« Le dernier chrétien de Tahrir » de Nabil Malek

Une intrigue policière palpitante qui fait revivre l’Égypte des années 50 à l’unisson de celle des années 2000.

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« Le dernier chrétien de Tahrir » de Nabil Malek

Publié le 14 février 2015
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Francis Richard (TDR)Dans Le dernier chrétien de Tahrir, Nabil Malek, à la faveur d’une intrigue policière, revisite principalement deux époques égyptiennes, la première, celle du début des années 1950, marquée par la prise de pouvoir des officiers libres, dont la figure emblématique sera celle de Gamal Abdel Nasser, la seconde, celle des années 2000, marquée par le règne du grand homme, du raïs, du pharaon, du Président, que l’auteur ne nomme pas dans son livre, mais qui n’est autre qu’Hosni Moubarak.

Entre ces deux époques, l’auteur ne manque pas d’évoquer incidemment d’autres moments historiques pour l’Égypte. Ce sont des moments guerriers surtout, tels que la Guerre des Six Jours, en 1967, la Guerre du Kippour, en 1973, ou la Guerre du Golfe, en 1991, qui ont laissé leur empreinte sur la vie de plusieurs des personnages du livre et ont jalonné l’histoire bouleversée du pays.

Les années 2000, des années de chaos, voient l’ascension résistible d’un Copte, Shaker Ayoub, dans un monde administratif et politique majoritairement musulman. Il gravit les échelons et est nommé Commissaire divisionnaire par le Président. Ce qui pourrait susciter les jalousies. Mais, sous des dehors peu avantageux, il est très respectable et très brillant. Il est petit, en effet, n’est pas spécialement beau, mais, taciturne, il a une grande intuition et une logique imperturbable.

Ces qualités, en apparence contradictoires, font de lui un redoutable enquêteur, dont les résultats sont exceptionnels et parlent pour lui. C’est ainsi qu’il résout nombre d’affaires criminelles, arrête leurs auteurs, parvient à remettre des délinquants dans le droit chemin. Car il applique les lois et est incorruptible, ce qui est une incongruité dans l’Égypte d’alors, où les hommes du pouvoir n’hésitent pas à en abuser et à profiter de leur position pour s’enrichir.

Le récit commence par le dernier jour d’un colonel de l’armée égyptienne, Ali Abdenour. Cet officier septuagénaire a deux épouses, l’une de son âge et l’autre de quarante ans sa cadette. La première, Gawaher, est devenue acariâtre, la seconde, Bamba, de plus en plus vulgaire. Aussi n’a-t-il pas de scrupules à s’amouracher d’une jeune femme complaisante et séduisante, Dounia, qu’il rencontre au tea-room du Nile Hilton et qui semble s’intéresser davantage aux hommes mûrs qu’aux jeunes hommes.

En début d’après-midi, Abdenour invite Dounia à déjeuner dans un des restaurants du Hilton, lui propose le mariage au bout de quelques heures de discussion seulement, et lui propose de le rejoindre le soir même dans l’appartement qu’il partage d’ordinaire avec Bamba, laquelle se trouve fort opportunément, ce jour-là, chez ses parents, à Alexandrie. Dounia promet de venir dans la soirée après s’être rafraîchie et avoir changé de tenue.

Cependant Dounia se fait attendre. Tard dans la nuit, alors qu’Abdenour s’est mis en pyjama, une femme vient bien sonner chez lui, mais c’est pour le torturer et le précipiter du haut de son balcon. Shaker Ayoub, chargé de l’enquête, arrivé sur les lieux, ne croit pas un seul instant qu’il s’agisse d’un suicide et assez vite élimine de sa liste de suspects la seconde épouse, que la première aimerait bien voir inculper.

Le supérieur de Shaker, Ismail, qui, en strict musulman, voue à ce Copte une haine féroce, à l’issue d’une conférence des commissaires sur le danger islamiste, n’est pas d’avis que la mort d’Abdenour soit le résultat d’un homicide prémédité. Aussi déclare-t-il l’affaire classée et donne-t-il l’ordre à Shaker de s’occuper plutôt de débusquer et démanteler les cellules d’Al-Qaïda. Ce que, colère rentrée, Shaker fait très bien, comme il accomplit toujours très bien toute tâche qui lui est confiée.

