De l’impossibilité du non-libéralisme

Et si, en fait, le libéralisme était tout simplement la seule et unique philosophie du Droit possible ?

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De l’impossibilité du non-libéralisme

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 30 janvier 2015
- A +

Par Jan Krepelka.

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Nous avons vu que le laissez-faire est la philosophie de la civilisation, nous avons vu qu’il est la philosophie de la modernité, et nous avons vu qu’il est la philosophie du futur de l’humanité. Passé, présent et futur de l’humanité en tant qu’ensemble d’êtres rationnels ayant dépassé la vie animale sauvage, bâti la société moderne, et s’apprêtant à vaincre la mort et conquérir les étoiles, sont donc indissociables de la philosophie du Droit libéral.

Et si, en fait, le libéralisme était tout simplement la seule et unique philosophie du Droit possible ?

Parce que, justement, le dépassement de la « loi du plus fort », de la « loi de la jungle », autrement dit du nihilisme pragmatique tel que pratiqué par les bêtes sauvages, relève par définition du libéralisme ? Et que l’ensemble du mal dans le monde, des conflits et des injustices, peut être intégralement attribué à une application partielle, incohérente, non-universelle, de ce principe, autrement dit à un mélange non-assumé d’agression sauvage et d’ordre pacifique civilisé ? Et que donc, le laissez-faire, non seulement est la seule philosophie qui rend économiquement possibles le progrès, la civilisation et la technologie avancée, mais qu’il est aussi la seule philosophie rationnellement défendable par les membres de la société ordonnée qu’il rend possible ?

Toute philosophie politique ou anti-politique est une philosophie du Droit ou de l’anti-Droit

impossibilité du non libéralisme rené le honzec

La politique consiste à décider des lois. Concrètement, dans un parlement, des personnes s’asseyent, discutent, et votent des lois. Les partis politiques ont des programmes différents sur le contenu des lois. Ils ont parfois aussi des programmes différents sur les systèmes électoraux, sur le type de régime, sur la procédure parlementaire, autrement dit, sur la manière de décider des lois. Les politiciens ont des opinions différentes sur ce que doivent être les lois, et selon qui sera élu, les lois changeront, dans un sens ou dans l’autre, ou ne changeront pas, c’est à dire seront maintenues en l’état, en favorisant ainsi le statu quo. Les votations, en démocratie directe, consistent de même à approuver ou rejeter des modifications constitutionnelles, qui seront ensuite transcrites dans la législation.

Plus généralement, toute philosophie politique repose sur l’idée qu’un groupe de personnes peut décider du contenu du Droit, sous la forme des lois, et l’imposer par la force aux autres personnes, quel que soit le contenu de ces lois.

Toute philosophie anti-politique conteste l’idée que certaines personnes pourraient décider de lois et les imposer aux autres personnes. Le libéralisme est une philosophie anti-politique, qui affirme que nul n’a le droit de faire des lois, au sens de décrets obligatoires, arbitraires, pouvant être imposés même à ceux qui ne les ont pas acceptés, et pouvant être contraires au Droit.

Le libéralisme estime, en effet, non pas que le Droit se décide, mais qu’il se découvre : nous écrivons Droit avec une majuscule, parce qu’il est unique et universel. Une constitution ou autre déclaration d’indépendance ou des droits de l’homme peut ainsi, tout au plus, énumérer et rappeler quels sont les droits des êtres humains, mais en aucun cas les choisir. Certains actes sont justes et d’autres injustes, il s’agit de le découvrir, et non le décider, au même titre qu’une enquête ou un jury tentent de découvrir qui est le coupable et qui est l’innocent, et non de le décider à bien plaire selon son caprice du moment, la dernière mode, ou le profil socialement proche ou non de l’accusé. La « législation », ou le « droit positif », ne devraient même pas porter le même nom que le Droit.

Affirmer renoncer au Droit pour lui préférer le « droit positif », serait l’équivalent, en mathématiques, à déclarer « m’interroger sur combien font 1 + 1, le découvrir, et appeler ce procédé mathématiques, cela ne m’intéresse pas, je préfère décider, selon mon humeur, que 1 + 1 font 3, ou 14,5 selon les jours, et appeler cela mathématiques positives ».

Dans les deux cas, cependant, les philosophies politique et anti-politique peuvent être ramenées à une vision sur ce qu’est, ou doit être, le Droit, autrement dit une philosophie du Droit… ou de l’anti-Droit, dans la mesure où les philosophies politiques visent non pas à découvrir le Droit, mais à le détruire. Nous pouvons donc dire plutôt : le libéralisme est une philosophie anti-politique du Droit, les non-libéralismes sont des philosophies politiques de l’anti-Droit.

Toute philosophie du Droit est une théorie des droits de propriété

Toute philosophie politique qui n’est pas construite comme une théorie des droits de propriété passe complètement à côté de son objet.
Hans-Hermann Hoppe

Les lois sont appliquées par la violence : les lois sont une liste d’actes contre lesquels des policiers armés peuvent user de la violence. De même, les droits peuvent être défendus contre ceux qui ne les respectent pas. Toute loi, tout droit pose donc la question : est-il légitime d’utiliser la violence contre une personne qui ne respecte pas cette loi ou ce droit ?

Pourquoi ? Parce que le but du Droit (ou de la législation qui prétend le remplacer) est précisément de déterminer qui a le droit de faire quoi avec quoi. Répondre à cette question est précisément le programme de recherches de la philosophie du Droit, et donc le programme appliqué de tout parti politique ou mouvement anti-politique. Si l’on n’y a pas répondu, alors on en reste à la situation par défaut, qui est de ne pas se poser cette question, et agir comme bon nous semble en toutes circonstances.

