Hillary Clinton : une présidence dans le sac pour 2016 ? Pas du tout

Mais si les primaires peuvent sembler dans la poche, remporter l’élection présidentielle est une autre histoire.

Par Daniel Girard.

Hillary Clinton credits Mike Mozart  (CC BY 2.0)
Hillary Clinton credits Mike Mozart (CC BY 2.0)

 

Boston. À en croire certains commentateurs, Hillary Clinton peut déjà commencer à préparer à son discours de victoire à l’élection présidentielle de 2016. Ces experts devraient prendre le temps d’écouter David Axelrod, qui a été le grand stratège de la victoire de Barack Obama contre Hillary Clinton en 2008. Il estime que ce qui avait causé la défaite de Hillary Clinton reviendra la hanter dans une élection présidentielle : Hillary Clinton n’est pas une femme de vision. Tout son talent réside dans l’art de la politique.

Ce talent en politique, on le voit lorsque l’ex-Secrétaire d’État compose avec l’adversité. Même s’il reste des zones grises dans sa gestion de l’attentat de Benghazi, Hillary Clinton s’en est sortie peu amoindrie. La dernière polémique en date, celle des courriels envoyés hors du système sécurisé du gouvernement, ne devrait pas lui faire trop de dommages non plus. Seuls les républicains sont vraiment outrés. Les démocrates, eux, veulent donner la chance au coureur. Et comme 86% des électeurs aux primaires démocrates sont prêts à appuyer Hillary Clinton, elle dispose d’une marge d’erreur considérable. Forte de l’expérience d’une première course, elle a préparé minutieusement et inlassablement son deuxième essai. L’enthousiasme que suscitent son éventuelle candidature et sa capacité à lever des fonds feront d’elle une candidate dure à déloger.

Hillary Clinton incarne la continuité…

Mais si les primaires peuvent sembler dans la poche, remporter l’élection présidentielle est une autre histoire. Et c’est ici que l’analyse de David Axelrod est pleine de justesse. Lorsque Barack Obama a gagné les élections présidentielles en 2008, il incarnait le changement ; il soulevait les masses avec son Yes we Can. Si Hillary Clinton est la candidate présidentielle en 2016, elle sera le porte-étendard de la continuité.

Une continuité qui fait sa part de mécontents. La satisfaction des Américains envers Barack Obama continue de piétiner en économie. Elle est en chute libre pour la lutte au terrorisme et la politique étrangère. Six américains sur 10 affirment faire davantage confiance aux républicains qu’aux démocrates pour affronter la menace terroriste. La cote de confiance du président américain dans ce dossier ne cesse de décliner: elle est passée de 52% de à 39% en un an… Quand on connaît la préoccupation des Américains pour leur sécurité, ce dernier chiffre a tout pour inquiéter Hillary Clinton.

La candidate Hillary Clinton n’aurait pas seulement à vivre avec l’impopularité de Barack Obama. Elle serait aussi examinée de près pour les activités de son mari, Bill Clinton, qui gère la Fondation Clinton. L’organisme perçoit des millions en aide humanitaire. Déjà, des commentateurs se demandent si certains courriels confidentiels détruits par l’ex-Secrétaire d’État ne concernaient pas des versements à la fondation Clinton…

La menace terroriste va s’insérer dans la course présidentielle

On se retrouverait donc, du côté démocrate, avec une candidate qui aurait remporté son investiture pratiquement par défaut, sans idées nouvelles, à la tête d’un parti qui a semé le doute dans l’esprit de la population sur sa capacité d’affronter la menace terroriste. Une menace qui préoccupe un nombre croissant d’Américains. Selon un sondage Quinnipac du 4 mars, 60% des Américains appuient maintenant une intervention terrestre pour combattre l’État islamique. Ces chiffres surprenants révèlent quand même un clivage: 58% des démocrates auraient peur qu’une intervention américaine aille trop loin comparé à seulement 20% du côté républicain.

La menace terroriste déborde dans la course à l’investiture républicaine. Beaucoup de républicains veulent que leur prochain candidat à la présidence ait une approche Reaganesque de la politique étrangère. Les candidats républicains devront se démarquer par leur expérience et leurs positions dans ce domaine. Hillary Clinton, pour sa part, devra convaincre des démocrates qui favorisent une approche plus timide du besoin d’agir plus vigoureusement tout en tentant de rassurer l’électorat plus conservateur sur sa capacité à défendre l’Amérique.

À moins que, comme en 2008, un autre candidat à l’investiture démocrate surgisse de manière inopinée…

S’il y a donc une certitude, pour la prochaine course à la présidence américaine, c’est qu’elle sera pleine d’imprévus.