La folie furieuse de la BCE

folie furieuse René Le Honzec

Les actifs de la BCE sont financés en grande partie par un savant – mais dangereux – jeu d’écriture consistant à récupérer des centaines de milliards d’euros en même temps qu’ils sont prêtés.

Par Jean-Pierre Chevallier.

folie furieuse René Le Honzec

La BCE prétend sauver la zone euro en crise, et même le monde entier menacé par contrecoup d’une croissance trop faible, en prêtant à 0,15 % des centaines de milliards d’euros aux banques pour qu’elles les prêtent à leur tour aux investisseurs (ménages et entreprises), et en achetant pour des centaines de milliards d’euros des dettes d’entreprises et des États de la zone – comme l’a fait la Fed dans le cadre de sa politique monétaire dite accommodante (Quantitative Easing).

Mais curieusement, personne, ni les journalistes ni les « experts financiers et économiques », en particulier les célèbres stratégistes de Natixis et des autres Gos banques, ne dit comment ces projets hors normes portant sur bien plus de 1 000 milliards d’euros seront financés !

La situation de la BCE est totalement différente de celle de la Fed. En effet, si la Fed a acquis pour 4 230 milliards de dollars de titres (en bons du Trésor américain et en titres hypothécaires)…

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… c’est parce qu’elle dispose de 2 900 milliards de dollars de dépôts de banques qui sont constitués de leurs propres réserves et de celles d’entreprises qui sont leurs clientes et qui proviennent dans les deux cas de bénéfices accumulés en attente de placement (et pour 1 280 milliards en billets).

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La Fed n’a donc fait que faire circuler cet argent déposé dans ses comptes, ce qui est parfaitement légitime et même indispensable car, si elle ne l’avait pas fait, le gel de cette masse aurait eu des effets déflationnistes non négligeables.

Comme je l’ai déjà écrit à maintes reprises, cette politique dite de QE menée par la Fed a eu pour effet de réengager une circulation monétaire sans entraîner de création monétaire.

L’argent est donc resté sain aux États-Unis, ce qui est le premier pilier des Reaganomics.

Il n’en est pas de même dans la zone euro. En effet, la BCE ne dispose que de 200 milliards d’euros de dépôts (rubrique 2 du passif) effectués par des banques (contre 2 900 milliards de dollars pour la Fed !)…

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… qui proviennent en fait, non pas de bénéfices comme aux États-Unis, mais de prêts que la BCE a accordés à ces banques pour un montant de l’ordre de 500 milliards d’euros (rubrique 5 de l’actif) !

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Que voilà des équilibristes de haut vol !
Pour l’instant, tout va bien, l’euro système ne s’est pas effondré car le bilan est bien équilibré grâce à quasiment 1 000 milliards d’euros de billets achetés par les malheureux membre de l’eurozone (rubrique 1 du passif), à 400 milliards de capitaux propres dépendants en grande partie des cours de l’or (rubriques 11 et 2 du passif) et à ces 200 milliards de dépôts bancaires paradoxaux,

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Les actifs de la BCE sont donc financés presque pour moitié par sa fameuse planche à billets, 20 % par ses capitaux propres et pour le reste par un jeu d’écritures basé sur une gestion acrobatique du temps au jour le jour : la BCE récupère des centaines de milliards d’euros qu’elle prête en même temps aux banques !

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Un petit rappel : comme les banksters de la zone euro n’ont pas confiance entre eux, le marché interbancaire est bloqué. Les banques ayant une position débitrice sont donc obligées d’emprunter à la BCE pour avoir tous les soirs une position créditrice auprès d’elle sans pouvoir emprunter directement aux banques qui ont une position créditrice, comme c’était le cas avant les grandes turbulences financières.

Les mouvements de ces prêts et dépôts sont de très grande amplitude selon les tensions qui règnent dans la zone,

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La différence entre les dépôts et les prêts tend à plonger. Elle est miraculeusement maintenue à -300 milliards grâce aux vigoureuses interventions de la BCE qui est pourtant complètement dépourvue de munitions, c’est-à-dire de capitaux pour faire face à toute détérioration des marchés,

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Ces deux derniers graphiques montrent bien que les TLTRO (« Targeted Long-Term Refinancing Operations ») n’ont aucun effet sur l’offre de crédits des banques qui ne font que profiter de la baisse des taux pour rembourser des emprunts antérieurs.

Pour financer les centaines de milliards de prêts avantageux aux banques et de rachats de junk bonds, la BCE ne dispose que d’une marge de manœuvre de l’ordre de 500 milliards d’euros…

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… ce qui est peu car la situation peut se détériorer très rapidement, comme cela s’est déjà produit dans le passé récent,

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Pour l’instant, tout va bien, l’euro système ne s’est pas effondré.


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