Si l’on y répond, en revanche, que ce soit de manière politique ou anti-politique, alors on doit répondre à la question qui a le droit de faire quoi, avec quoi et dans quelles circonstances, et surtout : qui a le droit d’user de violence, contre qui, et dans quels cas. Toutes ces questions relèvent par définition du Droit, et des droits de propriété : débattre de ces questions, c’est affirmer nécessairement que quelqu’un a le droit de décider de comment disposer des objets et des personnes qui composent le monde.

Si l’on y répond  « par personne », alors nous restons également à la situation originale, qui est qu’on n’a pas élaboré de théorie du Droit, autrement dit personne n’a le « droit » de faire quoi que ce soit, personne ne se pose la question, et tout le monde agit comme bon lui semble. Par défaut, nous pouvons tous respirer, parler, marcher, etc., mais pour pouvoir dire « j’ai le droit de respirer, parler, marcher, etc. », il faut bien introduire une théorie des droits de propriété.

Toute théorie des droits de propriété cohérente est libérale

Il ne peut pas y avoir d’« anti-libéralisme » qui soit logique.
François Guillaumat, La rationalité comme seul critère de distinction entre les normes politiques

Et justement : pour pouvoir affirmer « j’ai le droit de respirer, parler, marcher, etc. », il faut non seulement introduire une théorie des droits de propriété, mais encore faut-il que cette théorie soit libérale ; par définition du Droit, de la propriété et des droits de propriété, affirmer « j’ai le droit de respirer, parler, marcher, etc. » implique de se reconnaître comme propriétaire de soi-même. En effet, dans le cas contraire, il aurait fallu d’abord demander son autorisation au propriétaire, ou aux propriétaires, de soi-même, qui eussent été propriétaires de nous avant nous — pour une raison et par une procédure qu’il faudrait encore justifier.

Chacun s’estime donc propriétaire de lui-même, ce qui est bien le fondement du libéralisme. La seule question reste alors : reconnaît-il ce droit aux autres ?

Échappatoire zéro : l’incohérence

Rights are conditions of existence required by man’s nature for his proper survival qua man—i.e., qua rational being.
Ayn Rand, Requiem for Man

Car en effet, pour prétendre légitimement utiliser le concept de Droit, c’est à dire se l’appliquer à soi, en disant par exemple « j’ai le droit de », il faut bien reconnaître la validité du concept.
Car on peut bien sûr choisir de s’exprimer sans accepter la rationalité, la cohérence, la loi de l’identité, etc. Mais alors, justement, on ne parle pas pour convaincre rationnellement un autre être rationnel d’adopter une théorie donnée du Droit, autrement dit de respecter nos droits. Sinon, à quoi bon débattre ? Si l’on n’admet pas les principes de l’identité, de la non-contradiction, etc., alors en quoi nos propos auraient-ils plus de valeur que leur contraire absolu ? Pourquoi dès lors s’exprimer ?

Renoncer à la logique élémentaire lorsqu’on énonce des idées, c’est « parler » en tant que simple animal faisant du bruit avec la bouche. Encore une fois, c’est un choix, mais il ne faut pas prétendre utiliser le concept de Droit et de propriété sans en accepter les prémisses.

Tout le monde a intérêt à une société de règles : personne ne veut pouvoir être tué par n’importe qui en toute impunité. Mais certains veulent le beurre et l’argent du beurre, c’est à dire une société où il y a des règles (personne n’a le droit de les tuer) et ils peuvent en être exemptés (eux et eux seuls disposent d’un permis de tuer). Le problème, c’est que cette position est indéfendable : affirmer des règles qui ne s’appliqueraient que parfois, à certains, selon des critères aléatoires, ce n’est pas avoir des règles conditionnelles, c’est renoncer aux règles tout court. Autrement dit : le nihilisme.

Échappatoire un : le nihilisme

Nihilist: “It’s not fair!”
Walter Sobchak: “Fair?! Who’s the fucking nihilists around here, you bunch of fucking crybabies?”
The Big Lebowski

Que l’on tombe dans le nihilisme par promulgation de règles confuses et incohérentes, ou qu’on le choisisse dès le départ, peu importe : le tout est de l’assumer.

Car comme le nihiliste du film cité, celui qui aura renoncé aux concepts de Droit, de justice ou d’équité (« fairness »), sera à juste titre accusé de vol de concept : de se réclamer de notions auxquelles il avait renoncé. Car in fine, le non-respect des droits d’autrui implique de renoncer à l’usage du Droit et au concept des droits de propriété — y compris pour soi-même.

Ainsi, on peut très bien imaginer une société nihiliste qui ne connaît pas le concept de Droit, et personne ne se pose la question de savoir qui a le droit de faire quoi. On peut donc tout à fait choisir d’être nihiliste, mais on ne pourra alors opposer aucun argument — autre que la force — au premier agresseur venu, que ce soit un sinistre dictateur ou un vulgaire assassin.

En pratique, donc, le nihilisme conduit à une règle très pragmatique : la loi du plus fort.

Échappatoire deux : la loi du plus fort

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.
Jean de la Fontaine

Car s’il n’y a pas de règle, alors la règle pragmatique qui l’emportera est bien que le plus fort imposera ses règles. Mais dès lors, que pourra reprocher le dictateur le plus fort au régicide qui le vaincra, prouvant ipso facto que le plus fort, c’est lui ?

