L’Inde préfigure l’ère post-antibiotiques

Les sources d’infections bactériennes se développent, et l’utilisation fréquente d’antibiotiques les rend résistantes. Il est temps de réagir.

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L’Inde préfigure l’ère post-antibiotiques

Publié le 23 décembre 2014
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Par Jacques Henry.

Eau bidonvilles licence CC crédits United Nations Photo

En 2013, 58 000 nouveaux-nés sont morts dans les hôpitaux indiens d’infections intraitables par tous les antibiotiques connus y compris les molécules de « dernier ressort » comme les carbapenems. On ne peut qu’à moitié se rassurer quand on sait que près de 800 000 nouveaux-nés meurent pour diverses raisons dans ce pays. Mais ces morts par infections bactériennes contrecarrent les efforts constants pour diminuer ce nombre de décès de la part du corps médical indien qui n’est pas, et de loin, le moins expérimenté dans le monde. Ce phénomène est nouveau, il n’existait pas il y a encore 5 ans et près de la totalité des enfants nouveaux-nés en consultation car gravement malades sont porteurs de germes bactériens multi-résistants. Ces bactéries sont le plus souvent transmises par la mère qui méconnaît les risques auxquels elle expose son enfant mais aussi l’eau souvent dangereusement polluée, les animaux variés et les poussières provenant des allées des bidonvilles qui sont construits à même les flancs des décharges innommables d’ordures ménagères et industrielles. En Inde, à la périphérie des grandes villes « occidentalisées » des millions de gens vivent en exploitant les ordures et en y vivant à proximité. Autant dire qu’il n’est pas difficile de comprendre que des germes hautement pathogènes apparaissent dans des environnements où l’eau potable, les toilettes et l’hygiène basique sont méconnues. Les adultes sont plus ou moins immunisés ce qui n’est pas du tout le cas des nouveaux-nés qui passent à la trappe à peine venus au monde.

L’autre aspect de la situation qu’on peut qualifier de pathétique en Inde est le penchant inconsidéré des médecins à prescrire des antibiotiques pour tout et n’importe quoi, y compris pour une diarrhée qui le plus souvent (dans plus de 70 % des cas) est d’origine virale. Cette situation alarmante est aggravée par la disponibilité de toutes sortes de remèdes dans n’importe quelle boutique au coin de la rue y compris des antibiotiques qui viennent de sortir ! En effet l’Inde n’a jamais ratifié les accords internationaux relatifs à la protection industrielle et la production d’antibiotiques est un business répandu au point qu’on trouve n’importe quelle molécule active partout, sans contrôle et surtout sans que l’on soit obligé d’être muni d’une prescription pour acquérir l’antibiotique censé traiter un symptôme qui justement ne nécessite pas d’antibiotique.Cette situation assez paradoxale pour un immense pays globalement en voie de développement en dehors des grands centres industriels et commerciaux comme Mumbai, New-Delhi ou Bangalore fait que l’usage d’antibiotiques est totalement hors de contrôle. Les infections bactériennes sont devenues un phénomène rampant et les médecins, s’il y en a, ont baissé les bras et prescrivent des antibiotiques les yeux fermés. Un exemple parmi d’autres illustre parfaitement cet état de fait alarmant. Près de 70 % des adultes consultant pour une diarrhée persistante se voient prescrire des antibiotiques et pour ce même symptôme plus de la moitié des enfants repartent avec une ordonnance comportant un antibiotique alors que les médecins ne sont pas sans ignorer que plus des trois quarts des diarrhées sont d’origine virale !

Parler de l’Inde semble anecdotique mais la situation est tout aussi alarmante dans les pays dits « développés » avec de surcroît l’utilisation quasiment quotidienne d’antibiotiques variés dans les élevages de porcs, de bovins, de poulets et même de poissons. L’élevage constitue un réservoir de bactéries résistantes à tous les antibiotiques connus et celles-ci sont parfaitement transmissibles à l’homme. Cette situation ne fait qu’empirer quand on sait que la consommation d’antibiotiques est en constante augmentation aussi bien dans les pays d’Europe qu’aux USA ou encore dans les « BRICS » avec des taux d’augmentation de cette consommation de l’ordre de 3,5 % par an ! Vraiment de quoi s’alarmer car il n’existe plus aucune arme efficace pour combattre le fléau des infections bactériennes. En quelque sorte on a tout simplement régressé de cent ans et les mouvements colportant des idées totalement fausses au sujet de la vaccination qui serait paraît-il dangereuse ne font que contribuer insidieusement à cette situation terrifiante. La désaffection de facto pour la vaccination contre la tuberculose a tout simplement favorisé l’apparition de souches du bacille de Koch résistantes à tous les antibiotiques connus et aucun pays n’est à l’abri d’une recrudescence de cette maladie en dehors de ceux où le BCG est obligatoire pour des raisons faciles à comprendre de santé publique, sans parler d’autres affections comme la blennorragie – 100 millions de nouveaux cas par an dans le monde – alors qu’on ne sait plus traiter cette maladie hautement transmissible, la bactérie responsable ayant acquis la résistance à tous les antibiotiques connus. On est entré dans un scénario apocalyptique et ce n’est que le triste début…

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  • Tout le monde n’est pas aussi pessimiste en ce qui concerne les antibiotiques.
    http://www.lepoint.fr/invites-du-point/didier_raoult/pourquoi-la-resistance-des-bacteries-aux-antibiotiques-n-augmente-pas-01-12-2014-1885850_445.php

    Le BCG n’a jamais été un modèle d’efficacité ni d’innocuité: son abandon n’a, ne vous en déplaise, pas été cause de la catastrophe que vous voudriez faire croire. Imposer à une population a priori saine un traitement médical avec ses risques pour un bénéfice hypothétique s’il n’est carrément illusoire, relève du plus pur totalitarisme.

