Débat sur l’euthanasie : est-ce le bon moment ?

jeune fille credits JL Mazières (licence creative commons)

Ce faux débat, qui se réduit à l’avis binaire d’une chambre de députés dans l’air du temps sans consulter la nation, est emblématique de la mise sous tutelle des Français.

Ce faux débat, qui se réduit à l’avis binaire d’une chambre de députés dans l’air du temps sans consulter la nation, est emblématique de la mise sous tutelle des Français.

Par le général Didier Tauzin.

jeune fille credits JL Mazières (licence creative commons)

Invité par des chaînes de télévision et de radios comme expert des forces spéciales pendant les événements des 7, 8 et 9 janvier qui ont endeuillé notre pays et fait réagir tant de Français, je me suis – moi aussi – senti personnellement atteint par les attentats qui sonnent à mon âme de soldat comme une attaque en règle contre la France et ses valeurs éternelles, celles pour lesquelles je me suis toujours battu.

Incontestablement, le pays tout entier a été fragilisé par cette semaine noire. La grande fébrilité que l’on constate, dans les rues, les écoles, les transports en commun, montrent que l’insécurité n’est pas une préoccupation prise à la légère par nos concitoyens. Disons-le, l’inquiétude gagne notre pays. Tout cela appelle des mesures de sécurité fermes, auxquelles travaille en ce moment le gouvernement. Espérons que les décisions politiques seront à la hauteur des enjeux.

Mais pour avoir vécu, au Rwanda notamment, dans des situations de grande tension où, entre rivalité et guerre ethnique, tout peut encore basculer, je me pose la question de l’origine profonde des violences qui agitent notre société. La violence est souvent elle-même une réponse excessive à une autre forme de violence, moins démonstrative, mais ressentie parfois comme une très grande humiliation. C’est une leçon que nous pouvons constater tous les jours.

Ainsi, au risque de choquer, le énième débat sur l’euthanasie qui s’est ouvert à l’Assemblée nationale me semble être un pas de plus dans la déflagration d’un système éculé et révèle l’incapacité de nos dirigeants à gérer les situations de crises, à l’heure même où celles-ci se font sentir avec plus d’acuité. En quoi l’instauration d’un droit à la sédation pour les personnes malades ou âgées correspondrait-elle à un progrès social, au moment où la France, divisée sur cette question éthique, devrait s’unir pour faire front et redresser la barre ?

Après le « mariage pour tous » les Français vont-ils encore s’écharper autour de questions, essentielles pour la dignité humaine, mais secondaires au regard de l’actualité et génératrices de divisions, quand le président de la République ne cesse d’appeler à l’unité nationale et à la sérénité ? François Hollande avait promis il y a un an, lors de la remise du rapport Sicard sur la fin de vie, un débat sur celle-ci et une proposition de loi. Mais quelle est l’utilité réelle de cette démarche ? Il n’y en a aucune. La loi Léonetti apportait des réponses adaptées à une question qui touche au plus intime de chaque être humain : la souffrance, que notre monde matérialiste considère à mi-voix comme une déchéance humaine. C’est ce qui sépare tous les jours un peu plus notre classe politique des Français. Il y a une incompréhension de l’Homme, à tous les niveaux. L’euthanasie en est un. Et il est symptomatique des solutions à la mode, qui choisissent de nier la réalité pour mieux la soustraire et l’éloigner de nos yeux. Pour Charlie Hebdo comme pour les partisans de l’euthanasie, l’Homme, chrétien, agnostique, bouddhiste ou musulman, est réduit à sa dimension matérielle.

C’est ainsi que lorsque le nouveau rédacteur en chef choisit de publier une nouvelle caricature de Mahomet, surfant sur la nouvelle renommée de son journal polémique, il heurte la sensibilité de nombreux musulmans et attise les haines. Qui se préoccupera des autres morts de Charlie Hebdo, ces chrétiens du Niger massacrés ces derniers jours ? Qui se préoccupe des vieux ? En réalité, il n’y a aucune compassion dans une aide médicale à mourir, qu’on la nomme sédation profonde ou euthanasie. Il ne s’agit que de la même lâcheté sociale, qui consiste à nier la réalité humaine en éliminant les problèmes, alors que, jeunes ou vieux, malades ou bien portants, c’est le même accompagnement dans l’épreuve, c’est le même regard de respect, d’humanité et de tendresse dont nous avons besoin.

Sur la question de la fin de vie, nous prenons donc le problème à l’envers, au risque que le remède soit pire que le mal.

La vieillesse et la maladie sont des réalités humaines, comme toutes les autres. Elles ne sont ni nouvelles, ni différentes. En revanche, le regard que nous portons sur elles a bien changé. Dans un monde où l’homme est devenu une denrée exploitable, jugée à l’aune de sa rentabilité et de sa productivité, être réduit à l’état de vieille machine déréglée et obsolète est doublement insupportable. Pour les personnes âgées ou malades, qui se sentent ainsi regardées comme des poids dont tout le monde attend d’être soulagé. Mais aussi pour les biens portants, qui ainsi se projettent dans ce corps inutile qui les attend.

contrepoints 140 social-démocratie euthanasieCe faux débat, qui se réduit à l’avis binaire d’une chambre de députés dans l’air du temps sans consulter la nation, est emblématique de la mise sous tutelle des Français, jugés inaptes à prendre une décision qui serait probablement contraire à la pression médiatique de petits groupes d’intérêt, si nous leur permettions de comprendre les enjeux de l’euthanasie. Ce ne sont pas les sondages aux questions habilement choisies qui me feraient penser le contraire.

À rebours de cette confiscation du pouvoir qui nous entraîne, depuis des décennies, dans une voie sans issue, celle du divorce entre les citoyens et l’idéologie portée par le système des partis, indépendamment de leurs couleurs, j’appelle chacun à faire preuve de bon sens et tout simplement d’humanité.

La sédation jusqu’à ce que mort s’ensuive devrait paraître odieuse à tout être humain responsable. Car quelle est notre responsabilité sinon d’apporter amour, joie et dignité à ceux qui sont diminués ? Au lieu de leur donner honte d’eux-mêmes et de les réduire au désespoir par la démission pudique d’un système à bout de souffle, donnons leur envie de vivre ! Une loi qui propose la mort comme solution à une souffrance est un aveu d’échec et d’impuissance d’une violence inouïe, et un déni d’humanité.

Pouvons-nous accepter une telle fatalité ? Non, trois fois non ! Non, parce que l’Homme mérite tous les efforts ! Non, parce qu’au combat on n’abandonne jamais un camarade blessé sous prétexte qu’il est encombrant pour avancer ! Non, parce qu’accepter la fatalité, c’est ouvrir la porte à tous les désespoirs. La France est capable de beaucoup plus, de bien mieux. De tout temps et aujourd’hui encore, la France est une terre d’espérance qui ne demande qu’à renaître des cendres auxquelles des générations défaitistes l’ont réduite, par facilité autant que par démission.

La question de l’euthanasie, la méthode confiscatoire utilisée pour aborder cette douloureuse question, ne sont qu’une infime partie d’une question plus vaste. Car le vrai combat pour rebâtir la France commence par la reconquête et la défense de notre humanité, et de la liberté.


Pour en savoir plus sur l’initiative « France, terre d’espérance » voir ici.