Autrement dit, le dictateur est légitime en tant que dictateur… Mais il est tout aussi légitime de l’assassiner, à condition de réussir.

Les dictateurs en sont bien conscients, et ne vont donc justement pas se réclamer de la loi du plus fort, mais bien d’une théorie du Droit : une forme ou une autre de celle du droit divin. Car le problème du règne par la violence du plus fort, c’est bien qu’on risque aussi d’en être victime soi-même :

Alors Jésus lui dit : « Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui prendront l’épée mourront par l’épée. »
Matthieu 26:52

Échappatoire trois : le droit divin

Billy Fish: “He wants to know if you are gods.”
Peachy Carnehan: “Not gods — Englishmen. The next best thing.”
The Man Who Would Be King

Ce n’est donc pas un hasard si les dictateurs s’entourent de mythe, de « prestige », de croyances, superstitions et rituels. Dans le film en citation, le protagoniste est accepté en tant que roi — jusqu’à ce qu’une blessure le fasse saigner, prouvant sa nature humaine. Ce n’est donc pas un hasard si les pharaons se proclamaient descendants des dieux, et les rois prétendaient régner par droit divin, et devaient s’assurer du soutien de l’Église catholique qui bénissait leur règne.

Tout est fait pour créer l’illusion qu’ils seraient des Übermenschen, des surhommes qui auraient ainsi des droits sur nous que nous-mêmes n’aurions pas sur eux. Ce n’est pas un hasard, c’est même une nécessité, puisque c’est le seul moyen d’échapper à la fois au nihilisme et à l’universalité du Droit, en pouvant ainsi soutenir une identité entre les droits des Untermenschen d’une part, et des Übermenschen d’autre part (en s’étant idéalement assuré d’être le seul Übermensch des environs).
Ce n’est pas pour rien non plus que l’esclavage est systématiquement pratiqué sur des individus d’autres « races », tribus, ou religions, qui n’auraient pas d’âme à la différence de nous, ou seraient des « infidèles » pour lesquels nous aurions la bénédiction divine de les réduire en esclavage.

Autrement dit, pour prétendre régner sur autrui ou réduire autrui en esclavage, il faut bien, soit être soi-même divinité, soit détenir une bénédiction divine dont les sujets, esclaves ou « citoyens » ne bénéficieraient pas.

Le but est donc bien d’avoir à la fois une société de Droit, et d’en être exempté, ou de pouvoir ne l’appliquer qu’à certains, autrement dit de pouvoir exercer une relation d’autorité asymétrique.
Car enfin, personne ne serait prêt à accepter une société d’esclavage symétrique, ou les rôles maître-esclave pourraient s’inverser à la minute (et même si certains fervents démocrates le seraient vraiment, cela ne leur donnerait toujours pas le droit de l’imposer — asymétriquement donc — à ceux qui ne le sont pas)… Ni une société de vol symétrique autorisé :

But you know, some people actually cheat on the people that they’re cheating with. Which is like, you know, being in a hold up and then turning to the robber next to you and going: “Alright, give me everything you have, too”.
Seinfeld

Mais pour que certains prétendent exercer sur d’autres une telle relation asymétrique de droit divin, encore faudrait-il démontrer :

  • Que cette différence entre eux et nous existe bel et bien (Dieu les a bénis et nous non) ;
  • Que cette différence est pertinente du point de vue du Droit (car on pourrait encore leur répondre, même si le point précédent était avéré : et alors ? ») ;
  • Que cette différence leur donne bien sur nous les prérogatives qu’ils prétendent exercer (encore faudrait-il prétendre que la différence, même acceptée, permet bien de tirer les conclusions qu’ils prétendent en tirer).
  • Cela fait certes beaucoup à démontrer… Et la charge de la preuve incombe aux constructivistes : à eux de prouver pourquoi ils ont des droits sur moi et que moi je n’ai aucun droit sur eux.

Le non-libéralisme est un nihilisme

Le non-libéralisme, en tant que philosophie cohérente, est donc impossible. Les différentes philosophies anti-libérales ne sont que des nihilismes masqués, des philosophies de l’anti-Droit.

Et il ne faut pas s’y tromper : il ne peut y avoir d’ordre que spontané. Les régimes totalitaires n’étaient pas une expression de l’ordre, mais du chaos : une société de pouvoir arbitraire, et non de règles. Les totalitarismes ne sont pas des sociétés de règles, ni de logique prise au sérieux, pas plus qu’ils ne sont des sociétés d’ordre. Ils ne sont pas le pôle opposé de l’anomie nihiliste, mais bien, simplement, une autre forme de sauvagerie, de zone de non-Droit, de rejet de l’universalisme libéral. Ce n’est donc certainement pas un hasard s’ils se sont conclus par une dislocation sans précédent de la civilisation organisée, un désordre sans bornes, un chaos complet. Le socialisme, c’est l’abolition de l’économie rationnelle. De même, l’étatisme est l’abolition de la société rationnelle, et le constructivisme, l’abolition de la civilisation rationnelle.

Des prétendus « anarcho-primitivistes » aux totalitaires (national-)socialistes de tous bords, en passant par les démocrates et autres « modérés », tous ont donc un objectif commun : la destruction du Droit en tant qu’ensemble de règles universelles applicables à tous, et donc le sabotage de l’accomplissement fondamental de la civilisation humaine rationnelle.