    • Je doute que cet article ait été écrit par quelqu’un de compétent en la matière.
      L’antibiorésistance n’est pas aussi facilement réversible que cela est écrit ce serait trop beau.
      Et s’il n’y avait que la médecine humaine à être en cause … Quid de la médecine vétérinaire les microbes en cause sont les mêmes que les nôtres et surtout quid de l’alimentation animale en batterie où les antibiotiques sont utilisés à tort et à travers même et surtout en dehors de tout contexte infectieux.

  • Je tiens à faire quelques remarques d’ordre épistémologique.

    (a) Même sur un unique marché, il n’existe pas un unique prix d’équilibre, le prix d’équilibre dépend des dotations initiales des agents. Ce qui signifie que le nombre d’échange dépend également des dotations initiales des agents qui peut être régulé et optimisé par une intervention publique.

    (b) Un équilibre n’est pas nécessairement stable ou attracteur, c’est-à-dire que même si on est proche, de l’équilibre, les agents vont s’en éloigner ou lieu d’être attiré par lui, c’est par exemple le cas des biens de Veblen pour lesquels si le prix augmente la demande augmente. Ce qui signifie que le prix de marché n’est pas nécessairement le prix d’équilibre entre offre et demande.

    (c) Les marchés sont interdépendants ce qui implique que l’équilibre général (si tant est qu’on puisse parler d’équilibre général) n’est pas nécessairement équivalent à l’intersection des équilibres partiels sur chaque marché.

  • je ne crois pas que l’abandon du BCG ait une corrélation avec l’apparition de BK resistants, multirésistants etc… mais que ce soit plutot du au mésuage des antibio.
    ceci dit, de beaux jours se préparent effectivement avec l’apparition de souches multirésistantes comme NDM1 et les gono multirésistants
    l’OMS parle bien d’ére post antibiotique… cela risque d’etre plutot rock roll ne serait ce qu’en chirurgie… beaucoup d’interventions vont  » sauter » et en premier, l’esthétique

  • En tant que médecin, il m’est arrivé de prescrire des antibios pas forcément justifiés mais c’était rare. Que l’on fasse une campagne pour dire que l’antibiotique n’est pas automatique … entièrement d’accord.
    Que les médecins soient mis en cause dans l’antibiorésistance je le conçoit ….
    Par contre il n’y a pas grand chose d’écrit sur l’emploi des antibiotiques en médecine vétérinaire …. et encore moins sur l’utilisation intensive dans l’agriculture productiviste.
    Les poulets, canards, cochons, jeunes bovins sont gavés d’antibiotiques en particulier les tétracyclines qui préviennent peut être des infections mais qui présentent le grand avantage de favoriser une prise de poids. Il suffit de regarder sur les sacs de ce qui est pudiquement baptisé « compléments alimentaires ».
    Bizarrement ces antibiotiques là n’induisent aucune résistance … je me demande bien pourquoi ????
    Au passage ces antibiotiques sont éliminés souvent sous forme active et personne ne s’est jamais posé la question du devenir dans les stations d’épuration et les nappes phréatiques et surtout pas les laboratoires qui les fabriquent et les commercialisent, de même pour tous les autres médicaments … chimiothérapie … etc …. contraception qui provoque une oestrogénisation du milieu naturel car molécules éliminées sous forme active et non destructibles
    « ON » ferait bien de se poser la question

    • oestrogénisation du milieu naturel

      Bien vu.
      Mais cela peut être traité dans les STEP, en rajoutant les traitements nécessaires. On aurait de l’eau potable en sortie. 🙂
      Encore faut-il le vouloir, car la pose, juteuse pour certains, de moulins à vent détourne des ressources financières qui pourraient être mieux utilisées. 🙁

  • @marc
    Concernant la réversibilité de la résistance bactérienne, il me semble justement que l’impact de la campagne « les antibiotiques, c’est pas automatique » avait permis de récupérer une sensibilité du pneumocoque à la pénicilline. Il y à également beaucoup de papiers évaluant l’impact d’une baisse de la pressions de sélection sur l’écologie bactérienne des unités de soins (la réa en particulier) avec récupération de niveaux de sensibilité tolérables
    Rappelons qu’il n’est absolument pas « rentable » sur le plan métabolique pour une bactérie de devenir multi-résistante.
    Le dernier rapport de l’ANSES (Résapath) concernant la résistance bactérienne chez l’animal montre que les volumes prescrits en médecine vétérinaire ont chuté depuis plusieurs années. Les vétos ont également compris le danger.
    Bref la prise de conscience est évidente en France, mais pas partout dans le monde. Les patients voyagent et prennent l’avion, voire s’adonnent au tourisme médical. Les BMR diffusent donc très facilement.

  • Mais que fait le GIEC ❓

    Au lieu de s’occuper de moulin à vents, voilà un sujet plus urgent ou il pourrait briller :mrgreen:

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