L’étalon-or comme ascenseur social

L’étalon or n’est pas seulement un remède aux déficits : il peut redynamiser la mobilité sociale verticale !

Par Florent Ly-Machabert.

jumping brain credits emilio garcia (CC BY-NC 2.0)
jumping brain credits emilio garcia (CC BY-NC 2.0)

 

Voltaire n’est pas le plus connu des experts des questions monétaires. Il n’en est pas moins un véritable prophète, affirmant que « toute monnaie de papier retrouve un jour inexorablement sa valeur intrinsèque : zéro ». Il nous ramène ainsi à ce qui fonde la valeur de la monnaie fiduciaire, la confiance, et à la seule conclusion qui vaille sur l’état actuel du système monétaire international reposant sur l’émission ex nihilo de papier monnaie par des banques centrales qui en détiennent le monopole : qu’il est au bord de l’écroulement. Dans ce contexte, un pays a plus à perdre que les autres au motif que sa banque centrale bénéficie du privilège exorbitant d’émettre la monnaie internationale : les USA.

Devant cette situation et après quelques rappels simples, je me propose de souligner les atouts économiques et sociologiques de l’étalon-or, tant pour remédier aux déficits que pour redynamiser la mobilité sociale verticale.

Le modèle théorique de l’étalon-or est un système autorégulateur qui soumet les États à une contrainte forte en matière de création monétaire. Si aucun accord international n’a jamais été signé en la matière, il repose néanmoins sur plusieurs règles simples. La première est que chaque État définit officiellement un pair métallique, équivalence entre sa monnaie et un poids fixe d’or, la banque émettrice (centrale ou non) devant assurer la libre convertibilité des billets en or. Trois autres règles doivent être respectées : la liberté des changes, les libres entrée et sortie d’or du territoire et la non-intervention discrétionnaire de l’émetteur, le stade ultime du système-or résidant dans la disparition pure et simple du monopole d’émission de la monnaie, au profit d’une concurrence entre banques de second rang.

Dans ces conditions, l’étalon-or garantit la stabilité des changes et l’équilibre de la balance des paiements : devant une hausse excessive de l’euro contre le dollar sur le marché des changes, les agents français s’acquitteront rationnellement de leur dette vis-à-vis des USA en convertissant leurs euros en or ce qui stoppe la hausse ; c’est le point de sortie d’or. Réciproquement, en-dessous d’un certain cours de l’eurodollar, les agents américains renonceront aux lettres de change tirées sur Paris (devises) pour un paiement or, ce qui fait baisser le dollar ; c’est le point d’entrée d’or en France. Les marges de fluctuation sont donc très étroites. De même, un pays qui connaît un déficit extérieur structurel voit sa monnaie se déprécier, atteindre la sortie d’or, ce qui contracte sa masse monétaire et conduit donc, en vertu de la théorie quantitative, à une baisse des prix qui redynamise ses exportations et rééquilibre sa balance des paiements. Cette autorégulation, dont Rueff a montré qu’elle pouvait occasionner des faillites, interdit la création de faux droits et le recours à l’inflation.

Ce système monétaire rigoureux, qui a fonctionné en Europe de 1870 à 1914 (parfois combiné à l’argent-métal), s’est cependant heurté au non-respect des règles et au laxisme politique, souvent par électoralisme. Il dysfonctionne en effet dès qu’une monnaie tente de s’imposer comme étalon à la place de l’or : ce fut le cas de la livre sterling (on a parlé d’étalon-sterling), du fait de la politique discrétionnaire et de stérilisation des mouvements d’or par la Banque d’Angleterre ; c’est aujourd’hui le dollar qui, bien qu’inconvertible depuis 1971, n’en reste pas moins la monnaie internationale.

En l’absence de planche à billets, l’équilibre budgétaire apparaît enfin comme une exigence structurelle de l’étalon-or, ce système étant incompatible avec une classe étatique improductive (peut-être socialement nécessaire) et donc avec le déficit budgétaire. L’étalon-or suppose alors qu’il n’y ait aucune fonctionnarisation de l’exercice du pouvoir, afin qu’aucune nomenklatura ne puisse réduire la fluidité sociale. Le gold standard signerait donc la fin de l’ordre pyramidal international, tant par le rééquilibrage du partage des richesses qu’il induit, que le rétablissement d’automatismes de marché et l’amélioration de l’égalité des chances dans la concurrence internationale. Dans un contexte d’explosion démographique, l’étalon-or universel n’est pas seulement une question d’efficacité, mais aussi de justice.