Les politiciens français et le syndrome de la Tour de Pise

D’où vient cette passion des politiciens pour le tordu ?

Par Nicolas Nilsen.
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Nos politiciens adorent les trucs tordus. Un peu comme la Tour de Pise dont, depuis des décennies, la dangereuse inclinaison oblige les autorités à dépenser un fric fou pour éviter son écroulement. En 1993, l’écartement du sommet avec la verticale faisait apparaître une inclinaison de 5,6° : je ne sais pas si vous voyez, mais en gros ça veut dire que le dernier étage, celui des cloches, dépassait carrément l’aplomb de 4,5 mètres : un vrai délire. Mais bon, les touristes adorent et donc, pour stabiliser la bestiole, ils ont dépensé des millions d’euros pour drainer les fondations, ajouter des armatures en acier à plus de 15 m de profondeur et couler des centaines de tonnes de béton… En veillant surtout bien à la conserver tordue. Moi, vous me connaissez, j’aurais carrément redressé la tour à la verticale pour la remettre parfaitement d’aplomb, mais d’après ce que je comprends, ça n’aurait pas été fun… Ce que le public veut en réalité c’est que la tour reste tordue : on risque l’écroulement, les touristes ne sont plus autorisés qu’à monter par petits groupes d’une trentaine de personnes mais ils sont heu-reux : ils peuvent faire des selfies devant un truc tordu et le tordu ils adorent. Moi évidemment ça me rend dingue mais j’ai été élevé à la vieille école des équerres et des niveaux à bulle et je ne suis donc plus tout à fait normal.

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Le modèle français aussi ils le préfèrent tordu

Toute notre construction financière, économique et sociale, tout ce qu’ils appellent communément « le-modèle-français-que-le-monde-entier-nous-envie », est à l’image de la tour de Pise : il est en déséquilibre permanent et s’affaisse inéluctablement depuis des décennies en s’enfonçant profondément dans la dette et les déséquilibres budgétaires. Les comptes publics et sociaux dérivent dangereusement et on frôle sans cesse l’écroulement et le dépôt de bilan. Mais les politiciens nous annoncent régulièrement un énième plan de redressement pour un soi-disant retour à l’équilibre qui ne vient évidemment jamais : le système reste désespérément déséquilibré et personne n’essaye vraiment de le remettre d’aplomb. Pire encore : je crois que nos dirigeants ont même renoncé à redresser vraiment les choses : ils préfèrent continuer à faire couler le béton de la dette et à dissimuler le danger et les risques d’affaissement… Il ne faut pas affoler les électeurs !

Et puis surtout, comme les adeptes de la tour de Pise, ils pensent tordu et adorent le tordu : ça fait partie, parait-il, du génie français. On colmate, on place des rustines, on rajoute des sparadraps, on stabilise temporairement, tout ça aux frais des contribuables évidemment, mais rien n’est jamais stabilisé durablement. La construction est toujours tordue, les comptes toujours en déséquilibre et la France toujours menacée d’écroulement et de faillite… De même qu’à Pise on mesure l’oscillation de la tour en degrés (5,6° en 1993), pour les comptes de la France nos ministres calculent la dérive en pourcentages (3% du PIB)… Ils promettent évidemment le retour à l’équilibre mais… pour plus tard, pour demain, pour la deuxième partie du quinquennat ou mieux à la fin du prochain… Mais ça reste désespérément tordu.

La thermodynamique socialiste

En réalité, c’est notre système politique tout entier qui génère du déséquilibre. Il fonctionne en fait selon le deuxième principe de la loi sur la thermodynamique qui définit l’entropie. L’entropie est, comme chacun sait, le degré d’organisation d’un système qui passe d’un état ordonné et organisé à un autre plus désordonné et dégradé. Plus l’entropie est grande, plus le système est désordonné. Selon la loi de l’entropie socialiste, la société que nous prépare Hollande est un changement vers toujours plus de désordre.

Quand un système se dégrade, il faut immédiatement engager des actions pour le redresser, sinon il s’écroule. C’est comme une pile de dossiers : plus vous en ajoutez les uns sur les autres, et plus la pyramide devient haute et instable. Si vous ne redressez pas la pile au fur et à mesure pour la remettre à la verticale, elle finit par s’écrouler. C’est la loi de l’entropie. Pareil avec les réformes que décident Hollande et le Gouvernement et que vote inlassablement le Parlement : ils empilent des lois, ils empilent des taxes, ils empilent des textes et tout à coup, patatras, tout s’écroule : les entreprises déposent leur bilan, les plans de licenciement se multiplient, le nombre des chômeurs augmente, les comptes sociaux clignotent dans le rouge, les Français sont ruinés… C’est la loi implacable de l’entropie et du deuxième principe de la thermodynamique : si on ne réinjecte pas de l’ordre, de la discipline et de l’organisation dans le système, il se dégrade et s’écroule. Aussi simple que ça.

Au Gouvernement, nous avons des spécialistes du désordre organisé : Montebourg et Peillon à l’époque ; Najat Vallaud-Belkacem, Taubira, Marisol Touraine aujourd’hui… Chacun dans son petit secteur apporte chaque semaine sa contribution législative, réglementaire ou fiscale aux grands désordres infligés aux Français au nom du changement.

Alors que la société aspire à davantage de stabilité, ils changent les lois à tout bout de champ. Alors que les investisseurs ont besoin de sécurité et de visibilité à long terme, ils changent la fiscalité tout le temps. Alors que les chômeurs ont besoin d’emplois, ils ajoutent encore des pages au Code du travail. Alors que les familles sont désorientées par la faillite de l’Éducation nationale et ont besoin de confiance, ils changent perpétuellement les rythmes scolaires ou le système des notes à l’école. Alors que les Français doutent de plus en plus de l’avenir et ont besoin de davantage de sécurité, le pouvoir les secoue et les remue tout le temps comme une friture de petits poissons

Plus c’est tordu, plus ça menace de s’écrouler et plus ça plaît à nos dirigeants malades qui veulent à tout prix reformater la société, réorienter les comportements, redéfinir la citoyenneté… Ça tord et ça re-tord dans l’autre sens, inlassablement. Et ça détricote en permanence : quand une majorité a tordu le fil dans un sens, la majorité qui veut lui succéder annonce qu’elle va tordre le fil dans l’autre sens. Jusqu’à ce que ça casse. C’est le syndrome de la tour de Pise. Plus c’est tordu et plus ça leur plaît. De grands malades.

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