Attentat à Charlie Hebdo : pas d’amalgame, quel amalgame ?

charlie hebdo credits E Broussard (licence creative commons)

Laissez-nous être tristes ou, au choix, dénigrer qui on veut, c’est là notre liberté de penser. Ne nous dites pas ce que l’on DOIT penser.

« Attention à la stigmatisation », « il ne faut pas faire d’amalgame »… voilà ce qu’on a entendu dès les premières minutes juste après l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo et des policiers.

Par Phoebe Ann Moses.

charlie hebdo credits E Broussard (licence creative commons)

Amalgame : ce mot est complètement hors sujet. Rappel : on est en train de découvrir avec effroi que des personnalités connues pour leur liberté de parole ont été sauvagement assassinées. Pour leurs idées. En France. Place donc à la stupeur, à la tristesse, au chagrin.

Mais non : on nous rappelle qu’ « il ne faut pas faire d’amalgame », de Nicolas Sarkozy à Serge Moati, en passant par l’imam de Drancy. Mais amalgame avec quoi, qui ? On imagine, avec les musulmans de France. Mais d’abord qui a dit qu’ils étaient pour quelque chose dans cet acte ? À part ceux qui commencent tout de suite par dire : pas d’amalgame, comme un enfant qui a cassé un vase et dit tout de suite « c’est pas moi ! ».

Donc laissez-nous être tristes ou, au choix, dénigrer qui on veut, c’est là notre liberté de penser. Ne nous dites pas ce que l’on DOIT penser.

Ensuite, pourquoi tant de frénésie à mettre en exergue cette tolérance entre les Français ? Peut-être parce que l’État sait parfaitement qu’il est assis sur une cocotte-minute prête à exploser, et que surtout surtout braves Français, rendormez-vous tranquilles, vous êtes tous très gentils : il ne s’agirait pas que tout à coup une partie de la France se mette à se déchaîner contre une autre partie. Ça ferait désordre.

Cet appel à ne pas faire d’amalgame est hors sujet et surtout ignoble par rapport au sentiment que l’on peut éprouver face à l’actualité. La volonté de dissocier à tout prix cet acte monstrueux de la religion finit par être une insulte à notre réflexion personnelle. Que chacun pense ce qu’il veut, et que l’on ne nous assène pas quoi penser d’un crime pareil.