Seulement Gawaher, la première épouse, est cousine du ministre de l’Intérieur, Adly el-Mansour, et, faisant vibrer une de ses cordes sensibles, la cupidité, finit par obtenir de lui que l’affaire soit rouverte. Shaker Ayoub ne va cependant pas orienter l’enquête comme Gawaher l’aurait voulu. Intuition et logique le conduisent à faire des rapprochements avec des affaires semblables, qui ont été ignorées, voire étouffées.

 Les victimes de ces affaires sont toutes des officiers qui ont subi des violences corporelles terribles avant d’être assassinés, comme ce fut le cas pour Abdenour. Ces officiers ont tous été formés après guerre par des monstres, des officiers nazis, en ont adopté les comportements criminels et en ont épousé l’antisémitisme et les thèses négationnistes, comme ce fut ouvertement le cas d’Ali Abdenour.

 Parmi de tels officiers, il en est un qui vit encore, à Londres, mais c’est un proche du raïs, donc un intouchable, même s’il est, lui, particulièrement corrompu. Aussi l’affaire est-elle de nouveau retirée à Shaker par le ministre et par son chef, et néanmoins ennemi… Un colonel qui, dans le passé, a souffert de ces officiers, fait un coupable idéal, mais il s’est suicidé en guise d’aveu de culpabilité improbable…

 Au moment où l’affaire lui est à nouveau retirée, Shaker tombe malade et est soigné à l’hôpital par une charmante doctoresse, la belle Laila Abdel-Méguib, qui lui enflamme littéralement les sens. Cette rencontre permet à l’auteur de faire une nouvelle fois rebondir le récit qui verra Shaker confronté à de nouvelles morts et menant de nouvelles enquêtes dont les résultats ne plairont pas davantage en haut lieu… Le héros de l’histoire passant tout du long par des bas et des hauts… au gré des faits du prince.

 Les retours en arrière, notamment dans les années 1950, sont certes l’occasion pour l’auteur de restituer l’atmosphère cosmopolite de ces années-là, qui, à leur début tout du moins, permettait la cohabitation sans problèmes de musulmans, de chrétiens et de juifs, mais elles contiennent les prémices essentielles du récit et en expliquent le dénouement.

Intrigue policière, conte oriental, peinture des mœurs politiques et humaines de l’Égypte de la moitié du XXème siècle et du début chaotique du XXIème, récit psychologique – Shaker Ayoub passe par bien des tourments et exaltations -, ce roman bien construit, bien écrit, dont il est difficile de se déprendre en cours de lecture, est tout cela à fois.

Une fois refermé, ce fort volume donne le sentiment au lecteur d’avoir appris beaucoup de choses, inactuelles et actuelles, sur le pays des pharaons, tout en s’étant bien diverti grâce aux nombreux  rebondissements de l’intrigue et au style fluide de la narration, bref il lui donne le sentiment d’avoir joint l’utile à l’agréable.


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  • L’Histoire de l’Egypte du 20 ème siècle tourne autour du socialiste Gamal Abdelnasser et sa destruction de ce qui restait de la propriété privée en Egypte. Il a osé nationalisé toutes les chaines radio, les studios de cinema, les terres agricoles … il a marqué le coup en nationalisant la gestion du canal de Suez en volant les actionnaires de la société Suez. La crédibilité économique de l’Egypte est parti à jamais. Il a combattu la liberté de pensé menant les opprimés vers les frères musulmans, à la fin, il a osé dire que le prophète de l’islam était le premier socialiste. Avec Abdenasser, la culture de l’échec s’est encré dans le peuple égyptien en particulier et arabe en général. Sadate a réparé quelques unes de ses flagrantes erreurs en libéralisant un peu l’économie. Mais comme par hasard c’est lui qu’on pointe du doigt pour critiquer la situation économique …

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