Guerre des monnaies : vers l’apocalypse monétaire ?

Uncle sam credits DaugaardDK (licence creative commons)

Le but de cette guerre n’est pas de résoudre un conflit d’intérêt mais d’investir et de détruire les poches de capital qui demeurent encore dans le monde.

Par Michel Leter.

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Naguère on opposait les guerres froides aux guerres chaudes, aujourd’hui le système de la guerre mondiale qui trouve son origine dans la fondation de la banque d’Angleterre en 1694 et qui a pris son plein essor en 1913 avec la création de la Fed permet de dépasser cette antinomie en privilégiant ce que Jim Rickards et Hongbing Song appellent « la guerre des monnaies », qui est à la fois froide (elle se déroule sur des « marchés ») et chaude (comme en témoignent les guerres civiles qui se multiplient aux marches de l’Empire, en Syrie, en Ukraine, en Afrique de l’Ouest et dont il est désormais à craindre que la France connaisse un jour les horreurs).

De même qu’à partir de 1915, les chefs des deux camps étaient tombés d’accord pour s’enterrer dans des tranchées, les généraux qui conduisent aujourd’hui la guerre des monnaies sont tous d’accord sur la même stratégie, indépendante de l’économie réelle : le dollar doit monter et par conséquent l’euro doit baisser. Le but de cette guerre n’est pas de résoudre un conflit d’intérêt mais, dans la mesure où les gouverneurs des banques centrales défendent tous le même intérêt, celui de l’hyperclasse impériale, leur objectif commun est d’investir et de détruire les poches de capital qui demeurent encore dans le monde afin de prédisposer les peuples à l’obéissance aveugle requise lors de l’Armageddon monétaire, qui verra la réquisition de l’ensemble des comptes bancaires, lesquels, comme la récente condamnation de BNP Paribas par la justice américaine l’a révélé, sont tous interconnectés sous tutelle américaine. Ce n’est pas céder au complotisme, dans un tel contexte, que d’observer que toute opération de sidération des masses, comme celle que nous avons connue ces derniers jours dans notre pays, est l’équivalent d’un crash test financier. Il permet d’éprouver la docilité des « citoyens » élevés dans l’anticapitalisme, leur capacité à se soumettre aux représentants locaux de l’hyperclasse impériale en cas de situation d’urgence, comme celle d’un méga-krach financier qui verrait la valeur des fausses monnaies en usage réduite à néant.

La fiction de la « divergence » entre l’économie américaine et celle de la zone euro

Les pseudo-marchés ont décidé de chevaucher le serpent de mer de la reprise américaine périodiquement invoqué depuis 2008 pour faire accroire que la crise peut être surmontée sans réduire les déficits. Ainsi l’euro est à la merci des « ours » (les baissiers) représenté par M. Draghi (ancien salarié de Goldman Sachs) et le groupe des pays du sud de l’Europe qui, au sein du conseil des gouverneurs de la BCE, entretiennent la vieille lune de la « balance du commerce » selon laquelle un euro faible relancerait les exportations, en faisant à chaque conférence de presse de la BCE miroiter l’idée d’un QE (Quantitative easing, « assouplissement quantitatif » à l’européenne).

Or, l’économie américaine reste en dépression non seulement parce qu’elle n’a pas retrouvé ses performances d’avant 2008 mais parce que son endettement reste bien supérieur à celui des pires élèves de la zone euro comme la France.

Le système de la guerre mondiale dans lequel est enferrée l’Amérique depuis 1913 l’a conduit aujourd’hui à vouloir faire rendre gorge à deux producteurs de pétrole qui entravent les projets de l’Empire, la Russie et l’Iran. Cette politique est néfaste pour la nation américaine car non seulement elle met en cause sa toute neuve indépendance énergétique (qui lui permettrait en théorie de se passer enfin de son encombrant allié depuis le pacte signé sur le porte-avion Quincy en 1945, l’Arabie Saoudite) mais encore parce qu’elle nuit au seul secteur qui connaissait un boom de prospérité outre-Atlantique, celui du pétrole et du gaz de schiste. Selon les experts, on peut s’attendre à une réduction de plus de 30% du nombre des installations de forage aux États-Unis dans les 10 prochaines semaines (source : l’article de Jacques Sapir « Schiste : éclatement de la bulle » sur le site des iconoclastes).

