Stop aux subventions à la presse !

Presse subventionnée (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Que penser de ces politiciens qui se réclament du pluralisme en matière de presse tout en cherchant à l’éliminer ?

Par Le Parisien Libéral.

contrepoints 115 presse subventionnéeL’affaire de l’assassinat des dessinateurs de Charlie Hebdo ramène sur le devant de la scène un sujet qui a le don d’irriter les contribuables et citoyens que nous sommes tous : le scandale des subventions à la presse. Ces aides servent à « garantir la liberté de la presse et à conforter les conditions de son pluralisme ». En effet, Fleur Pellerin, ministre de la culture, avait rapidement évoqué l’idée d’une subvention exceptionnelle à Charlie Hebdo.

Le plus drôle est de voir ces politiciens, notamment d’extrême gauche, en appeler à l’État, c’est-à-dire à notre argent, pour organiser ce « pluralisme », bien qu’au quotidien, ils luttent contre ce pluralisme, et alors que l’ensemble de la presse française, y compris celle de droite, est prise dans le carcan du cadre mental et idéologique hérité de 1945.

Qu’est-ce qu’un journal ? C’est avant tout une entreprise, une réunion de gens qui, parce qu’un actionnaire a mis de l’argent dans un projet, ont choisi de mettre en commun leurs compétences rédactionnelles pour servir de média, c’est-à-dire d’intermédiaire entre l’information et les clients. Une entreprise, c’est censé faire un produit et gagner de l’argent grâce à ses clients, ou fermer si le projet n’est pas rentable.

Le blogueur Authueil notait, il y a quelques temps, à quel point le journalisme était entré dans une phase d’obsolescence, notamment parce qu’il avait manqué la nécessaire adaptation de son produit. En France, c’est plus que cela. La presse française n’est pas seulement en retard au niveau numérique (avec les notables exceptions de L’Opinion ou surtout de Médiapart), elle est avant tout en retard de diversité. En effet, si on admet que la presse devrait refléter la diversité des opinions, où est le grand quotidien ou l’hebdomadaire conspirationniste (un corpus de thèses peu ou prou partagées par 50% des Français) ? Où est le grand quotidien ou l’hebdomadaire anti-européen voire europhobe (une opinion partagée par au moins 20% des électeurs) ?

Il est communément admis de dire qu’un journal n’est pas qu’une entreprise, mais que c’est aussi un des vecteurs de la démocratie et donc à ce titre un projet d’intérêt « général ». Si c’est vrai, la France, qui lit très peu de quotidiens par rapport à ses voisins, a donc du souci à se faire.

Si la presse doit refléter le pluralisme, est-il cohérent que L’Humanité, diffusant une idéologie morte en 1989, soit aidé y compris par le biais d’amendements nocturnes et discrétionnaires ? Le gouvernement ne devrait-il pas, par cohérence, choisir d’aider autant Minute que ses alter égos d’extrême gauche ?

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En réalité, la raison pour laquelle il n’y a absolument pas besoin d’aider la presse réside dans le fait que le pluralisme existe non pas grâce à l’État et à ses fonctionnaires, mais parce qu’en 1992, dans un laboratoire à Genève, un informaticien anglais a inventé le worldwide web, parce qu’en 1995, un jeune ingénieur californien a créé le premier navigateur grand public, et parce que depuis plus de 15 ou 20 ans maintenant, des entrepreneurs (au sens large du terme, pas seulement au sens marchand) se saisissent de leur pouvoir de création pour lancer des plateformes d’information (Agoravox, le Huffington Post), des espaces de bloggings (Blogger, etc.), des réseaux sociaux (Facebook, Twitter), etc.

Durant les événements de la semaine dernière Porte de Vincennes et à Dammartin-en-Goële, les musulmans avaient été invités à se démarquer des terroristes et à condamner leurs actes, alors qu’ils pouvaient éventuellement partager de la gêne vis-à-vis des caricatures de Charlie Hebdo. Les musulmans feraient mieux, plutôt que de qualifier tel ou tel titre d’islamophobe, de commencer par demander l’arrêt de toutes les aides à la presse.

De manière plus globale, les Français doivent comprendre que le vrai préalable au pluralisme de la presse, c’est la liberté entrepreneuriale, et le démantèlement du système actuel dominé par une AFP partiale et archi subventionnée. Ainsi, une fois la liberté restaurée, on cessera de se demander pourquoi la presse parle des 17 morts de Paris mais pas des 2000 morts du Nigeria.

Cette liberté, c’est celle qui fait que Charlie Hebdo survivra grâce à ses clients, et non pas parce que Matignon ou l’Élysée auront décidé de prendre des abonnements et le ministère de la culture fait voter une subvention.


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