En Amérique, le travail est la clé du bonheur

Pourquoi les Américains font-ils du travail la principale source de leur bonheur ?

Par Daniel Girard, depuis Boston, États-Unis.

Nightfall 1944 credits James Vaughan  (CC BY-NC-SA 2.0)
Nightfall 1944 credits James Vaughan (CC BY-NC-SA 2.0)

 

En Amérique, il est rare de rencontrer des chercheurs dont les travaux ne sont pas contestés par la gauche ou la droite. L’Université de Chicago a réalisé l’exploit grâce à son institut de recherche General Social Survey. Ses chercheurs sondent, depuis 1972, les états d’âme des Américains. Nous avons déjà, dans une première analyse, établi que les Américains qui se disent les plus heureux étaient républicains, mariés, croyants et pratiquants. 52% des gens qui correspondent à ce profil se déclarent très heureux. À l’inverse, les démocrates qui sont indifférents à la religion et célibataires ne s’estiment très heureux que dans une proportion de 14%. Ils sont au plus bas.

L’étude ne porte aucun jugement de valeur sur le mode de vie des gens sondés. Elle donne une matière première appréciée à ceux qui veulent cerner le pourquoi de ces états d’esprit. Le postulat de base le plus fertile : les conservateurs estiment que même si les gens naissent inégaux, ils pourront surmonter ce désavantage en travaillant plus fort. Les démocrates ne partagent pas ce point de vue. L’apport de l’État leur semble essentiel.

Le travail, la clé du bonheur

Mais là où républicains et démocrates se ressemblent, c’est dans l’importance accordée au travail comme facteur-clé du bonheur. Les chercheurs de l’Université de Chicago constatent que plus de 50 pourcent des Américains se disent entièrement satisfaits ou très satisfaits de leur travail. Si on ajoute les gens qui se disent assez satisfaits, on atteint la barre des 80%.

Ces statistiques demeurent les mêmes peu importe le niveau de revenu ou d’éducation. Le revenu n’aurait donc pas d’importance ? Il en a. Les gens qui ne gagnent pas assez d’argent pour se procurer des biens essentiels comme la nourriture, le logement et des soins de santé ne sont pas heureux. Ceux qui atteignent ce minimum vital voient leur indice de bonheur augmenter. Mais ça s’arrête là. Une fois les besoins essentiels assouvis, l’augmentation du revenu a un impact négligeable dans l’accroissement du bonheur d’une personne.

Le chômage fait mal

Un facteur fait plonger l’indice du bonheur : se retrouver sans emploi. Même si le chômeur n’a pas d’ennuis financiers et reçoit des fonds de l’État, son bonheur diminue grandement. La hausse du chômage coïncide généralement avec celle des taux de divorce et de suicide.

Avoir un emploi est un facteur de bonheur. Les chercheurs de l’Université de Chicago ont constaté que les trois quarts des Américains ne quitteraient pas leur emploi même s’ils gagnaient un montant considérable à la loterie ou héritaient d’une fortune. Ce qui surprend encore plus, c’est que cette statistique s’applique plus aux gens qui ont des salaires peu élevés et qui sont moins scolarisés qu’aux élites. Plus de gens bien nantis prendraient leur retraite.

Peu importe leur âge ou leur revenu, les Américains qui estiment avoir du succès au travail sont deux fois plus heureux que leurs compatriotes qui n’aiment pas leur emploi. Le président Roosevelt a déjà dit que le bonheur n’est pas une affaire d’argent mais résulte de la joie de créer, de voir ses efforts couronnés. Nul doute que l’accomplissement de soi est au cœur du bonheur de l’Américain.