L’OTAN au XXIe siècle

Quel est le rôle de l’OTAN aujourd’hui ?

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L’OTAN au XXIe siècle

Publié le 5 décembre 2014
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Par Jean-Baptiste Noé.

kempfPourquoi l’OTAN existe-t-elle encore ? Conclue dans le cadre de la Guerre Froide, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord aurait dû disparaître avec la fin de celle-ci. En effet, une théorie classique des relations internationales voudrait qu’une alliance disparaisse une fois que les conditions qui ont présidé à sa création ne sont plus d’actualité. Seulement, et c’est ce que montre Olivier Kempf dans son travail documenté, l’Alliance n’a cessé, depuis 20 ans, de s’adapter à son environnement. À l’heure du soixante-dixième anniversaire de l’OTAN, il devenait nécessaire de montrer comment cette organisation avait évolué.

Olivier Kempf travaille depuis de nombreuses années au sein de l’OTAN, il en connaît donc très bien le fonctionnement, ce qui le rend plus à même d’analyser cette organisation. Pour prendre à revers les grands poncifs souvent ressassés qui veulent que l’Alliance ne soit qu’une organisation militaire ou un bras américain en Europe, Olivier Kempf suit un processus en quatre étapes. D’abord, il nous fait comprendre l’organisation actuelle de l’Alliance au regard de ses racines issues de la Guerre Froide. Ensuite, il montre comment l’Alliance permet de faire la synthèse des intérêts parfois divergents des pays qui lui appartiennent puis établit une chronologie des élargissements de l’Alliance. Enfin, il examine avec minutie les nouveaux défis qui se posent à l’Alliance, défis qui nécessiteront son adaptation.

Plusieurs chapitres de cet ouvrage méritent toute notre attention. En premier lieu, il est nécessaire de rappeler les origines de l’Alliance. Olivier Kempf nous explique d’abord que celle-ci n’a jamais été un objet inerte durant les quarante premières années de son existence. Si à l’origine, cette alliance est créée dans le but de fonder un Pacte établissant une « solidarité occidentale » face au péril rouge, l’Alliance s’est ensuite successivement occupée de ses anciens adversaires, des Balkans, de la Bosnie et du Kosovo, de la question du terrorisme en Irak et enfin de la question afghane. Alliance politique, celle-ci essaie de synthétiser les intérêts nationaux en favorisant la prise de décision à l’unanimité et a pour fonction d’établir une « défense commune ».

Parmi les nombreux chapitres qui jalonnent cet ouvrage, deux sont particulièrement éclairants. D’abord, qu’en est-il du leadership supposé des États-Unis au sein de l’OTAN ? Si l’OTAN est un bras armé des Américains pour l’opinion commune, cela n’est pas totalement infondé. Non seulement ceux-ci bénéficient d’une place exceptionnelle en leur qualité de décideur en dernier ressort, mais cette alliance permet également aux Etats-Unis de fixer leur ascendant politique et économique sur le monde. Pour autant, l’Alliance est utile à la fois pour les États-Unis et pour l’Europe dans la mesure où les guerres actuelles se caractérisent par le besoin d’alliés. Pour intervenir en Asie, en Afrique ou en Amérique, une coalition est nécessaire, ce qui oblige les États-Unis à utiliser l’OTAN de façon complexe et multilatérale.

Le cas de la France dans l’Alliance est aussi analysé. Pragmatique, Olivier Kempf remarque qu’un antiaméricanisme ne suffit pas à la France pour fonder une politique étrangère en Europe. À l’inverse, rejoindre la structure intégrée de l’OTAN permet d’abord de gagner en influence, mais également de relancer l’Europe de la défense. Enfin, cela permet de bénéficier de l’importance de l’Alliance comme véhicule de la relation transatlantique. Si l’affaiblissement de l’Alliance est un fait indubitable, il n’en demeure pas moins que ces différents points constituent de réels avantages à la réintégration de l’OTAN.

Le travail d’Olivier Kempf , documenté, permet donc de se faire une idée plus claire, probablement plus nuancée, de ce qu’est l’OTAN aujourd’hui, de ce que sont ses défis et ses nécessaires adaptations, tout en évitant les poncifs habituels. Une des forces du livre, que le lecteur pourra approfondir, est également de faire découvrir les visions qu’ont les autres pays membres de l’OTAN, dimension souvent occultée dans la présentation qui en est ordinairement faite.


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  • Je suppose donc que cet ouvrage aborde des sujets aussi importants que les opérations « stay behind » de type Gladio, la place particulière de la Turquie dans ce dispositif, le déplacement stratégique de certaines opérations sur le théâtre d’Asie centrale ou les derniers évènements en Ukraine et le rôle de l’OTAN, y compris dans le suivi du désastre du vol de la Malaysian.

    • Le rôle de l’OTAN c’est de défendre les intérêts des pays membres. Est ce que nos intérêts sont en Asie centrale ? Je ne le pense pas. Est ce que ce qui se passe en Ukraine nous concerne ? Sûrement. Sinon vos allégations sur le rôle de l’OTAN dans le crash du MH-17… lol.

      • Concernant le MH-17, je ne fais aucune allégation de ce type. Je parle de la gestion de crise qui s’en est suivie et notamment des positions de Rasmussen. Il me semblait que la phrase « y compris dans le suivi du désastre du vol de la Malaysian » se suffisait pourtant à elle-même.
        En ce qui concerne nos intérêts, je ne suis pas certain desquels on parle en regard à l’OTAN. Ce qui est certain, c’est qu’il y a une différence claire entre l’implantation des états membres (je ne parle pas des différentes propositions d’amender les statuts de l’OTAN en vue de son éventuelle mutation et son ouverture vers d’autres pays) et ses actions effectives. En ce sens, ses interventions en Asie centrale rentrent-elles dans le cadre de ce que vous définissez vous-mêmes comme le rôle de cette organisation: « défendre les intérêts des pays membres ». Selon l’acception qu’on veut bien donner à ces mots, le terrain de jeu peut se révéler bigrement vaste pour un peu qu’on se place dans une optique « proactive »…
        Un tour sur les publications de Sibel Edmonds est intéressant, car cette « whistle blower » est une spécialiste indéniable de ces sujets.

        • Je suis d’accord que le problème est la définition de nos « intérêts », aussi je supporte l’alliance mais je pense que nous devrions stopper nos opérations et opter pour une politique étrangère modeste mais qui a du sens.

  • Je ne suis pas contre l’OTAN mais je pense que l’Europe n’a pas à suivre les USA dans leur guerre froide contre la Chine ou intervenir dans des guerres civiles en Afrique (coucou la France) ou au Moyen-orient, on doit d’abord s’occuper de notre propre sécurité quand l’on voit que tout l’est de l’Europe est menacé. Il serait bon de parfois prendre ses distances avec les USA quand ils se fixent des objectifs qui sont très loin de nos priorités.

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