Réfugiés : l’UE va les trier à distance

David Cameron (PM delivers speech on immigration at JCB Headquarters - Photo Arron Hoare - Credits Number 10 (CC BY-NC-ND 2.0)

Politique migratoire européenne : Où en est-on ? Quel effet sur le référendum de sortie de l’UE prévu au Royaume-Uni ?

Par Richard North, depuis Bradford, Royaume-Uni.

David Cameron (PM delivers speech on immigration at JCB Headquarters - Photo Arron Hoare - Credits Number 10 (CC BY-NC-ND 2.0)
David Cameron (PM delivers speech on immigration at JCB Headquarters – Photo Arron Hoare – Credits Number 10 (CC BY-NC-ND 2.0)

 

L’immigration est redevenue une question de premier plan avec la publication du rapport de l’Observatoire de la Migration et ce rapport de Migration Watch qui replace les politiques des travaillistes dans leur contexte.

On fait grand cas d’une « amnistie pour les immigrés clandestins », lorsque plus de 220.000 demandeurs d’asile ayant échoué, ou aux dossiers retardés, ont reçu l’autorisation de rester de façon permanente à partir de 2006. Les conservateurs ont ensuite hérité des travaillistes, en 2010, d’un arriéré de 368.100 cas. Cela fait à peu près un demi million. À rapporter aux sept millions d’immigrés durant la période dite « porte ouverte » de 1997 et de 2001, on atteint environ 7% du total, et pourtant, ce sont ces demandeurs d’asile qui retiennent la part du lion de l’attention, y compris dans les photos de presse. Ce gros plan sur eux est intéressant pour comprendre comment, bien que ces demandeurs d’asile soient une petite partie du problème, le public voit souvent l’immigration comme une ruée d’immigrants traversant la Manche.

Dès lors, quand nous voyons se glisser dans The Guardian des fragments d’un discours sur l’immigration par Dimitris Avramopoulos, commissaire de l’UE aux affaires intérieures, c’est assez significatif de la prochaine étape du mouvement consistant à créer une Politique migratoire européenne globale, avec des plans, entre autres choses, visant à établir pour la première fois des centres de traitement d’immigrés hors de l’Union Européenne. Ceci, nous dit-on, est un « point de départ radical en termes de politiques », ayant pour but d’endiguer le mouvement de centaines de milliers de personnes à travers la Méditerranée, avec la Commission qui fait passer à toute vitesse un texte de politique sur la migration.

Si cela se concrétise, ce sera comme un écho au stratagème australien d’ « offshoring », qui contourne la convention de 1951 sur les réfugiés en bloquant l’obtention de leur droit de résidence en vue d’accéder à l’Espace Économique Européen (UE + Norvège et Lichtenstein).

Il est possible que se développent des bureaux de traitement de migrants dans des pays clés de transit comme l’Égypte, le Niger, la Turquie ou le Liban, et cette idée est en train de gagner du terrain en UE. Comme l’Italie, la France est aussi fervente partisane d’un tel programme, alors qu’il se dit que Thomas de Maizière, le ministre allemand de l’Intérieur, milite pour des installations dans des pays comme l’Égypte.

Les petits États-membres affectés de façon disproportionnée par les flux de migrants, comme Malte, apprécient cette idée ; et on peut s’attendre à ce que des pays comme la Hongrie suivent de près de tels développements.

D’après The Guardian, la commission a auparavant résisté à des pressions de gouvernements d’États membres sur cette question. La déclaration d’Avramopoulos représente donc, dit-on, un revirement, bien que tous les aspects du plan ne seront pas traités avec le même enthousiasme par tous les États-membres. Par exemple, il demeure une forte opposition de certains pays à l’encontre d’une proposition de répartition plus équitable du fardeau des réfugiés dans toute l’Europe. Des experts en migration précisent que, sur les 28 pays de l’UE, 18 ont de petites communautés d’immigrés, et peu d’entre eux ont envie que cela change.

Cependant, les détails sont moins importants que le timing, qui pourrait exercer une influence considérable sur le débat au Royaume-Uni et sur le chemin éventuel d’un referendum de sortie de l’UE. Ceci correspond certainement avec l’idée que la Commission travaille pour parvenir à un résultat en soutien avec David Cameron, dans sa tentative de démonstration que la question centrale de l’immigration est traitée. De fait, le calendrier semble étrangement favorable.

Le premier vice-président de la Commission Frans Timmermans, présentera en mai « un nouveau programme sur la migration » avec « une meilleure gouvernance pour renforcer notre système d’asile, fixer un cap clair à la migration légale, agir plus vigoureusement contre l’immigration clandestine et assurer la sûreté des frontières ».

Ceci prépare magnifiquement le terrain de Cameron pour dérouler son programme de modification des traités européens, prêt pour une victoire qui tomberait à pic lorsqu’il en aura le plus besoin, juste avant son referendum de 2017, en offrant une « solution européenne » à un problème de dimension internationale, qui ne peut pas être facilement résolu par un seul État-nation.


Sur le web. Traduction Contrepoints.