Dans les bassins du Texas et du Nouveau Mexique, sur la première semaine de 2015, ce sont déjà 28 installations sur 502 qui ont fermé et le mouvement devrait faire boule de neige. Voilà un nouveau témoignage du fait que toute politique impériale financée par la dette s’opère contre le capital, contre la richesse des nations.

Pour l’heure, les banques centrales, dans l’esprit du néo-socialisme qui consiste à donner pour capitalisme un socialisme qui ne dit plus son nom, sont soucieuses de légitimer ce mouvement de hausse du dollar et de baisse de l’euro par des mécanismes qu’il est convenu d’attribuer au marché. Ainsi la presse économique est invitée à présenter la hausse du dollar comme le fruit d’une « divergence » entre l’économie américaine et celle de la zone euro.

30 octobre 2014 : fin du QE3 et confirmation de l’évolution « hawkish » de la Fed

L’évolution « hawkish » (favorable à un relèvement des taux directeurs) a été confirmée dès le 30 octobre 2014 avec le spectaculaire abandon par la Fed du QE3 (c’est-à-dire de l’injection dans le circuit financier de quelque 85 milliards de dollars mensuellement sous la forme de rachats de dettes et autres créances toxiques donnant à la Fed l’allure d’une « bad bank »). Pour garder un peu de mou dans cette – grosse – ficelle, la Fed avait alors évité de modifier la mention « temps considérable » qui consiste à évaluer le temps entre la fin du QE et la première hausse des taux directeurs.

17 décembre 2014 : suppression de la mention « temps considérable »

Depuis la fin du QE3 (la fin de la troisième vague d’assouplissement quantitatif), la Fed avait laissé entendre qu’elle pourrait relever ses taux directeurs. La seule question est de savoir quand. Sachant que les actes de langage des gouverneurs de banque centrale, répétons-le, ne sont pas conditionnés par la réalité économique, une mystérieuse mention, celle du « temps considérable » (considerable time) dans la forward guidance (orientation) de la Fed avait jusqu’à cette fin d’année 2014 suspendu le vol de la hausse des taux directeurs. Voilà une nouvelle pierre dans le jardin de ceux qui croient que les mathématiques suffisent à modéliser l’économie car cette question est purement littéraire : Il s’agissait de savoir si, dans le communiqué qui accompagne la publication mensuelle des minutes de la Fed, la mention « temps considérable » allait être supprimée.

« O temps considérable suspends ton vol » : coup de tonnerre le 17 décembre, alors que les marchés ne l’espéraient plus et que le rebond de l’euro risquait de se transformer en renversement de tendance, la poétique de la Fed devenait lamartinienne en annonçant la suppression de la mention « temps considérable » entre la fin du QE et la première hausse des taux directeurs tout en ajoutant qu’il fallait être « patient ». L’expression « temps considérable » était en fait répétée plus loin. Mais peu importe puisque l’effet d’annonce fut immédiat. Ce caviardage signifiait pour les pseudo-marchés que les gouverneurs de la Fed étaient enfin majoritairement décidés à relever le taux directeur dans les six mois à venir sachant que cela fait déjà six ans que ledit taux directeur est proche de 0%. Plus précisément, le taux directeur moyen anticipé par les gouverneurs pour 2015 passait de 1,375% à 1,125%. Difficile pour autant de savoir si cela signifiait qu’il fallait reporter ces anticipations pour la date de la première hausse du taux directeur ou bien si cela signifiait que le rythme de la hausse serait plus lent que prévu.

Les anticipations d’inflation étaient également révisées à la baisse, en raison de l’effondrement du prix du baril dans la mesure où la prévision d’inflation « IPC core » (hors alimentation et énergie) est bien moins affecté par cette conjoncture. Les gouverneurs anticipaient alors un range d’inflation entre 1% et 1,6% contre 1,6% et 1,9% précédemment. Faisant mine d’ignorer la géopolitique, la Fed se persuadait que la crise du pétrole n’était que passagère et que l’inflation remonterait une fois que le choc de la baisse du prix du pétrole aura été absorbé, en atteignant 2% en 2016. C’est dans la même griserie de fin d’année que la Fed déclarait s’attendre au plein emploi d’ici la fin de l’année 2015. Champagne pour tout le monde !

L’euro passait sous la barre des 1,2300 contre environ 1,2400 avant les annonces de la Fed. Mais ce n’est rien par rapport à la chute vertigineuse qui suivra et qui nous conduira le vendredi 16 janvier 2015 à la clôture à un euro à 1,1568 après avoir atteint un creux de 1,1454 (la remontée s’expliquant probablement par des prises de bénéfice après une semaine beaucoup plus volatile que prévue).

