !!!

  • les banques de dépôts française ont changés de métier.
    le miroir du revenu facile croyant être maîtrisé » en interne, est plus tentant que le marché de la masse populaire de tenue de compte.
    mais voilà; quand ils fond des connerie, la planche à billet fonctionne et le peuple paie;
    cela n’a rien à voir avec le libéralisme ou autre;
    cela s’appelle de la bêtise acceptée, par des français mous du bulbe, pour se bouger.

    • Non! Là, vous êtes injuste!

      L’absence d’éthique des banques est devenue quasi générale, en Europe comme aux États-Unis, au moins, jusqu’à ce que l’éthique, le service, le souci du client, l’addition de services nouveaux redeviennent un argument attractif pour recruter des clients, dans un sale climat de suspicion et de grande concurrence.

      Les banques par internet ont favorisé ce retour: il faut dire que le client fait tout le boulot et on ne lui envoie même plus de courrier sur papier: « tout est sur le site! »

      Le banquier a pris la place du garagiste: les garagistes sont devenus honnêtes, travaillent au tarif affiché ou même au forfait! Par contre le banquier ne pense plus qu’à vous vendre sa camelote! Même si ce n’est pas vraiment votre intérêt de l’acheter! Fini le conseiller qui vous connait bien et vous conseille la bonne solution.

  • A suivre. Les faits précis incriminés devront être présentés clairement..
    (accusation très générale dans cette lettre)

    • @Guillaume

      Ces points sont exposés dans l’interview dont vous trouverez le lien dans le préambule de cet article.

  • Au risque de me mettre à dos toute la communauté anti banques, je travaille en salle des marchés et je connais un peu les analystes de risques.
    Certains ne comprennent pas ce qu’ils font, ou appliquent à la lettre des procedures parfois totalement inadaptés à la situation.
    Il se peut que cette analyste a voulu en faire 4 fois plus sans comprendre ce qu’elle faisait, et a donc été mise à la porte.
    Pour ainsi dire nous ne connaissons pas les details de l’histoire, donc accuser sans rien savoir la banque me semble un peu simple.
    Surtout, sa façon présomptieuse de dire, heureusement je suis là pour vous aider à ce que cette banque aille mieux, ne me donnerait aucune envie de la reprendre.

    • Oui, enfin, ils l’ont quand même gardée 17 ans jusqu’à ce que les « moeurs » bancaires changent et il est bien possible qu’elle se refusait d’enfreindre la loi et de prendre, avec l’argent des clients, des risques ridicules pour essayer de gagner plus au casino de la finance, ce qui n’est pas la vocation première du crédit agricole!

      Que je sache, on a bien vu la faillite de Lehaman Brother et ce sont bien les citoyens qui ont dû renflouer les banques pour les empêcher de connaitre le même sort: vous avez connaissance de beaucoup de condamnations de banquier qui avaient « fauté »? Moi, aucun, en Europe!

      Par contre, vous n’avez pas fini de payer pour les emprunts « pourris » (basés sur un calcul compliqué en devises diverses) fourgués, larga manu, par Dexia!

      Cette semaine encore, on a appris que BNP avait fourgué de la dette grecque à ses clients, comme un placement sûr, à un moment où on savait bien que tout basculait, alors que maintenant, les clients ont perdu au moins 40 % de leur capital investi. Après le procès aux U.S.A., cette banque crapuleuse devrait être simplement boycotée!

    • Raisonnement typique de banquier, lorsqu’on voit les leverages des banques françaises, il est certain qu’il est préférable d’être optimiste…

  • Les commentaires sont fermés.

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