Ce n’est pas un hasard, dès lors, s’ils se retrouvent dans l’opposition aux valeurs civilisées dont le Droit permet le développement : les droits de l’homme bien compris — le libéralisme ; la reconnaissance de l’identité des droits de tous — l’humanisme bien compris ; le marché, le libre-échange, le travail créatif, l’accumulation de capital et la croissance — le capitalisme ; et enfin et surtout, l’ordre pacifique résultant de la coopération volontaire — le laissez-faire.

Nihilisme ou laissez-faire, état de nature ou société ordonnée, État de non-droit ou état de Droit, loi du plus fort ou droits de l’homme, barbarie ou civilisation, donc : parfois certains choix sont aussi simples que ça.

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  • Le libéralisme constituerait donc à découvrir le Droit ? Cela voudrait dire qu’il n’y a qu’un Droit unique, que celui-ci serait caché et par itération scientifiques, l’on finirait par le rationaliser ?

    Cette approche est constructiviste, désolé de le dire, mais elle repose sur l’utopie qu’il existerait une vérité universelle, alors que seule la réalité est universelle.

    Non désolé : s’il existe bien un ordre des choses réel, l’homme possède une transcendance : la capacité de conceptualiser le hasard, ce qui n’existe pas (encore ou plus ou pas), celle de conceptualiser le vide, ce qui n’existe pas réellement. Cette transcendance est d’ailleurs insupportable : aucun être humain peut regarder le vide en face et ne pas en avoir peur.

    C’est uniquement cela le libéralisme : accepter la transcendance et essayer de la comprendre le mieux possible pour en tirer le plus possible, et admettre que l’on ne saura jamais tout, c’est un exercice de courage quotidien qui consiste à regarder le vide.

    Cela impose de voir le monde autrement : pas seulement comme un objet d’expérience scientifique.

    Toute découverte est une matérialisation de la transcendance : du vide au réel, de ce qui n’existait pas à ce qui existe, et ce processus est empirique, profondément.

    La raison ne crée rien : on ne fait pas du neuf avec du vieux.

    Cela ne veut pas dire que l’approche raisonnée n’a pas de sens, loin de là. Cela veut juste dire qu’elle n’est pas tout.

    • Le libéralisme est bel et bien fondé sur la découverte de l’ordre naturel, et le socialisme est une révolte contre cet ordre.
      La formule est de F. Guillaumat: http://blog.turgot.org/index.php?post/test-2-Guillaumat
      Je vous recommande aussi de l’écouter sur http://www.lumiere101.com.

      Mais ce n’est pas une innovation, Bastiat le définissait déjà ainsi:
      « La science politique consiste à discerner ce qui doit être ou ce qui ne doit pas être dans les attributions de l’État; et, pour faire ce grand départ, il ne faut pas perdre de vue que l’État agit toujours par l’intermédiaire de la Force. Il impose tout à la fois et les services qu’il rend et les services qu’il se fait payer en retour sous le nom de contributions.
      La question revient donc à ceci: Quelles sont les choses que les hommes ont le droit de s’imposer les uns aux autres par la force? Or, je n’en sais qu’une dans ce cas, c’est la justice. Je n’ai pas le droit de forcer qui que ce soit à être religieux, charitable, instruit, laborieux; mais j’ai le droit de le forcer à être Juste; c’est le cas de légitime défense.
      Or, il ne peut exister, dans la collection des individus, aucun droit qui ne préexiste dans les individus eux-mêmes. Si donc l’emploi de la force individuelle n’est justifié que par la légitime défense, il suffit de reconnaître que l’action gouvernementale se manifeste toujours par la Force pour en conclure qu’elle est essentiellement bornée à faire régner l’ordre, la sécurité, la justice.
      Toute action gouvernementale en dehors de cette limite est une usurpation de la conscience, de l’intelligence, du travail, en un mot de la Liberté humaine. »

      « Je me demande si le droit de Propriété n’est pas un de ceux qui, bien loin de dériver de la loi positive, précédent la loi et sont sa raison d’être? Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, une question subtile et oiseuse. Elle est immense, elle est fondamentale. »

      • Sur un ordre naturel : absolument d’accord, mais la notion de Droit est à mon avis une extrapolation extrêmement dangereuse qui amène à faire l’amalgame avec le droit positif de façon directe et implique la notion d’Etat.

        Mon avis est que l’état naturel est centré sur la Liberté qui est entièrement indépendante de l’Etat, de la communauté, des autres…

        La Liberté étant le fait d’être le seul maître en toute chose me concernant.

        Le droit résidant dans les contrats, donc n’existant pas en soi de façon naturelle.

    • pourquoi droit unique ? rien ne dit qu’il n’existe qu’une seule solution de droit même au sens libéral !

  • Très pertinent et riche en références. Merci !

  • Intéressant, l’auteur nous parle de philosophie du droit mais ne cite ou évoque aucun des penseurs ou des philosophes du droit. A t il simplement lu une seule ligne de philosophie du droit?

    • Il cite F Guillaumat, Ayn Rand et Hoppe.
      Lesquels nous renvoient à Rothbard, Tresmontant, les Autrichiens, Bastiat, les scolastiques…
      Qui d’autre ?

      • Aucun d’entre eux n’est juriste ou philosophe du droit. À la limite ils peuvent intervenir dans la perspective d’une analyse économique du droit (Posner). Pour m’intéresser à la philosophie du droit j’ai trouvé cert article à côté de la plaque.