Donc la Fed, toujours contre les réalités économiques mais pour sauvegarder les positions géopolitiques de l’Amérique, prépare une hausse des taux et porte le dollar le plus haut possible. La véritable raison n’est pas la bonne santé de l’économie américaine décrétée par la presse officielle mais la perspective du prochain méga-krach qui commande de constituer un matelas de hausse afin d’amortir la prochaine chute du dollar. Sans cette manipulation de la Fed, le dollar devrait aujourd’hui être baissier et l’or reprendre sa hausse (mais il est de la première importance que l’or reste en dessous de son prix de marché afin que l’État fédéral en achète dans la perspective du grand krach).

Lors de la réunion du FOMC (Federal Open Market Commitee) de la Fed du 7 janvier, les gouverneurs ne sont pas apparus dégrisés. Servant la rhétorique de l’Empire, ils ont estimé que la baisse du prix du baril allait profiter à la croissance américaine, sans sourciller à la nouvelle que la bulle du pétrole de schiste est en train d’éclater en raison de la volonté de la Maison Blanche de mettre à genoux la Russie comme au bon vieux temps de l’URSS. Les gouverneurs restent d’avis que la baisse du prix du pétrole est une bonne chose pour l’économie américaine et sont toujours décidés à remonter les taux sine die d’autant qu’à leurs yeux l’emploi progresse. On se persuade que 2014 a été un excellent millésime pour l’emploi avec 321 000 emploi créés en décembre (compte tenu de la fameuse correction des variations saisonnières). C’est la plus forte hausse depuis janvier 2012 d’autant que le consensus ne tablait que sur 225 000 créations d’emplois pour ce dernier mois, ce qui fait de 2014 la meilleure année depuis 15 ans et suffit à enflammer les imaginations.

La Fed s’enorgueillit également de la réduction du taux de chômage supérieur aux anticipations. Le taux de chômage était de 5,8% en novembre et en décembre contre 7% un an plus tôt. C’est le meilleur chiffre depuis juin 2008. On oublie que cette décrue s’explique essentiellement par la baisse du taux de participation (population active sur population totale) en raison des nombreux départs anticipés à la retraite, des retours aux études, où de l’abandon pur et simple de la recherche d’emploi. Le taux de participation est au plus bas depuis 35 ans. La raison en est simple : l’effet dévastateur du système Obamacare.

Ainsi le FOMC observe candidement qu’une bonne partie des emplois créés depuis la reprise économique supposée sont mal payés et se font à mi-temps. Le devoir fédéral de réserve le dispense de préciser que ce phénomène s’explique par le fait que nombre des salariés sortent des statistiques du marché du travail ou réduisent les heures travaillées afin d’échapper à la spoliation légale de l’Obamacare. Afin de faire durer le suspense sur la hausse des taux, le FOMC de la Fed déclare également que la normalisation monétaire pourrait commencer lorsque « l’IPC core », c’est-à-dire l’Indice des prix à la Consommation hors énergie et alimentation, atteindrait l’objectif des 2%. Or le dernier chiffre mensuel de ce vendredi 16 janvier attendu stable à 0,1% tombait à 0%… (à noter qu’en incluant les prix de l’alimentation et de l’énergie, l’Amérique est en déflation à -0,4%). Voilà qui fournira certainement à la Fed, mention « temps considérable » ou pas, un motif pour calmer les ardeurs de ceux qui anticipent une hausse des taux, la déflation étant le mal absolu pour les financiers anticapitalistes qui vivent de la dette.

Le miroir aux alouettes d’un assouplissement quantitatif « à l’américaine » en zone euro

En zone euro, Mario Draghi multiplie les effets d’annonce et autres actes de langage afin de conforter la baisse de l’euro, qui encore une fois n’est qu’une baisse par rapport au dollar. La dernière trouvaille en date consiste à faire miroiter la perspective de l’annonce d’un « QE » à l’européenne de 500 milliards d’euros, sous la forme de rachat de dettes souveraines pour le 22 janvier dont bénéficieraient les pays bien notés de la zone euro et qui aurait le mérite de permettre à la BCE d’atteindre son objectif de 3000 milliards d’euro de bilan.

