Énergie : la Russie se détourne de l’Europe

Poutine (Crédits : Platon, CC-BY-NC-SA 2.0)

Une bien piètre réponse européenne à l’annonce de Poutine de stopper South Stream…

Par Thibault Doidy de Kerguelen.

Poutine credits Platon (licence creative commons)

Dans le sillage des décisions américaines, les pays européens dont certains, comme l’Allemagne et la Pologne de manière active, ont pris position contre la Russie. Cela s’est concrétisé par le soutien à l’Ukraine dans le cadre du conflit concernant les provinces orientales de ce pays et les décisions d’embargo de la Russie sur un certain nombre de produits. Alors que cette attitude, uniquement dictée par la volonté américaine d’affaiblir la Russie, est contreproductive pour l’Europe, la réaction de « l’Ours » ne s’est pas fait attendre. La Russie tourne désormais inexorablement le dos à l’Europe, jugée peu fiable, sur le déclin, et asservie aux USA. Tous les projets de développement russo-européens sont suspendus.

Le problème, c’est que si les États-Unis sont désormais autonomes en matière énergétique, il n’en est pas de même de l’Europe qui dépend de la Russie pour son approvisionnement. Opérant un virage à 180°, le Kremlin se tourne vers la Chine et l’Asie, continent en plein développement. L’Europe, en choisissant de privilégier ses relations avec les États-Unis, s’est condamnée à perdre à la fois son alimentation en énergie et un des débouchés naturels de ses produits.

Poutine abandonne South Steam

La sécurité d’approvisionnement en gaz est devenue une priorité pour la Commission européenne, dans le sillage de la crise avec la Russie qui fournit encore 30% des besoins européens. Le sujet est devenu encore plus pertinent depuis l’annonce, lundi dernier, par le président russe Vladimir Poutine de l’abandon du South Stream devant relier les champs gaziers russes et sept États européens dont la Bulgarie, la Hongrie, la République tchèque, la Slovénie, la Croatie, l’Autriche, l’Italie ainsi que la Serbie, pays candidat à l’UE. La Commission mesurera les conséquences de la décision russe le 9 décembre. Ces conséquences peuvent être catastrophiques pour l’économie européenne et ne doutons pas que c’est là l’objet du voyage impromptu de Hollande à Moscou. De plus, cet abandon du projet représente, pour de nombreux pays, des pertes importantes en termes d’investissements déjà engagés dans les tronçons nationaux.

Un nouveau projet de gazoduc en guise de (piètre) réponse

Un projet commun de gazoduc de la Grèce, Chypre et Israël pour transporter le gaz issu de gisements offshore en Méditerranée orientale vers le marché européen fait son chemin. Selon l’Agence Europe, un service d’information proche de la Commission européenne, il sera discuté en marge du Conseil Énergie ce 9 décembre à Bruxelles. Les trois pays feront valoir leur étude technique et de faisabilité du projet. Chypre et Israël ont récemment découvert d’énormes gisements de gaz au large de leurs côtes. Le Liban revendique également une partie des gisements. Aucun de ces gisements ne fait l’objet pour l’instant d’exploitation et le projet de gazoduc n’existe même pas sur le plan technique. Il ne s’agit que d’un projet politique. La Commission européenne cherche à ne pas perdre la face vis-à-vis de son opinion en agitant ce qui pourrait paraître comme un contre-projet.

En fait, le seul espoir de sortir de ce qui se profile comme une crise majeure, c’est… Hollande au Kremlin ! Autrement dit un espoir faible…


Sur le web