  • Article intéressant à la base…

    Jan Krepelka: « en passant par les démocrates et autres « modérés », tous ont donc un objectif commun : la destruction du Droit en tant qu’ensemble de règles universelles applicables à tous, et donc le sabotage de l’accomplissement fondamental de la civilisation humaine rationnelle. »

    « Rationnelle » faut voir… Pas de police, pas de lois, pas de justice, mais pas d’anarchisme non plus, pas de démocratie, mais pas de dictateur !?

    En vrai, dans la réalité et en pratique, ça a quelle gueule cette société idéale ? La gazelle et le lion qui s’embrassent spontanément ?

    Jan Krepelka:  » il ne peut y avoir d’ordre que spontané »

    C’est certain :

    Spontanément, après un mois, les premières bandes se formeraient et s’organiseraient déjà pour piller les autres, les plus forts établiraient une autorité, des batailles auraient lieu pour le pouvoir, on réinventerait la féodalité en quelques années en espérant arriver au truc le moins nocif qu’on aie inventé jusqu’à maintenant en moins de 2000 ans: L’état de droit libéral et démocratique.

    Des fois, je m’interroge sur le fait que les libéraux français n’arrivent à rien alors que dans d’autres pays, ils existe des partis libéraux qui marchent et font évoluer leur société. D’autres fois, je comprends le pourquoi de cette exception française. :mrgreen:

  • Excellent article, et très juste conclusion.
    Excellentes références, aussi.
    Il faut écouter François Guillaumat démontrer que toute baisse de dépense publique augmente d’autant le production (www.lumiere101.com/2013/02/26/le-theoreme-d’omlevaah).

    Le défi qui nous est posé est donc celui de La grève (Atlas Shrugged): Le non-libéralisme étant nihiliste, donc condamné au néant, ne peut exister qu’en parasitant le libéralisme.
    Telle est la réalité humaine depuis toujours.
    Que le parasite patiente, et la société prospère; qu’il se laisse aller, et il tue son hôte et meurt.

    L’ascension et la chute de l’Occident ressemblent à celles de Rome (« Rome du libéralisme au socialisme », de Philippe Fabry). L’Occident chrétien a, je crois, pulvérisé tous les records en termes de libéralisme avant de s’anéantir dans la Grande Guerre et de sombrer dans l’État-providence post-chrétien.
    Et le socialisme est déjà rejoint par un autre pillard bien plus brutal encore …

    Plus sinistre encore, le fait que tout ce qui est dit ici est un rappel de choses dites et démontrées depuis au moins 165 ans dans les écrits de Frédéric Bastiat (les Harmonies économiques).
    Avant Marx.
    Ce qui nous renvoie au pessimisme de J-F Revel dans La connaissance inutile.
    Le pillage, socialiste ou autre, continuera donc de détruire jusques y compris les plus belles réussites.

    • Ne soyez pas pessimiste Fucius, le libéralisme est l’état naturel des choses : les hommes naissent libres et égaux n’est pas un mantra, mais une constatation.

      Le socialisme n’est qu’un parasite, vous avez entièrement raison. Et les parasites ca s’élimine (bien que quelques uns, en particulier sur ce site, soient particulièrement gratinés)

      L’ancien régime, l’Etat unique ultra socialiste fondé par Louis XIV a engendré les lumières et la DDHC de 1789. Il faut toujours une compétition pour grandir.

      • « L’ancien régime, l’Etat unique ultra socialiste fondé par Louis XIV a engendré les lumières et la DDHC de 1789. Il faut toujours une compétition pour grandir. » WTF avez vous jamais lu un livre d’Histoire? L’État de Louis XIV c’est, hors armée, moins de 50 000 fonctionnaires pour 20 millions de français, des corps intermédiaires partout, une centralisation qui aujourd’hui passerai pour du fédéralisme, etc. D’un point de vu libéral l’État louisquatorzien est infiniment préférable au moloch actuel.

        • Vous avez raison, il faut relativiser : autre temps, autres mœurs.

          Mon point était sur les similitudes d’effet : privilèges, oligarchie, cloisonnement social, centralisme hiérarchique, etc…

          Et que cela paraissait déjà insupportable, tant au point de vue politique qu’économique.

          Le terme ultra était un peu … ultra, j’en convient.

  • THERE IS NO ALTERNATIVE.
    ca me parait tellement évident, l’unité est l »individu, a partir de là…

  • Considérer que le Droit se découvre plutôt qu’il ne se décide pose plusieurs problèmes philosophiques et épistémologiques et ait assez contraire à l’intuition. Lorsqu’on parle de découverte (en l’opposant à invention), cela implique que ce qu’on découvre existe indépendamment du découvreur. Neptune existait avant qu’on la découvre. Le Droit, lui, n’existait pas avant qu’on ne le pense, qu’on ne l’invente, c’est quelque chose issu de l’esprit humain.

    Votre exemple du procès est inadapté. Prenons le cas de la légitime défense, ici il s’agit bien de décider si l’action est justifiée ou non. Le coupable est connu, il n’y a aucun doute, ce qui est en jeu c’est la légitimité de son action.

    L’exemple des mathématiques est également mal choisi, je n’entrerai pas dans le débat certes passionnant de savoir si on « découvre », ou on « invente » en mathématiques, ce qui compte ici c’est que même en mathématiques la vérité de certains énoncés dépend du choix des axiomes. Les plus connu sont l’axiome du choix ou les axiomes qui déterminent dans quelle géométrie on se place (suivant ceux-ci l’énoncé par un point passe une unique droite parallèle à une autre n’est pas toujours vrai tout comme l’énoncé le plus court chemin entre deux points est une ligne droite).

