Quand ceux qui ne travaillent pas proposent de travailler moins

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Philippe Martinez, le nouveau patron de la CGT prône une semaine de 32 heures.

La politique française souffre de nombreux maux, qui en éloignent un nombre croissant de citoyens. Ou, pour dire vrai, qui éloignent un nombre croissant de Français d’un statut de citoyen.

Les Français ont une influence à peu près nulle sur les décisions qui impacteront considérablement leur vie. Leur pouvoir se limite peu ou prou à l’expression périodique de leurs préférences quant à ceux qui prendront en leur nom de molles décisions souvent mauvaises et parfois appliquées.

La démocratie, c’est le renouvellement périodique des têtes d’affiches qui masquent le mur.

On leur interdit de disposer des moyens d’assurer leur propre sécurité. On leur prélève une part sans cesse croissante des fruits de leur travail. On leur interdit d’exprimer leurs opinions si elles contredisent (à tort ou à raison) la vision des élites. Ces droits sont en théorie inaliénables et garantis à chaque citoyen ; apparemment, des citoyens, il n’y en a pas.

Sauf, bien sûr, au sein de l’élite ; eux ont le droit d’exprimer autant d’âneries qu’ils sont capables d’en concevoir, bénéficient d’une protection rapprochée même au-delà de leur mandat, et paient (sans avoir à s’exiler) bien moins d’impôts que le Français moyen, même à niveau de revenus équivalent. Et les Français ayant un niveau de revenus équivalent sont difficiles à trouver.

Ils ont, il faut bien le reconnaître, une mission difficile : sans rien y comprendre et sans avoir jamais travaillé, ils tentent de réparer l’économie et de rafistoler la société.

Heureusement, ils sont pour cela appuyés par de grands intellectuels aux idées toujours fécondes. Pour bien se démarquer de ceux qui recommandent de travailler plus, les boîtes-à-idées-courtes sur pattes recommandent de travailler moins. Mais attention, pas n’importe comment.

Philippe Martinez, le nouveau patron de la CGT (qui n’aime pas les patrons, donc) prône une semaine de 32 heures. On notera le manque d’ambition du syndicaliste, qui aurait tout aussi bien pu avancer une semaine de 15 heures payées 35 en étendant à tous les Français cet avantage dont jouissent déjà ceux qui ont fait le choix (qu’ils imposent aux autres) de faire rémunérer leur pouvoir de nuisance plus que leur contribution.

En l’étendant pas tout à fait à tous les Français : uniquement à ceux qui travaillent, de moins en moins nombreux. Car l’objectif de la réduction du temps de travail (ne riez pas) est de créer de l’emploi.

C’est d’ailleurs dans ce sens que Laura Slimani, à la (petite) tête du Mouvement des Jeunes Socialistes, prône une réduction du temps de travail non sur la semaine, mais sur l’année – du moins, c’est ce qu’elle croit – en suggérant que chaque salarié se voit offrir une année sabbatique. Sur cette période, l’année sabbatique représente effectivement une belle réduction du temps de travail de 100%.

« Il y a plein de manières de réduire le temps de travail. On peut le faire dans la semaine, mais on peut aussi le faire dans l’année. Par exemple, en proposant une année sabbatique à chaque salarié. »

Et de justifier sa proposition par le succès des précédentes réductions du temps de travail :

« Je suis de ceux qui pensent, aujourd’hui, en 2015, au XXIème siècle, qu’il faut réduire le temps de travail. Pas uniquement en France, mais partout en Europe. Parce que la seule manière pour créer massivement de l’emploi ces dix dernières années, ce sont les 35 heures de Martine Aubry. »

Depuis les 35 heures, la France a connu des créations d’emploi. Et pas qu’un peu : massives, qu’elles étaient.

imgscan contrepoints 2013-2123 travailSur le papier, à condition qu’on ait l’esprit assez étriqué, la création d’emploi peut fonctionner. Imaginons un pays où 10 millions de personnes travaillent chacune 35 heures par semaine. Chaque semaine, ce pays utilise donc 350 millions d’heures de travail. En réduisant la durée du travail hebdomadaire à 32 heures, ce ne sont plus 10 millions de personnes qui pourront travailler, mais presque 11 millions ! For-mi-dable. Et complètement idiot, pour tout un tas de raisons : coût, productivité, compétences…

On pourrait attendre d’une jeune fille ambitieuse, dont l’esprit n’a jamais été contaminé par le moindre vrai travail, qu’elle apporte des idées nouvelles et pense à l’avenir. Au lieu de cela, elle propose toujours plus des mêmes recettes défaitistes qui, partant du principe que la France ne créera pas réellement d’emploi et qu’il faut diviser celui qui s’y trouve encore, ne parviennent qu’à en détruire.

L’avenir proche nous apportera de grands progrès, à condition de préparer un tant soit peu le terrain. Car le changement n’est bénéfique que si l’on s’y adapte, ce qui requiert une certaine flexibilité. Renforcer un peu plus la rigidité qui paralyse déjà la France est exactement l’inverse de ce qu’il faudrait faire.

En matière de temps de travail, il conviendrait de permettre aux entreprises et leurs salariés de déterminer ensemble la charge et le temps de travail, les niveaux de rémunération et les conditions de travail.

Il conviendrait également de cesser de subventionner à tout va certaines entreprises au motif de les protéger de celles qui, en toute logique, devraient les remplacer. De supprimer les monopoles et rentes dont certains bénéficient mais dont tous paient le coût, qui empêchent eux aussi les nécessaires adaptations.

À force de refuser de s’adapter, la France a pris du retard – plusieurs années, sans doute plusieurs décennies. La croissance est déjà atone, le chômage croît rapidement ; rien ne prépare les bouleversements de l’économie et du travail qui surviendront dans les prochaines années.

Au mieux, la France peut espérer stagner alors que d’autres tireront profit de ces évolutions. Mais il est bien plus logique et bien plus probable que ceux qui n’auront pas su s’adapter chuteront, que les innovateurs et les innovations fuiront les pays les moins attractifs, que les entreprises s’inscrivant dans un écosystème obsolète le deviennent elles aussi.

Ce dont la France a besoin, c’est de réelles réformes : une réduction massive des dépenses, une réduction autant que possible de la dette, une suppression de tous les obstacles à la production et à l’échange. Ce sera douloureux pour beaucoup, car le retard à rattraper est important et les ajustements seront violents. Mais mieux vaut tôt que tard ; pour les ajustements, il n’y a pas de jamais.