Or, répétons-le, cette éventualité reste purement théorique car il remettrait en question la vocation même de la BCE dont les statuts interdisent la monétisation de la dette, ce que ne manque jamais de rappeler Jens Weidmann, un des gouverneurs de la BCE, mais non des moindres puisqu’il préside également la Bundesbank. Pourtant les pseudo-marchés continuent de se persuader qu’une solution de compromis sera trouvée avec l’Allemagne. Le réveil risque d’être douloureux et les plus bas en 9 ans atteint par l’euro ces derniers jours risquent vite de se transformer en plus haut si l’on doit se rendre à l’évidence que les annonces de la BCE ne relevaient que de la procrastination.

Les véritables perspectives : vers une baisse du dollar en 2016, dévastatrice pour l’économie américaine de la dette et son système de la guerre mondiale

Aucun journaliste de la presse économique officielle ne met en question la thèse de la « divergence » entre la zone euro et l’Amérique qui profite au dollar. Pourtant tout laisse à penser que cette hausse du dollar n’est qu’un rebond qui prélude à son effondrement.

Nous estimons que la politique de la Fed visant à faire monter le dollar, en décrétant la bonne santé de l’économie américaine, couplée aux actes de langage de la BCE pour faire baisser l’euro, sous prétexte de marasme dans la zone euro, repose en fait sur une anticipation des deux banques centrales sur une prochaine chute vertigineuse du dollar qui doit se produire au plus haut cours possible du dollar pour être amortie. Dans la réalité, la divergence pourrait suivre une courbe inverse à celle annoncée par les journalistes, les banques centrales et les spéculateurs qui vivent du faux monnayage.

L’arme du pétrole utilisée par l’Empire américain se retournera bientôt contre lui pour les raisons suivantes :

  • La baisse des cours du pétrole nuit certes à la Russie et à l’Iran aujourd’hui mais plus encore à moyen terme aux États-Unis pour les raisons que nous avons évoquées plus haut. Ce qui est certain c’est que cette baisse des cours du Brent profite avant tout aux pays de la zone euro, comme l’Allemagne, qui ne sont pas des producteurs de pétrole.
  • Comme l’indique Jacques Sapir dans une remarquable analyse sur son site, reprise sur le site des éconoclastes :

« pour l’heure la production continue d’augmenter aux États-Unis. Elle devrait atteindre 9,5 millions de barils/jour probablement fin mars, début avril. Mais on sait que le cycle de production est compris entre 3 et 6 mois. Cela implique que la chute du nombre des installations, ainsi que les effets des premières faillites qui vont se multiplier d’ici à quelques semaines, pourraient se faire sentir sur la production entre juin et août 2015, et prendre de l’ampleur au 2ème semestre 2015. Une réduction de la production journalière de 10% au moins et peut-être bien plus devrait se manifester d’ici la fin de l’année. On ne peut exclure que l’on revienne vers la fin du 3ème trimestre, voire le début du 4ème trimestre, vers une production (aux États-Unis) de 8,2 à 8,6 millions de barils par jour. Les effets sur le prix du baril de pétrole seront évidemment spectaculaires et ils seront par ailleurs amplifiés par la spéculation importante que les banques et les différentes formes de sociétés financières sont en train de mener. Ainsi, il faut s’attendre à une phase de forte baisse, le cours du BRENT pouvant atteindre moins de 40 USD et celui du WTI moins de 35 USD tant que la production ne baissera pas. Mais, dès lors que la production va baisser, et bien entendu d’autant plus que cette baisse sera forte et rapide, les anticipations vont s’inverser. Ce mouvement sera d’autant plus brutal que la baisse précédente aura été importante. Néanmoins, il est probable que les grands acteurs du marché pétrolier ne permettront pas aux prix de remonter significativement au-dessus de 70 USD le baril. À ce prix, une large partie de la production n’est plus rentable ou ne l’est que très marginalement.

Pour résumer, la baisse du prix devrait se poursuivre jusqu’en mars, voire avril. Le « rebond » consécutif à l’inversion des anticipations devrait se produire entre mai et juillet 2015 et l’on devrait revenir vers un prix « normal » de 70-80 USD vers le mois de novembre 2015. Il faut ici signaler que c’est ce qu’attendent les dirigeants des grandes sociétés pétrolières russes. Ce scénario est d’ores et déjà largement écrit. La seule incertitude réside sur le délai (début juin ou fin juillet) et sur l’ampleur du rebond (montée lente vers les 70 USD le baril ou montée rapide car plus tardive et survenant après une baisse plus forte). »