    Je conteste également le fait que revendiquer le droit de respirer, de marcher, de parler (bien qu’ici parler de droit me semble inapproprié, étant donné que ce sont des fonctions naturelles de l’individu) nécessite une théorie des droits de propriété. Tout d’abord, parler de propriété de soi-même pose un problème de logique. Quel sens donné à la proposition : « Jan est propriétaire de Jan », ou encore « Jan appartient à Jan » ? Intuitivement, la relation de propriété se fait entre un objet et un sujet, et la relation d’appartenance se fait entre un élément et un ensemble. Ici, on est dans un cas d’auto-appartenance qui est toujours délicat à traiter en mathématiques. Votre raisonnement est un peu trop rapide. La négation de la proposition que d’autres ne sont pas propriétaires de vous-même n’est pas logiquement équivalente à a proposition selon laquelle vous êtes propriétaire de vous-même. Pour que cela soit une conclusion valide, il faudrait ajouter la proposition suivante : parmi tous les individus peuplant la Terre, il en existe un et un seul qui soit propriétaire de vous. Mais se pose la question du pourquoi une telle proposition, n’est-elle pas ad hoc ?

    Dernier point, vous argumentez sur le fait qu’il y ait incohérence logique à proclamer son droit et renier celui des autres (pour ma part, je ne pense pas qu’on puisse parler d’incohérence logique, le fait de revendiquer SON droit n’implique nullement qu’on reconnaisse celui des autres, il faut accepter bien d’autres propositions logiques), mais finalement à quoi sert votre argumentation ? Car, de votre point de vue, ou bien on dispose de la logique élémentaire et dans ce cas naturellement on aboutit à vos conclusions, ou bien on n’en dispose pas et dans ce cas, toute votre argumentation que vous voulez baser sur la logique n’a aucun impact. C’est un problème similaire à celui de l’amoral, ici il conviendrait plutôt de parler d’ a-logique. Vous pouvez lui répéter 1 000 fois qu’il est incohérent, si celui-ci ne partage pas votre logique (volontairement ie de mauvaise foi, ou non), cela ne mènera à rien. In fine, ce qui compte c’est le poids social correspondant à ceux qui partagent votre logique.

    • Vos distinctions ont une certaine pertinence dans l’absolu, mais ne changent rien à mes propos.

      >Le Droit, lui, n’existait pas avant qu’on ne le pense, qu’on ne l’invente, c’est quelque chose issu de l’esprit humain.

      De même que les mathématiques, cependant le fait qu’une pomme et une deuxième pomme font deux pommes est une réalité qui existe, indépendamment du fait qu’un esprit humain y réflechisse et appelle le procédé « addition ». C’est une réalité qu’on découvre, ou c’est un choix arbitraire soumis au vote du parlement ? http://laissez-faire.ch/content/files/mathematiques-positives.jpg

      De même, un acte est juste ou injuste. C’est une distinction radicale d’approche, entre décider et découvrir le juste et l’injuste, entre découvrir si un acte de légitime défense est juste ou injuste, ou le décider.

      Sur la « propriété de soi », vous jouez sur la nuance entre la propriété de son corps et de tout ce que cela implique et la notion d’agent-sujet propriétaire, qui serait distinct d’objets-propriété. Et un agent propriétaire ne peut pas être propriétaire de l’agent propriétaire lui-même, puisqu’il est sujet et non objet ? Oui, nous pouvons définir les choses ainsi – et donc, un agent propriétaire ne saurait être propriétaire de « soi-même » au sens d’agent propriétaire-sujet, mais uniquement de son corps-objet, etc. Mais justement : un autre agent propriétaire-sujet pourrait dès lors encore moins être propriétaire de moi (sujet).

      cf. sur cette question François Guillaumat http://fr.liberpedia.org/Qui_est_le_propri%C3%A9taire_de_mon_corps : si être propriétaire de moi a un sens, alors je suis propriétaire de moi, si cela n’en a pas, eh bien cela n’en a pas, et autrui l’est encore moins.

      >Dernier point, vous argumentez sur le fait qu’il y ait incohérence logique à proclamer son droit et renier celui des autres

      tout à fait : vous n’avez d’ailleurs pas montré pourquoi une personne aurait des droits qu’une autre n’aurait pas

      > Car, de votre point de vue, ou bien on dispose de la logique élémentaire et dans ce cas naturellement on aboutit à vos conclusions, ou bien on n’en dispose pas et dans ce cas, toute votre argumentation que vous voulez baser sur la logique n’a aucun impact.

      Tout à fait, c’est bien mon point central, et avant moi celui de Rand, Hoppe, etc : soit on se comporte en animaux sauvages qui n’ont pas recours à l’argumentation et à la logique, et alors c’est la guerre des uns contre les autres, soit on argumente, on a recours a la logique, bref on tente de découvrir le Droit en être civilisés, et alors le libéralisme est la seule réponse.

      • Merci de votre réponse.

        Le nombre lui-même est une entité abstraite qui n’existe que parce qu’il a été pensé. Qu’est-ce qu’un nombre, voilà une question très difficile (il existe pourtant une définition satisfaisante, mais peu de gens pourraient la donner). Vous vous apercevrez qu’on peut difficilement considérer cette notion comme existant indépendamment de l’esprit qui la pense.

