François, le Pape qui plaît à gauche

Pourquoi le Pape François est-il aussi populaire auprès des éditorialistes de la gauche anticléricale ?

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Le Pape François au Vatican (Crédits Catholic Church (England and Wales), licence Creative Commons)

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François, le Pape qui plaît à gauche

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 6 janvier 2015
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Par Guy Sorman

Le Pape François au Vatican (Crédits Catholic Church (England and Wales), licence Creative Commons)

À consulter les baromètres médiatiques de la gauche bien pensante comme The New York Times, Le Monde ou El Pais, François est le pape que de ce côté-là on espérait. Il suffit qu’il mentionne la pédophilie des prêtres, l’homosexualité, les divorces et conteste le capitalisme pour que les éditorialistes de cette gauche plutôt anticléricale louent la clairvoyance du Pape et décrètent que jamais Souverain Pontife ne fut plus populaire. Le pape François est-il aussi populaire auprès des croyants, on ne le sait pas trop, mais il l’est certainement auprès des non-catholiques qui s’auto-déclarent progressistes. Il ne reste qu’un léger obstacle sur la voie de la rédemption : ce Pape reste tout de même catholique et toujours hostile au mariage des prêtres comme à la prêtrise des femmes. Nul n’est parfait, n’est-ce pas ?

Mais, catholique ou anticlérical, qui critiquera le Pape François pour vouloir moraliser l’Église, réduire l’opulence du Vatican ou s’inquiéter des pauvres par priorité ? De là à faire du Pape François un révolutionnaire serait oublier l’œuvre au moins aussi remarquable de ses prédécesseurs : Jean XXIII, par exemple, et Paul VI qui, avec Vatican II, mirent un terme à l’antisémitisme quasi institutionnel de l’Église et se rapprochèrent des autres grandes religions établies, Jean Paul II qui affronta tous les régimes totalitaires et Benoît XVI qui, en théologien, restaura la cohérence du catholicisme. On attend encore de François des gestes aussi décisifs que ceux de ses prédécesseurs. Ce ne sera en tout cas pas sur le terrain de la réduction de la pauvreté de masse.

Les premiers indices ne sont pas encourageants si l’on en juge par la multiplication des déclarations du Pape hostiles à l’économie du marché. On n’en est pas surpris si l’on se rappelle son parcours : Jésuite, évêque de Buenos Aires, il confondait déjà l’option pour les pauvres avec la lutte contre le capitalisme. C’était une idéologie répandue chez tous les Jésuites d’Amérique latine, proches de la Théologie de la Libération et en guerre contre l’Opus Dei qui était, elle, procapitaliste. Sans doute le capitalisme en Amérique latine était-il et reste-t-il encore dévoyé par les oligarchies locales : il n’empêche que grâce à ce capitalisme et pas au socialisme, ni aux gouvernements locaux, des centaines de millions de pauvres, au Brésil, au Chili ou au Pérou cessent d’être pauvres.

Dès l’instant où le Pape François privilégie les pauvres comme l’enseigna le Christ, ne devrait-il pas adouber plutôt que décrier le système économique, certes imparfait, qui seul réduit la pauvreté de masse et que l’on peut appeler le capitalisme populaire ? Le Pape François ne s’y résout pas, contrairement à Jean Paul II en son temps. Jean Paul II aurait préféré une troisième voie entre capitalisme et socialisme, puis constatant qu’elle n’existait pas, il se rallia à l’économie de marché : les Polonais, en particulier, l’écoutèrent et ils s’en trouvent aujourd’hui récompensés.

Espérera-t-on une conversion similaire chez le Pape François ? Doutons-en. Il se trouve que, probablement par erreur, je viens de recevoir un document du Vatican, en vue de la visite du Pape à New York en septembre prochain et de son intervention prévue à la tribune des Nations Unies : cette allocution-là ne passera pas inaperçue et une sorte de « brain trust » pontifical la prépare déjà. Le document qui m’est parvenu consulte donc des intellectuels américains ou vivant aux États-Unis (ce qui est mon cas) sur ce que le Pape devrait dire.

Ce questionnaire n’est pas neutre. Il demande de fournir au Pape des arguments pour étoffer deux lignes de force, déjà déterminées, de son discours : les excès de la finance et du numérique. Voici internet promu au rang de grand Satan. On en reste pantois : une économie moderne sans finance et sans internet, cela n’existe pas plus que le mythe de la Troisième voie dans les années 1980. François nous fera-t-il regretter son prédécesseur Benoît qui, parce que Pape, se souciait justement de théologie plutôt que d’économie ?

