Pourquoi le Malawi est-il si pauvre ?

Selon un classement récent de la banque mondiale, le Malawi est l’un des pays les plus pauvres d’Afrique. Comment se sortir de la culture de la pauvreté ?

Par Peter Yakobe.

stella, Malawi 2012 credits INDIVIDUELL MÄNNISKOHJÄLP (CC BY-NC-ND 2.0)
Stella, Malawi 2012 credits INDIVIDUELL MÄNNISKOHJÄLP (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Il y a quelques jours, la plupart des Malawiens ont été choqués de lire le dernier classement de la Banque mondiale présentant le Malawi comme étant l’un des pays les plus pauvres en Afrique. Personnellement, je n’étais pas surpris parce qu’un tel classement reflète assez bien la réalité du Malawi. Beaucoup de gens ont reçu ce classement comme une mauvaise nouvelle.

L’histoire du Malawi est très triste bien que nous soyons un pays pacifique. Nous sommes heureux de n’avoir jamais eu de guerre civile. Nous nous réjouissons de vivre en paix dans l’harmonie, mais plusieurs de nos compatriotes vivent encore avec moins d’un dollar par jour. Nos citoyens ne peuvent toujours pas accéder à de bons soins médicaux. Nos diplômés traînent encore dans les rues à la recherche d’emplois.

Chaque année, les citoyens du Malawi attendent que le gouvernement leur fournisse différentes subventions : des subventions pour l’agriculture, pour le carburant, l’électricité, le fer. Nous exigeons des subventions pour presque tout. Cela a créé trop de dépendance envers le gouvernement ce qui a réduit la créativité de beaucoup de gens dans ce pays. Chaque année, les gens comptent sur les subventions, qu’ils en aient besoin ou pas.

Ces mauvaises habitudes réduisent la créativité et incitent à la paresse. Par exemple, beaucoup de personnes font beaucoup d’enfants et les donnent à leurs parents et oncles afin de les élever. Est-ce sérieux ? Pourquoi quelqu’un devrait porter le fardeau de l’éducation d’enfants dont les parents existent ? Nous produisons des enfants et nous fuyons nos responsabilités, mais nous voulons que les enfants accèdent à une éducation de qualité et aient un bon niveau de vie. Quel paradoxe !

Chaque année, notre gouvernement présente un budget avec plus de 80% de ses affectations destinées uniquement à la consommation. Chaque fois que le ministre des finances présente un budget à l’Assemblée nationale, on nous dit que nous voulons acheter ceci, nous voulons acheter cela, etc. La plupart de l’argent est dépensé pour des choses qui n’apportent pas de valeur ajoutée au pays. Cela explique la faiblesse de la production. Comment pouvons-nous produire beaucoup de biens et services lorsque nous refusons d’investir ? Comment quelqu’un peut gagner un revenu supplémentaire quand il dépense son revenu futilement ? C’est pourquoi nous nous mettons toujours à genou devant les donateurs afin de bénéficier de leur générosité. Nous en sommes venus à dépendre uniquement de l’aide pour subvenir à tous nos besoins.

Notre système d’éducation nous a formés pour être des demandeurs d’emploi et non pas des créateurs d’emploi. Il n’est pas surprenant que la plupart de nos diplômés soient dans les rues à la recherche d’un travail. Un emploi que nous ne pouvons pas garantir qu’ils le trouveront parce que nous ne l’avons pas créé. Si vous interpellez de nombreux jeunes dans les écoles primaires et secondaires du Malawi ou même des universités, ils vous diront : « Je travaille dur en classe pour que mon diplôme me permette un emploi et gagner beaucoup d’argent ». Très peu vous diront  « Je travaille dur à l’école pour créer une entreprise, produire des biens exportables et des services et employer un grand nombre de salariés ». C’est ce que notre système d’éducation nous a appris, et je crains que cela ne se perpétue pendant les nombreuses années à venir.

Si notre gouvernement ne réalise pas la nocivité des subventions, la situation perdurera. Le gouvernement, à travers le ministère des finances et de la planification économique, doit mettre en place une stratégie qui favorise la production plutôt que la consommation. Dans l’attente, nous demeurerons un pays pauvre.

Chacun de nous doit balayer devant sa porte et son arrière-cour pour vivre dans un Malawi propre. Il faut que nous comprenions que notre prospérité en tant que nation dépend de la prospérité financière de chacun d’entre nous. C’est la condition pour espérer voir ce pays évoluer vers de plus hauts sommets. Nous devons cesser de tout attendre de l’État et prendre en main notre avenir.

Les habitants de ce pays doivent se rendre compte que ce sont les individus qui doivent s’efforcer de créer une vie meilleure, des entrepreneurs qui assument les risques et dont les nouveaux projets apporteront des réponses et des possibilités bénéfiques pour la société.

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