        Un exemple sur le 1+1=2. Il existe une tribu en Amazonie, dont le nom m’échappe mais pour le propos ce n’est pas l’essentiel, qui dispose d’une numération différente de la nôtre. Ils disposent de nombres comme les nôtres 1,2,3, … Mais la suite s’arrête à un moment (admettons que c’est 10), Au-delà, il utilisent le « nombre » « beaucoup ». Cela n’empêche pas la création d’une arithmétique cohérente, dans laquelle un ensemble de 11 éléments sera « égal » (je mets entre guillemets car ce n’est pas le même « = » que nous ») à un ensemble de 12 éléments.

        Lorsque vous dites qu’un acte est juste ou injuste, on a l’impression que cet attribut (juste ou injuste) fait partie de l’essence de l’acte. Or des exemples très simples montrent que ce n’est pas le cas. Jean tue Paul. Voilà l’acte. Imaginons deux situations : dans la première Jean tue Paul parce que celui-ci le menaçait avec une arme. Dans le second Jean tue Paul, parce que sa nom ne lui plaît pas. L’acte est le même, pourtant le jugement ne sera pas le même, du fait du contexte extérieur à l’acte.

        J’ai lu le lien que vous citez sur la propriété de soi. Un des problèmes vient de l’énoncé suivant : « dans la mesure où il [le corps humain] est employé pour agir, il est forcément possédé par quelqu’un ». Cette affirmation mériterait d’être prouvée. D’ailleurs, elle pose d’énormes problèmes. Prenons les animaux, ils agissent, pourtant considère-t-on qu’ils sont propriétaires d’eux-mêmes ?

        Le fait de considérer que soi-même disposons de droits n’impliquent pas logiquement qu’on doive considérer que les autres disposent de droits semblables. Pour que cela soit une conséquence logique, il faudrait ajouter le proposition : tout droit dont je dispose est un droit dont dispose autrui. Mais cette proposition n’est pas contenue dans la première. C’est bien là le cœur du problème.

        • >J’ai lu le lien que vous citez sur la propriété de soi. Un des problèmes vient de l’énoncé suivant : « dans la mesure où il [le corps humain] est employé pour agir, il est forcément possédé par quelqu’un ». Cette affirmation mériterait d’être prouvée. D’ailleurs, elle pose d’énormes problèmes. Prenons les animaux, ils agissent, pourtant considère-t-on qu’ils sont propriétaires d’eux-mêmes ?

          L’argument va dans l’autre sens : pour que le concept de « propriété » ait un sens, alors il faut qu’une personne qui agit soit propriétaire d’elle-même (Voir par exemple : http://mises.org/sites/default/files/For%20a%20New%20Liberty%20The%20Libertarian%20Manifesto_3.pdf pp. 33-35). Pour les animaux, c’est un (vaste) autre débat, mais ici il suffit de dire : si les animaux étaient propriétaires d’objets, alors ils seraient aussi propriétaires d’eux-mêmes.

          >Le fait de considérer que soi-même disposons de droits n’impliquent pas logiquement qu’on doive considérer que les autres disposent de droits semblables. Pour que cela soit une conséquence logique, il faudrait ajouter le proposition : tout droit dont je dispose est un droit dont dispose autrui. Mais cette proposition n’est pas contenue dans la première. C’est bien là le cœur du problème.

          Peut-il y avoir de droits non-universels ? Je dirais que non, mais en l’occurence il n’est pas nécessaire de le démontrer. L’argument tel que je l’ai énoncé va de nouveau dans l’autre sens : quelle justification peut-il y avoir pour que A ait un droit X, que B n’aurait pas ? A ma connaissance, il y a beaucoup de cas historiques où certains ont prétendu en avoir (« droit divin », esclavage de certaines « races » par d’autres, etc), mais aucun qui ne résiste à l’analyse, aucun cas où ces prétentions auraient le moindre début de fondement.

        • >Un exemple sur le 1+1=2. Il existe une tribu en Amazonie, dont le nom m’échappe mais pour le propos ce n’est pas l’essentiel, qui dispose d’une numération différente de la nôtre. Ils disposent de nombres comme les nôtres 1,2,3, … Mais la suite s’arrête à un moment (admettons que c’est 10), Au-delà, il utilisent le « nombre » « beaucoup ». Cela n’empêche pas la création d’une arithmétique cohérente, dans laquelle un ensemble de 11 éléments sera « égal » (je mets entre guillemets car ce n’est pas le même « = » que nous ») à un ensemble de 12 éléments.

          Il me semble tout de même que leur science des mathématiques est alors moins pratique que la nôtre. Si « beaucoup » des membres de leur tribu de 50 personnes succombent à la malaria, la réalité ne sera pas la même si c’est 15 ou 49. Qu’ils disposent du vocabulaire adéquat pour la décrire ou non ne va pas la changer. Peut-être qu’ils ne se sont jamais posé la question parce que leurs tribus n’ont que 12 membres, mais pareil pour le Droit : au fur et à mesure que de nouvelles questions se posent, ou que des membres de la société y réfléchissent et argumentent de nouvelles réponses, la science du Droit se complète et se précise.

          >Lorsque vous dites qu’un acte est juste ou injuste, on a l’impression que cet attribut (juste ou injuste) fait partie de l’essence de l’acte. Or des exemples très simples montrent que ce n’est pas le cas. Jean tue Paul. Voilà l’acte. Imaginons deux situations : dans la première Jean tue Paul parce que celui-ci le menaçait avec une arme. Dans le second Jean tue Paul, parce que sa nom ne lui plaît pas. L’acte est le même, pourtant le jugement ne sera pas le même, du fait du contexte extérieur à l’acte.