Puisque le questionnaire du Vatican m’est parvenu, par des voies mystérieuses, mais peut-être divines – allez savoir – j’y répondrai en suggérant au Pape, à New York, de prononcer un éloge du don : New York est la capitale de la philanthropie où cohabitent les plus grandes fortunes du monde, mais aussi la plus grande générosité qui, par les fondations, financent mille œuvres sociales. Cette charité massive est, aux États-Unis, d’origine chrétienne (plus protestante que catholique, il est vrai) et me paraît le complément nécessaire, indispensable et plutôt efficace, au capitalisme. Un Pape, depuis la chaire qu’est l’ONU, invitant chacun à donner volontairement de son temps et de son argent pour corriger quelques effets pervers et injustes du capitalisme, ce serait un discours historique portant des effets concrets. Si le Pape se contente de diatribes ordinaires contre le capitalisme, mille fois rabâchées, sa popularité en sortira sans doute renforcée à gauche, mais un Pape, en principe, ne se soucie pas de sa popularité.


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  • Je n’aime pas du tout ce Pape : sous ses airs de Pape modeste se cache en vérité un homme empreint d’orgueil et de vanité, à la différence de son prédécesseur.

  • Si le pape plaît à gauche, c’est donc qu’il s‘éloigne des écritures, car celles-ci ne plaisent pas à gauche :
    https://legrandreveil.wordpress.com/louis-dalencourt/comment-page-3/#comment-18675

  • Il plait à la gauche car il donne l’image de l’Eglise comme celle d’un mouvement humaniste et social, depourvu de ses références spirituelles. Il emploi une phraséologie qui trouve résonance chez le peuple de gauche. Et surtout, il ne présente plus l’Eglise comme un mouvement spirituel, ce pour quoi elle a été crée, mais au même titre que les restos du coeur, Emmaus, etc..

    • Le véritable discours du pape François est à l’opposé de ce que vous répétez à la suite des média bien-pensants (qui peuvent bien se faire plaisir…).
      Dès sa première homélie il a insisté sur le fait que l’Église n’est pas une ONG philanthropique. Son discours, du moins tel qu’un catholique informé le reçoit, est foncièrement spirituel: c’est un appel à la conversion et à l’évangélisation.

      • Vous êtes bien naïf, sa manière d’opérer est bien celle d’un homme politique. Si ça à le gout, l’odeur et l’aspect d’un politique, c’est surement que c’en est un… Ce qui, à la tête d’un mouvement spirituel me dérange. Et pourtant je suis athée, donc pas directement concerné, mais il est clair que je préférais les anciens papes… Là c’est le règne du fait divers, un sujet à la mode et le petit François arrive sur son destrier… Il suit les médias, y répond, se jette dans le médiatique, alors que sa fonction exige une hauteur d’esprit et de comportement et un certain recul sur les choses. On ne peut faire du spirituel et passer son temps dans le tohu bohu médiatique. Il fait un peu penser à Sarkozy, qui se donnait en spectacle au moindre fait de société. En plus catholique, certes, n’empêche.

        En revanche je suis d’accord, son message c’est « conversion et évangélisation ». Tout ce cirque médiatique et cette campagne électorale permanente, ces discours populistes, c’est aussi pour ça: recruter. Et pour cela, il use des artifices des partis politiques.

        Mais à titre personnel, ça me débecte. Je n’étais déjà pas catholique avant, je le serai encore moins maintenant. Je ne vois pas l’intérêt d’adhérer à ça, autant adhérer à un parti politique, c’est la même chose.
        C’est regrettable. Et je pense que trop de fidèles se leurrent sur ses intentions et sa façon de faire car c’est leur chef et qu’ils lui sont ataviquement soumis. Mais à terme je ne suis pas convaincu que l’Eglise en sortira grandie.

      • Alors oui je suis athée, et donc pas un « catholique informé », néanmoins, il me semble que justement, ma vision de personne athée me donne un surplus d’objectivité et surtout de recul par rapport à un « catholique informé » qui aura tendance naturellement à défendre le Pape parce qu’il s’agit du Pape…

  • Je n’aime pas du tout les Papes surtout ceux invitant chacun à donner volontairement de son temps et de son argent pour corriger quelques effets pervers et injustes du capitalisme car en France on travaille MINIMUM 6 mois pour les hommes de l’état et avec le reste on se débrouille alors un moment STOP.

    • Le pape accepte-t-il cette parole du Christ ?
      « Laisse d’abord les enfants se rassasier ; car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens. (Marc 7-26) »

    • Et ? Le Pape vous contraint-il de donner ? Non.