Autrement dit à moyen terme, les grands perdants de la guerre du pétrole déclenchée inconsidérément par Washington seront les États-Unis, ou plutôt ce qu’il reste de capitalistes aux États-Unis. Comme le précise Sapir :

« Déjà, US Steel a annoncé une fermeture de site de production à cause de la baisse brutale de la demande d’acier pour fabriquer des équipements de forages. Or, l’économie du pétrole de schiste (et du gaz) représentait, directement ou indirectement par ses effets induits sur la consommation et le revenu des ménages qui y travaillent, approximativement la moitié des emplois créés ces trois dernières années. Si l’on assiste, comme on peut s’y attendre, à une vague de faillites, elles vont se traduire par des licenciements massifs. Ces licenciements auront un effet multiplicateur sur les activités de service (multiplicateur que l’on peut estimer à 2,3/2,7 emplois associés par emploi direct détruits). Compte tenu de la très grande flexibilité du marché de l’emploi aux États-Unis, une partie des personnes licenciées retrouveront du travail dans 6 à 9 mois suivant leur licenciement, mais pas au niveau de salaire antérieur. En fait, les salaires payés dans l’industrie du pétrole de schiste sont plus élevés, à niveau de qualification égal, de 15% à 25% que dans le reste de l’économie. Entre les chômeurs « stricts » et les personnes obligées d’accepter un travail moins bien rémunéré, on pourrait assister à une baisse de 1% à 2% de la masse salariale globale aux États-Unis, et à une baisse importante (de 2% à 3%) de la consommation des ménages car on assistera à un déplacement vers l’épargne comme cela se produit à chaque fois que l’on est en présence de difficultés économiques importantes. Ce phénomène s’étalera de la fin de l’été 2015 à l’été 2016. Cependant, cet impact va se combiner avec la hausse des prix du pétrole. Il en résulte que la contraction de la consommation au 4ème trimestre de 2015 ou au 1er trimestre de 2016 pourrait être plus importante que prévue. »

Cette manipulation des prix du pétrole ne relève pas que de la guerre de l’énergie, elle est au cœur de la guerre des monnaies dans la mesure où ses effets indirects commencent à toucher également le secteur bancaire. Comme l’indique Sapir :

« L’endettement net des entreprises spécialisées dans la production de pétrole de schiste est à 200 milliards de dollars. Si l’on y ajoute les sous-traitants, mais aussi l’endettement des sociétés dont le pétrole de schiste n’est pas l’activité principale, mais est une activité importante, cet endettement atteint 310-330 milliards. Si l’on y ajoute enfin les produits dérivés et les activités induites financées par les revenus de l’industrie du pétrole de schiste (comme la construction de logements pour faire face au boom immobilier qui a lieu sur les bassins d’exploitation) on atteint des montants de 420 à 450 milliards de dollars. Sur cette somme, environ 300 à 350 milliards au moins vont devenir dans les mois qui viennent des « mauvaises dettes ». L’impact sur le bilan des banques, car ces dettes ont été titrisées, sera très sensible. Il est clair que cela va peser sur l’action de la Fed qui devra se montrer extrêmement prudente dans sa gestion des taux d’intérêts. »

Et Jacques Sapir de conclure qu’à plus long terme, « il faut s’attendre à une baisse du dollar et donc à un retour du taux de change Euro/dollar vers les 1,25/1,30 d’ici au début de l’année prochaine. La tendance baissière de l’euro pourrait s’en trouver annulée au 4ème trimestre 2015, ce qui compromettrait encore plus la très timide (et très fragile) « reprise » que l’on croit constater dans la zone euro. L’ensemble de ces facteurs laisse donc penser à une poursuite du contexte de croissance aux États-Unis au 1er trimestre 2015, suivi d’un retournement et d’une détérioration de plus en plus importante au 3ème et au 4ème trimestre. »

En dernière analyse, tout laisse à penser que la fiction de la divergence entre la zone euro et l’Amérique et la baisse artificielle des prix du baril de pétrole sont autant de signaux de l’imminence de l’apocalypse monétaire adressés par les banques centrale aux membres de l’hyperclasse impériale afin qu’ils prennent les dispositions requises pour échapper à la destruction sans précédent de capital qui se prépare.

Il est à craindre que ce méga-krach unique dans les annales, qui sera d’abord monétaire puis boursier, marque la victoire définitive du collectivisme sur le libéralisme que le socialisme réel n’a pas su remporter.


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