          Sans doute faut-il avoir une définition moins étroite de « acte ». Agression et défense ne sont alors pas le même acte. Approcher le Droit comme une science, cela implique de considérer qu’il y a une bonne réponse (cet acte est juste ou injuste) correspondant à une vision correcte de la réalité et qu’il faut la découvrir. Selon les progrès de la science, la réponse va se préciser, il peut y avoir des erreurs, mais l’approche consiste à admettre qu’il faut y réfléchir, et argumenter pour découvrir et démontrer cette bonne réponse. Donc oui, selon cette définition du Droit (la seule cohérente), les concepts de « juste » et « injuste » (les seuls valides) impliquent bien qu’ils sont des attributs de l’acte, qu’ils soient ou non découverts par les personnes qui cherchent la réponse, selon leur progrès dans la science du Droit.

          Pour vous retourner la question : un meurtre que personne n’a vu (autre que le meurtrier, qui est fier de son acte), personne n’a constaté, et personne n’a jugé, est-il injuste ? Donc oui, la définition de « meurtre » implique le concept de « injuste », et le concept de « injuste » implique bien qu’il soit intrinséque à un acte donné, et non dépendant d’une opinion ultérieure sur cet acte.

          • Je dirai plutôt que « pour que le droit de propriété soit considéré comme naturel, alors il faut qu’une personne qui agit soit propriétaire d’elle-même », le sens du concept « propriété » ne nécessite nullement cela. Heureusement d’ailleurs car sinon on aurait un définiens qui utilise le definiandum. C’est bien là le problème. Les libertariens veulent que le droit de propriété soit considéré comme « naturel », ils ont donc cherché une manière de le déduire de manière logiciste (étant donné que même le fondement mathématique logiciste a échoué on se demande comment il pourrait réussir, mais bon….) Ils sont arrivés à cette proposition d’autopropriété des individus. Mais au lieu de se poser la question sur le sens ou le non-sens de celle-ci, ils l’ont pris pour postulat. Peut-être finalement est-ce plus acceptable de considérer que le droit de propriété n’est pas un droit naturel. Ceci dit, je remarque que toute référence au principe d’action est éliminé de votre propos.

            « quelle justification peut-il y avoir pour que A ait un droit X, que B n’aurait pas ? », Vous inversez la charge de la preuve. A considère qu’il dispose d’un droit, pourquoi devrait-il accorder ce même droit à B. il peut l’accorder comme il peut ne pas le faire, aucune déduction logique ne permet de conclure.

            Je suis entièrement d’accord avec vous, l’aspect pratique d’une arithmétique aussi « vague » (mais cohérente au sens logique) est bien moindre que l’arithmétique que nous utilisons. Mais la question n’est pas là. Ce que cela montre c’est qu’un énoncé aussi simple que 10+2=9+3 n’est pas toujours faux, tout dépend le sens que l’ont met derrière « = » et l’arithmétique qu’on utilise.

            Qu’est-ce qu’une « bonne réponse » en science, une « bonne théorie », le débat n’est toujours pas tranché. Est-ce une théorie qui minimise les postulats ? Qui s’accordent avec le plus de faits observables ? Qui voit ses prédictions réalisées ? Toutes ne sont pas équivalentes présentent leurs propres qualités et leurs défauts. L’exemple de votre dernier paragraphe est biaisé, puisque vous vous placez selon un point de vue divin. Rien qu’en énonçant cela, vous cassez l’ignorance qui entoure ce crime. D’autre part, encore une fois, le meurtre peut être justifié en certaines circonstances, tout dépend de pourquoi il a été commis, et le pourquoi ne fait pas partie de l’essence de l’acte. C’est le contexte.

            • Les mots « droit » et « propriété » correspondent à des concepts, et ces concepts doivent avoir un sens cohérent, au même titre que disons le concept de « chaise ». Libre à vous d’appeler une fraise « chaise », mais si je ne peux m’asseoir dessus alors cela ne sera pas une chaise au sens cohérent en français du concept lexicalisé « chaise ». Peut-on manger une chaise ? Une chaise peut-elle aimer, ou prendre une décision ? Tout cela relève de la validité des concepts : je peux construire la phrase « ma chaise a décidé de devenir socialiste », mais cela ne correspond pas aux concepts lexicalisés cohérents de « chaise » et « décider ». (cf. pour une autre application de cela : http://laissez-faire.ch/fr/articles/le-transhumanisme-la-prochaine-etape-de-la-civilisation/#sec-1.2 )

              Quel serait donc ce concept de « propriété » qui n’inclut pas la propriété d’une personne sur son propre corps ? Et quel serait ce concept de Droit qui ne serait pas lié aux concepts de juste, injuste, et de justification rationnelle d’un droit donné ?

              >A considère qu’il dispose d’un droit, pourquoi devrait-il accorder ce même droit à B

              Parce que pour avoir un droit, selon le concept valide de droit, il ne suffit pas de le « considérer », il faut en apporter une justification, et si cette justification n’inclut pas la discrimination entre A et B, alors le droit différencié de A et B n’est pas défendable. La définition de droit ne repose pas sur « je considère » ou « j’ai envie » mais bien sur une justification selon un principe, une règle, une légitimité, une argumentation logique. Les mots ont un sens, cf. l’épistémologie objectiviste de Ayn Rand :
              http://fr.liberpedia.org/Objectivisme#La_double_d.C3.A9pendance_des_concepts

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