      La différence est là avec la solidarité forcée des Etats socialistes.

      • C’est toute la différence entre la « solidarité », collective, obligatoire avec la « générosité », individuelle, volontaire, et son corollaire chrétien, la « charité »…

  • A partir du moment où le Pape fait de la politique, il va nécessairement donner dans le constructivisme pour s’accorder à un précepte divin.

    Il est bon de lui rappeler que la charité n’a de sens qu’en tant que démarche individuelle. Et la démarche individuelle dans la politique est je pense rarement charitable même quand elle feint de l’être.

  • A un moment, François devra décider s’il est le pape des Catholiques ou des anticlériaux…
    Il ne pourra pas être les deux…

  • Merci, M. Sorman, de contribuer à éclairer notre pape sur des problématiques qu’il comprend mal.

  • Lorsque l’un de nos prêtres, de nationalité argentine, monta en chaire après l’élection de François (1°) dans notre chapelle traditionaliste (comme ça vous le saurez 🙂 ), sa première parole fut: « en tant qu’argentin, j’ai honte. » Ce pape met en pratique « les idées chrétiennes devenues folles » que dénonçait Chesterton. Il termine le travail de ses prédécesseurs: après la mise au tombeau, il roule la pierre pour le fermer… mais je suppose que la plupart d’entre vous connaissent la suite !

  • Certains d’entre vous ont déjà lu le propos du pape (homélie, encyclique, etc.)? C’est souvent bien plus spirituel, plus riche et surtout plus nuancé que l’image que nous renvoient les medias classiques (comme c’était le cas avec Benoît 16, homme d’une rare hauteur de vue.

    • Si en plus il faut LIRE les écrits du Pape pour pouvoir en parler, où allons nous ? Heureusement que nos chers journalistes sont là, eux qui ont fait de longues études de théologie et de philosophie et qui sont d’une probité intellectuelle supérieure. Merci à eux.

      • le problème des journalistes c’est qu’ils ont tendance à déformer ce que dit le pape (c’était surtout le cas pour Benoit XVI ). il y a sans doute plusieurs raisons: la première pour faire un scoop et vendre des journaux, la seconde par anticléricalisme (quand on voit les opinions des journalistes) et la troisième car ils n’ont pas compris ce que voulait dire le pape car c’était d’un trop haut niveau intellectuel (pour la troisième raison, c’était surtout dans le cas du pape Benoît XVI qui est un peu comme certains universitaires. il est trop intellectuel pour que la plupart des gens puissent comprendre ce qu’il dit. comme quoi être intelligent n’est pas toujours une bonne chose (juifs, arméniens, Benoit XVI,….))

    • Le problème n’est pas ses écrits, surtout qu’il ne peut pas réellement faire n’importe quoi à ce niveau… Mais bien sa façon de représenter l’Eglise. Pensez que ce qui compte, ce sont ses encycliques? Croyez vous réellement que la majorité des chrétiens les lisent? D’ailleurs, quel pourcentage de chrétiens savent seulement lire déjà?
      L’écrasante majorité se fie à l’image. Le Pape le sait aussi. Et c’est là le problème: une attitude très portée sur les médias, un manque de recul sur les événements, il se lance dans la presse à la moindre occasion, veut être le premier Pape à faire ceci ou cela, pour faire du buzz, du tweet du partage sur facebook… Je ne crois pas que cette agitation et cette instantanéité soit réellement compatible avec son devoir de Pape.
      Des faut il faut savoir se taire, prendre du recul, et méditer. Lui il parle tout le temps. Au point de demander aux autres de l’aider à trouver ses arguments, preuve qu’il a beaucoup réfléchi au sujet….

    • Sur les 5 acceptations du pape que vous citez, liberal ou pas, 4 sont des évidences.

    • il me semble que l’église reconnait depuis un petit temps la théorie du big bang et la théorie de l’évolution (en tout cas, je connais des prêtres qui sont pour ces deux théories). il n’y a plus bcp de créationnistes dans l’église catholique. la théorie du bing bang vient d’un prêtre, George Lemaitre

  • L’Église catholique romaine a 2000 ans.
    Elle a toujours été globalement fiable, pourtant elle a connu des papes pires que François.
    Car c’est une institution qui peut faire produire le bien même par les mauvais hommes.
    Espérons que le pape saura s’élever au-dessus de la mode, et comprendre que les inégalités sont le produit du socialisme.

  • — Bonjour votre Sainteté.
    — Bonjour M. le Président, je suis François, pape des pauvres.
    — Je suis François Hollande, votre meilleur fournisseur.

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